Skip to main content

Full text of "Manuel d'histoire d'Haiti : conforme aux programmes officiels a l'usage des ecoles de la republique"

See other formats


/ersity ( 
:onnecticùt 
_libraries 







hbl, stx 



F 1915.B46 1906 
Manuel d'histoire d'Haiti : 




3 T1S3 DD53ôm7 E 



-^ 



H 
H 

V>1 









COURS MOYEN ET SUPERIEUR 
:ERT1FICAT DETUDES primaires- brevet ELEMENTAIRE 



MANUEL 
D'HISTOIRE D'HAÏTI 

Conforme aux Proirammes Officiels 

A L'USAGE DES ECOLES DE LA REPUBLIQUE 
PAR 



WINDSOR JELLEGARDE JUSTIN LHERISSON 

Ancien élève de l'école Normale Supérieure de Licencié en Droit, 

Paris, Ancien Professeur d'Histoire et de Géo- Avocat, 

graphie d'Haiti, Ancien Dir'*''teur de l'Ensei- . . « i- i.t¥- • i 

, c j • Ti/t- • .V j i.i . Ancien Professeur d Histoire et de 

gncment Secondaire au Ministère de 1 Instruc- ^ i • i.n • . i , r.^ • 

.• OUI- nrr- • j'a j^ • Géograpliie d Haïti au Lycée Pction. 
tion Publique, Officier d Académie. ^ 



OUVRAGE ADOPTE 
PAR LE 
DEPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 

7ème. EDITION 
Revue, augmentée et corrigée 



TOUS DROITS RESERVES 



COURS MOYEN ET SUPERIEUR 
CERTIFICAT D'ETUDES PRIMAIRES - BREVET ELEMENTAIRE 



MANUEL 



^ 



D'HISTOIRE D'HAÏTI/ 

Conforme aux Programmes Officiels 

A L'USAGE DES ECOLES DE LA REPUBLIQUE 
PAR 



WINDSOR BELLEGARDE JUSTIN LHERISSON 

Ancien élève de l'école Normale Supérieure de Licencié en Droit» 

Paris, Ancien Professeur d'Histoire et de G黫 Avocat, 

graphie d'Haïti, Ancien Directeur de TEnsei- . . _, i..»-.. ^j 

, e j • »*• • .V j i»f ^ Ancien Professeur d Histoire et de 

gnement Secondaire au Mmutere de ï Instruc- _., i. ut •. r » r»^.- 

o Li- rktr- • j'i j« • Géographie d Haïti au Lycée Pétion. 
tion Publique, Orricier d Académie. 



OUVRAGE ADOPTE 
PAR LE 
DEPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 

7èmc, EDITION 
Revue, augmentée et corrigée 



TOUS DROITS RESERVES 



T 

/ q \S 



Avis important aux professeurs 

Pour compléter les cours d'Histoire dans ce 
Manuel, les professeurs sont priés de faire 
étudier par les élèves les lectures en toujf^ou 
m partie. 



ARRETE 

Le Secrétaire d'Etat intérimaire de rinsiruction Publique, 

Vu la lettre en date du 19 Février 1906 par laquelle MM. 
W, Bellegar de et Justin Lhérisson ont soumis au Déparitmznt 
de instruction Publique le manuscrit d'un Manuel d'Histoire 
destiné aux élèves des écoles primaires et des Lycées et collèges 
de la République; 

Vu le rapport favorable, en date du 17 Mai courant de la Com- 
mission nommée à l'effet d'examiner le dit ouvrage; 

Autorisé dans les écoles primaires et dans les lycées et collèges 
de la République t usage du *' Manuel d'Histoire d'Haiti" de MM* 
W, Bellegarde et Justin Lhérisson, 



Port-au-Prince, le 8 Mai 1906 

T. LALEAU 



MANUEL D'HISTOIRE D'HAÏTI 



NOTIONS PRELIMINAIRES 

L'HISTOIRE.— L'histoire d'un peuple est le récit véritable des 
événements survenus au cours de son existence. 

IMPORTANCE DE' CETTE ETUDE.-L'étude de l'histoire 
est nécessaire, elle signale les fautes à éviter et les exemples qui 
méritent d'être suivis. 

L'HISTOIRE D'HMTI.-Il est utile de connaître l'histoire des 
autres peuples, mais il est d'une importance absolue que nous. 
Haïtiens, nous nous intéressions spécialement à l'histoire de notre 
Patrie, nous apprendrons ainsi à la mieux aimer, à apprécier les 
efforts de nos pères et à travailler à l'agrandissement et à la 
Prospérité du patrimoine commun. 

DIVISION DE L'HISTOIRE D'HAÏTI.— On peut diviser 
l'histoire d'Haiti en quatre périodes, savoir: 

lo La période indienne 
2o La période espagnole 
3o La période française 
4o La période haïtienne 



HISTOIRE D'HAÏTI 



PERIODE INDIENNE 

(Des origines à 1492) 

CHAPITRE I 
Les Premiers Haïtiens. .. Cacicais et Caciques, 

1o HAÏTI. — Le pays que nous habftons est une île d'une 
merveilleuse fertilité. Elle fait partie des grandes Antilles avec 
Cuba, PortO'Rico et la Jamaïque. 

Elle est située entre les deux Amériques, sur la route du Ca- 
nal de PaBama. 




2o LES PREMIERS HABITANTS.-Les premiers habitants 
d*Haïti évalués à environ deux millions, étaient des sauvages 
aux moeurs très douces. 

Chez eux, le vol était presque inconnu. Ceux qui s'en ren- 
daient coupables étaient punis de mort. 

Ils étaient. très beaux, ils avaient les cheveux noirs et lisses 
qui leur retombaient sur les épaules. 

Ils appartenaient à la race rouge ou Américaine, 



8 HISTOIRE D'HAÏTI 

Nos forêts où abondent des arbres fruitiers de toutes sortes 
les dispensaient des travaux pénibles de l'agriculture. Ils se 
livraient plutôt à la pêche et à la chasse dont les produits, avec 
la patate, le maïs et la cassave, servaient à leur alimentation. 
Ils n'étaient pas antropophages comme les habitants de» Petites 
Antilles. Ils marchaient nus, jusqu'à l'âge de 18 ans et se ta- 
touaient le corps avec le roucou. Les femmes portaient une 
espèce de jupe appelée pagne ou tanga. 
^ La danse était pour eux le plus agréable divertissement. 

Ils appelaient Tîle tantôt Boyo, tantôt Quisqueya, tantôt 
Haïti, fl) 

L'industrie chez les premiers Haïtiens, était tout à fait rudi- 
mentaire. Avec des calebasses, ils faisaient des couis j&our re- 
cueillir de l'eau ou pour y mettre leurs aliments. Ils tissaient 
aussi le coton pour en faire des hamas et des pagnes, sorte de 
tanga. 

Des débris de vases en terre cuite, rencontrés en certains 
endroits du pays, témoignent qu'ils se livraient aussi à Tindus- 
trie de la poterie. 

3o LEORS ARMES.-Comme armes, ils se servaient de flè- 
ches ou zagaies, du bouton, gros bâton dont un bout éait durci 
au feu, d'une espèce de poignard fait avec des os de poissons 
et d'une massue en bois très dur qu'ils appelaient macanas. 

LANGUE DES INDIENS.-Les Indiens avaient plusieurs 
dialectes dérivant d'une langue mère. Ils n'avaient point d'écri- 
ture, c'est la cause de l'extinction de leur langue et de leur 
littérature. Nous employons encore dans le langage courant 
des mots indiens-tels : coui, hamac, guanes, matoutou, macana, 
rapadou. 

5o -AREYTÔS ET SAMBAS.-Les faits d'armes des guer- 
riers, les scènes familières de la vie domestique étaient autant 
de sujets de chansons. 

Ces chansons ou areytos étaient composées par des poètes 
appelés sambas, 

60 LES CACICATS,— Lile, avant sa découverte, était divisée 
en cinq petits royaumes ou cacicats. C'était : 

a) Le Marien, au nord, commandé par Guacanagaric com- 

•*1" En langue indienne les mots suivants signifiaient : Boyo. grand pay» 
Quisqueya, Mère des terres, Haiti, terre haute et boisée. 



HISTOIRE D'HAÏTI 9 

mençait à la baie du môle St. Nicolas pour finir dans !a région 
de Monte Cristi. 

b) La Magua au Nord-est, commandé par Guarionex com- 
prenait la vaste plaine de la Vega Real, celles de Monte Christi 
et de Samana ; 

c) Le Xaragua, à l'Ouest et au Sud commandé par Bohékio, 
occupait toute la presqu'île du Sud, les plaines de Léogâne, du 
Cul de Sac et s'arrêtait à TArtibonite. 

d) La Maguana, au Centre, commandée par Caonabo, em- 
brassait le territoire dominé par Cibao, La source et une partie 
du parcours de TArtibonite. 

e) Le Hyguey, à l'Est commandé par Cotubanama, s'éten- 
dait des rives de l'Ozama au Cap Engano. 

7o LES CACIQUES.— Chacun des cacicats était gouverné 
par un chef suprême qui était également grand-prètre de la 
religion. 

Les plus fameux d'entre eux étaient Caonabo, fl) défenseur 
acharné du sol de Quisqueya, Guacanagaric, célèbre par son 
amitié pour Colomb et la belle Anacaona (2) .dont le talent de 
samba la faisait apprécier de ses sujets. 

Les Caciques avaient une autorité absolue sur leurs sujets. 

80 RELIGIONS DES PREMIERS HAÏTIENS.- Ces sau- 
vages voyaient un Dieu dans toute chose. Les arbres, les ani- 
maux, les sources, la mer, etc. 

Leurs principales divinités étaient désignées sous le nom de 
Zémès. 

Les Zémès, dont on célébrait pompeusement la fête chaque 
année manifestaient leur volonté par l'intermédiaire des prêtres 
que les aborigènes dans leur langage appelaient Butios. 

Les premiers Haïtiens croyaient à l'existence d'une sorte de 
paradis terrestre où, après la mort, ils allaient savourer à satié- 
té de délicieux abricots. 

9o POPULATION.— D'après les auteurs compétents la po- 
pulation de l'île ne dépassait pas plus de huit cent mille habi- 
tants. 

LECTURE ï FETE RELIGIEUSE CHEZ LES INDIENS 

La foule convoquée se rendait aux cavernes sacrées en chantant et en 

(1) Caonaba : Le Seigneur de la Maison d'or 

(2) Anacaona : Fleur d'or. 



10 HISTOIRE D'HAÏTI 



dansant, le souverain en tête. Celui-ci dirigeait le chant et battait lui-même 
un tambour. La danse continuait dans le lieu sacré, les hymnes se succé 
daient. Puis tout à coup, le silence se rétablit t. Le moment venu pour les 
d'officier. Ils ont à consulter les Zémès sur le but déterminé de la réunion. 

Au moyen d'une baguette qu'ils s'enfoncent dans la gorge.ils rejettent tout 
ce que peut contenir leur estomac afin de communiquer avec les divinités, 
le coeur net. Ils se recueillent. Pendant ce temps la multitude est attentive 
à saisir dans leur contenance le sens de Toracle. Si la consternation se peint 
sur leurs traits,, elle se prosterne et se lamente. L'oracle prononcé, chacun se 
retire désolé. Une réponse favorable, au contraire, fait rayonner de joie la 
figure des butios, ils s'empressent de la proclamer. La caverne, alors, reten- 
tit de cris joyeux : et les chants et les danses reccanmencent aussitôt. 

EMILE NAU 



QUESTIONNAIRE 

Qu'est-ce qae l'histoire ? 

L'étude de l'histoire est-elle importante ? 

Pourquoi est-il d'une très grande importance d'^étudier Thistoire d'Haïti ? 

Qu'est-ce qu'Haïti ? 

Parlez des premiers Haïtiens 7 

Qu'étaient -ce que les cacicats et combien y en avait -il > 

Parlez de la religion chez les premiers Haïtiens ? 

Parlez de la population d'Haïti avant sa découv&cte.^ 



HISTOIRE D'HAÏTI 



U 



LIVRE II 

PERIODE ESPAGNOLE 

(De 1492 à 1626) 



CHAPITRE II 

Decouterle d'Haiii— Colomb ci Guacanaiarîc. 

lo CHRISTOPHE COLOMB.- DECOUVERTE DU NOU- 
VEAU MONDE.— La gloire de la découverte du Nouveau 
Monde revient à Christophe Colomb, savant et audacieux navi- 
gateur d'origine italienne. 

A la suite de longues et pénibles démarches tentées auprès de 
divers groupements de TEurope, il put enfin intéresser la Reine 
de Castille, Isabelle la Catholique, au projet qu'il avait conçu 
d'aller à la découverte de nouvelles terres et d'étendre ainsi le 
royaume du Christ. 




Santa M^fifA 



Séduite par là gloire et les avantages matériels qui résulte 
raient d'une telle expédition, cette reine mit à la disposition de 
Colomb un peu d*argent et deux petits bateaux; à ses frais. Co- 
lomb en arma un troisième. 



12 HISTOIRE D'HAÏTI 

Le 3 Août 1492, La Santa-Maria, la Pinta, et la Nina, montés 
de 120 hommes, partirent du port de Palos (Andalousie), 

Après un voyage des plus périlleux, Colomb découvrît, le 12 
octobre de la même année Guanahani, une des îles Lucayes, 
qu'il appela San Salvador. 

2o DECOUVERTE D^HAITL-Poursuivant toujours sa route 
Colomb découvrit Cuba puis le 6 Décembre 1492, il atterrit sur 
le côte nord-ouest de notre île et pénétra dans la magnifique baie 
connue depuis sous le nom de Môle Saint Nicolas. 

Il en prit possession au nom de l'Espagne, et dressa une croix 
sur le rivage/ 

Croyant avoir abordé Tlnde en passant par l'Occident, sachant 
que la terre est ronde, il appela Indiens les indigènes du pays* 
Une courte exploration lui suffit pour recueillir des spécimens 
nombreux qui attestaient la merveilleuse richesse de Tlle. Il a- 
vait même trouvé certains points de ressemblance entre elle et 
l'Espagne. C'est pourquoi il la désigna désormais sous le nom 
d'Hispaniola (petite Espagne)' 

3o LES INDIENS ET LES ESPAGNOLS. -Les naturels du 
pays, voyant pour la première fois des hommes «à face blanche 
et poilue'^ se figurèrent que ceux-ci étaient tombés du 
ciel. Ils les accueillirent avec confiance et respect. Uue jeune in- 
dienne fut conduite à Colomb, celui-ci la fit habiller et lui don- 
na des présents, puis la renvoya, 

4o GUACANAGARIC et COLOMB.-Le Cacique du Marien 
Guacanagaric, fut le premier à entrer en relations avec Colomb. 
La Santa Maria, une des caravelles fit naufrage le 24 décembre 
1492 à l^entrée de la baie de Caracol. Colomb fit informer le Ca- 
cique de ce malheur. Guacanagaric l'invita à demeurer avec lui. 
Colomb devint son ami au point qu'il lui concéda un terrain sur 
son territoire. 

5o LA NATIVITE.-Sur cet emplacement, Colomb fit élever 
îe fort de la Nativité avec les débris de la Santa Maria, Il y 
plaça une garnison de 39 hommes sous le^ commandement de Die- 
go de Arena, Pedro Gutierrez et Rodrigue Escoredo, Colomb 
leur défendit de maltraiter les indiens^ et de prendre leur or. II 
leur ordonna de ne pas sortir du Marien. 

6o RETOUR DE COLOMB EN ESPAGNE.-Après avoir 



HISTOIRE D'HAÏTI 13 

fondé cet établissement Colomb retourna en Espagne. Il laissa 
la Nativité le 4 Janvier 1493 et arriva le 3 Mars. 

Au milieu d'une foule curieuse et enthousiaste qu'émerveillè- 
rent de beaux échantillons d'or, des plantes et des oiseaux rares, 
il fit à leurs Majestés Ferdinand et Isabelle le récit de son éton- 
nante découverte. Comme récompense Christophe Colomb reçut 
le 28 Mai 1493 des mains de leurs Majestés des lettres patentes 
par lesquelles il fut nommé Amiral de l'Océan, Vice-Roi et Gou- 
verneur de toutes les terres découvertes et à découvrir. 

LECTURE ; COLOMB ET GUACANAGARIC 

Guacanagaric ayant entendu parler de ces étrangers qui étaient venus 

par prodige dans d'énotmes vaisseaux et qui ne faisaient point de mal à ses 

sujets, mais leur distribuaient au contraire des présents, voulut, lui aussi,vi- 

siter ceux qu'il supposait erre des personnages célestes. Suivi d'une escorte 

de 200 hommes, il s'arrêta un moment sur le rivage, ordonna à sa troupe de 

l'attendre, et lui-même avec deux de ses officiers, monta sur la Caravelle de 

Colomb. L'Amiral lui offrit des rafraîchissements, mais le «cacique» n'y 

toucha que du bout de ses lèvres par une sorte de courtoisie. Il présenta à 

Colomb une ceinture ornée de bijoux d'or finement siselé, et l'amiral, s'aper- 

cevant qu'il regardait avec envie la courte-pointe de son lit, lui en fit don 
aussitôt. 

«Le 21 Décembre, Guacanagaric fit prier Colomb de se rendre à sa cour. 
Il lui envoyapar des messagers un masque fait en bois léger et dont les yeux, 
le nez, la langue et les oreilles étaient d'or pur. L'amiral, soit que le vent 
eût manqué, soit qu'il écoutât les conseils de la prudence, dépêcha à Guaca 
nagaric quelques-uns de ses officiers, Ils revinrent bientôt émerveillés de l'ac 
cueil qu'ils avaient reçu du grand CaciqMe. Ils apportaient pour Colomb des 
présents assez riches, des morceaux d'or, des perroquets apprivoisés. Ils ra- 
contaient que., lorsqu'ils passaient dans les Villages, les naturels se précipi- 
taient sur leurs pas et baisaient la terre où ils avaient marché. 

PAUL de JORIAUD 
(Christophe Colomb et la découverte du Nouveau Monde.) 

^ QUESTIONNAIRE 

Dites par qui et comment le Nouveau Monde fut découvert ? 

Parlez de la découverte d'Haiti ? 

Quelle idée les Indiens se firent-ils des Espagnols ? 

Quel est le premier chef indien qui entra en relations avec Colomb ? 

Qu'était-ce que la Nativité ? 

Parlez du retour de Colomb en Espagne ? 



14 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE III 

Les Espagnols et Caonabo 

lo EXACTIONS DES ESPAGNOLS.-Au mépris des recom- 
mandations de Colomb, les Espagnols, chargés de garder là Na- 
tivité, se mirent à brutaliser les inoffensifs sujets de Guacanaga- 
3 ic et à leur voler leur or. Ils organisèrent même des expéditions 
dans la Maguana où ce métal se trouvait en abondance surtout 
dans la région du Cibao. 

2o VENGEANCE DE CAONABO -Ce cacicat était gouverné 
par Caonabo, le plus brave cacique de l'Ile. Aussi, apprenant 
l'infâme conduite dés étrangers, il jura de se venger d'une fa- 
çon exemplaire. 

Caonabo fit alliance avec Guarionex et à la tête d'une nom- 
breuse bande, il mont^ une nuit à l'assaut de la Nativité. La 
garnison surprise fut massacrée et la forteresse rasée de fond en 
comble. Guacanagaric, malgré les mauvais procédés des Espa- 
gnols envers ses sujets, était venu à leur secours. Caonabo eut 
vite raison de lui, le blessa à la tête et mit le feu à son village. 

3o SECOND VOYAGE DE COLOMB.-PREMIERE VILLE 
DU NOUVEAU MONDE 1494."Colomb partit de Cadix le 23 
Septembre 1493 avec une flotte de 17 navires et 1500 passagers 
parmi lesquels Las Casas, le Père Bo'il, 1er Vicaire apostolique 
des Indes Occidentales. Il apportait des outils, des plantes, des 
semences de toutes sortes, des animaux. 

Colomb découvrit de nouvelles terres : la Dominique, la Gua- 
deloupe, la Désirade, Porto-Rico, etc.... 

Quand Colomb débarqua le 28 Novembre au matin sur les cô- 
tes de l'île, il ne trouva que des ruines à la Place de la Nativité 
et Guacanagaric blessé à la tête. 

Le 7 Décembre, Colomb alla à la recherche d un emplace- 
ment pour construire une ville pour abriter les nombreux aven- 
turiers qui l'avaient suivi. Il fonda au Nord de l'Ile, la ville d'I- 
sabelle, la première du Nouveau Monde en 1494. 



HISTOÏRE D'HAÏT! lî 

EXPLORATION DU CIBAO.-'RETOUR DE LA FLOTTE 
EN ESPAGNE.— Colomb voulant faire un rapport détaillé sur 
Hispagnola décida d'explorer le Cibao. Il confia cette mission 
importante à Alfonso Ojeda qui partit accompagné de quelques 
jeunes hidalgos. Il put, malgré de grandes difficultés atteindre le 
Cibao et s'assurer qu*il y existait des mines d*or, 

Colomb fut satisfait du résultat de Texpêdition. Il fit partir 
la flotte le 2 Février 1494 sous le commandement d'Antoine de 
Torrès. Il envoya aux souverains d'Espagne de l'or en quantité, 
du coton et d'autres produits. 

5o COMPLOT CONTRE COLOMB.-Certaîns Espagnols 
croyaient qu'ils n'avaient qu'à être à Hipagnola pour récolter 
Une fortune. Ils accusèrent Colomb de les avoir trompés sur le 
véritable état des terres découvertes. Colomb eut la fièvre et dut 
garder le lit plusieurs jours. Bernai Diez, Firrhîn Cedo et quel- 
ques espagnols profitèrent de ce contre temps pour s'emparer 
d'une des caravelles restées à Isabelle et retourner en Espagne, 
mais l'Aiiiral fut averti, il fit arrêter les chefs et leurs partisans 
et les punit sévèrement. 

VOVAGEDE COLOMB DANS LE CIBAO.--CONSTRUC- 
TION D£ FORTERESSES-Voulant contrôler les renseignements 
fournis par Ojeda sur le Cibao, Cofoïnb partit dTsabefle avec 
400 hommes de troupes, des mineurs et des ousnriers. Il laissait 
!e Commandement de la colonie à son frère Diego. H repéra de 
ïiombreuses mines d^or. Il construisît d'abord une forteresse qu'- 
il appela St. Thomas et y laissa 90 hommes avec à leur tête Pe- 
dro Margarite puis une seconde la Magdalena dans la plaine de 
h Véga Real 

6o CAPTURE ET MORT DE CAONABO.-Colomb obligea 
les indiens à lui payer le tribut en nature, vivres, coton, poudre 
d'or. Devant cet abus de force Caonabo avait réussi à organiser 
contre les espagnols une ligue de caciques, d^un bout à l'autre 
de l'Ile on se préparait à P extermination des étrangers. Caonabo 
attaqua le fort St. Thomas, il y fit le siège pendant trente jours. 
La Magdalena fut aussi attaquée par un groupe d'indiens, ils fu- 
sant repoussés et un grand nombre périrent* 



16 HISTOIRE D'HAÏTI 

Colomb pour prévenir une catastrophe fit tendre au Cacique 
de la Maguana un piège dans lequel celui-ci tomba san$ diffi- 
culté, Ojeda fut chargé de capturer le cacique. Il partit pour 
Nitti sa capitale, avec quelques hommes. Il demanda audience à 
Caonabo qui consentit à le recevoir, usant de ruses Ojeda l'en- 
leva au milieu de ses sujets et conduisit le Cacique à Isabelle 
en Mars 1494. Le prisonnier embarqué pour l'Espagne périt dans 
un naufrage. 

7o MASSACRE DE LA VEGA REAL (1 ),- Les indiens es- 
sayèrent après la capture de Caonabo de continuer la lutte. Ma- 
nicatex son frère réforma la ligue avec les principaux caciques. 
A la tête d*une importante armée. Manicatex attaqua St. Tho- 
mas. Mais les espagnols armés d'arquebuses, secondés par des 
dogues en firent dans maintes rencontres un massacre effroyable, 
notamment dans la bataille qui eut Heu en 1495» dans la plaine 
de la Vega-Real. (1) Après ces victoires espagnoles, les abori- 
gènes durent payer un tribut en grains d'or. ^ 



LECTURE : CAONABO 

Un homme d'une énergie indomptable s'était trouvé dans la province de 
la Maguana pour communiquer à ses sujets la méfiance que lui inspirait la 
présence de l'étranger envahisseur. Il était de la forte race des Caraïbes. 
Assailli par la faim, toujours en lutte avec ses difficultés, il avait appris 
dès son enfance à escalader les rochers les plus abruts, à diriger un frêle ca- 
not sur la mer agitée et à affronter sans terreur le péril des combats. Le 
besoin de vivre l'avait poussé peut-être souvent a faire des incursions sur 
les terres de l'archipel des Antilles. Un jour l'Océan en furie l'avait jeté 
tout armé sur les côtes de Quisqueya. Ecoutons le monstre rugir effroyable- 
ment : 

«Mes aïeux promenaient la mort et ses ravages. 

«Sur le grand lac qui n'a point de rivage. 

«Ma mère me baignait tout petit dans le sang 

«Des prisonniers, et mon père, en mangeant, 
«Me jetait de leurs os dont je suçais la moelle». (2) 
Doué de cette ascendance que donne à l'homme la conscience de sa force 
et de sa puissance, il avait groupé autour de lui les Haïtiens tremblants qui 

1) Véga-Réal : Plaine Royale. Elle a 80 lieues de long, 

2) Henri Chauvet — La fille du Cacique, 



HISTOIRE D'HAÏTI Î7 



SiVBLienl tesoîn d^un protecteur. Il devint, au centre de l'Ile, le dépositaire 
du pouvoir et il l'exerça d'une main Ferme. 

D'un caractère altier, il plaça bien haut son empire sur la partie la plus 
élevée du Cibao. Poète et guerrier, il avait une sûreté de vue qui lui permet- 
tait de découvrir les secrètes pensées des colonisateurs comme le point culmi- 
nant de la montagne dominait les vastes plaines qui se déroulaient au loin. 
Il jura d'infliger une défaite aux pillards, arma du «boutou» et de la «za- 
gai» ses «butîos». ses «nytanos» chassa devant lui Tennemi et l'extermina. 

JE^EMIE 



QUESTIONNAIRE 

Quelle conduite les Espagnols eurent-ils vis-à-vis des Indiens ^ 

Comment Caonabo se vengea-t-il dès Exïictions des nouveaux venus ^ 

Quelle a été la première ville du Nouveau Monde ? 

Quel fut le sort de Caonabo ? 

Les Indiens furent-ils heureux dans la lutte entreprise <;ontre lesEspagoî^? 



18 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE IV 

Colomh et RoIJan — L'EscIatage à Hispaniola -- Las Casas 

lo MACHINATIONS DES ENNEMIS DE COLOMB,--Les 
ennemis de Colomb profitèrent de ces événements pour machi- 
ner sa perte. Ils le dénoncèrent à Isabelle en le rendant person- 
nellement responsable des crimes odieux commis à Hispagnola^ 
Les souverains d'Espagne envoyèrent Jean Aguado enquêter. 
Celui-ci, un obligé de Colomb cependant outrepassa les ordres 
du Roi. 

L'Amiral fut obligé de se rendre en Espagne oô il n'eut pas 
de peine à confondre ses accusateurs. 

2o REVOLTE DE ROLDAN.-Un Espagnol du nom de Rol- 
dan qui exerçait les fonctions de Juge à Hispagnola profita de 
l'absence de Colomb pour prendre les armes. 

Au retour du troisième voyage de découverte de Colomb la 
révolte durait encore. L'amiral n'en vint à bout qu'en acceptant 
les conditions de paix que lui dicta ce traître. 

3o -L'INTRODUCTION DES REPARTIMIENTOS.- Co- 
lomb accorda au chef des révoltés et à ses partisans des lots de 
terre auxquels furent attachés un certain nombre d'Indiens qui 
devaitent les mettre en culture. 

Ces concessions furent désignées sous le nom de répartimien" 
tos et marquent Torigine de l'esclavage à Hispagnola. 

4o FONDATION DE SANTO-DOMINGOf 1502) .-Jusque-là 
les emplacements' choisis pour la. capitale de File n'avaient pré* 
sente aucune des garanties et commodités nécessaires. 

En 1502, sur la rive gauche du fleuve Ozama, s'éleva la ville 
de Santo-Domingo qui devint la capitale de la Colonie espagno- 
le, aujourd'hui Ciudad Trujillo. 

5o -DIEGO COLOMB REMPLACE N. OVANDO EN 1508. 
En 1 508 Nicolas Ovando fut rappelé et remplacé par Diego Co- 
lomb nommé par Ferdinand Vice-Roi et Gouverneur du Nou- 
veau Monde. Diego voulut abolir les Repartimientos par une me- 
sure humanitaire mai^ il rencontra beaucoup d'opposition 9, 



HISTOIRE UHAITI 



19 



cViez les colons possesseurs d'esclaves. Il trouva parmî les espa- 
gnols deux prêtres qui l'aidèrent à améliorer le sort des aborigè- 
nes, Antoine Montesino et Barthélémy de Las Casas. 

60 LAS CASAS.— Las Casas alla près des Souverains espa- 
gnols plaider la cause des Indiens. Il obtint pour les indigè- 
nes la permission de travailler pour leur compte dans les mines 
en payant un certain droit. Aussi reçut -il le titre de Protecteur 
des Indiens, 



LECTURE i LA VILLE DE SANTO^DOMÎNGO 

Jamais ville ne fut plus prompttment achevée avec cette magnificence 
que rx)n a vue : quelques particuliers qui se trouvaient en fondis entreprirent, 
d'abord de bâtir des rues entières dont ils ne tardèrent pas à retirer leur ar- 
gent avec de gros profits. D'autres suivaient leur exemple et s*en trouvèrent 
également bien.Santo Domingo devint ainsi presque tout à coup une si grande 
€t si belle ville, qu'Ovando ne crégnit point d'assurer FEmpereur Charles- 
Qiiint que l'Espagne n'en avai^ pas une seule qui lui pût être préférée, ni 
po^r la beauté et la disposition des places et des rues^ni pour l'aménité des 
environs et que Sa Majesté Impériale logeait assez souvent dans les palais 
-qui n'avaient ni les commodités, ni les richesses de quelques-uns de ceux de 
Santo^Domingo, 

PIERRE FRANÇOIS DE CHARLEVOIX 



QUESTIONNAIRE 



Quelles machinations les ennemis de Colomb tramèrent^ils contre lai ? 
Parlez de la révolte de Roldan ? , 

Qu'appelez-vous «repartinîientos» ? , j 

Que savez- vous de la fondation de Santo-Domingo ? 

Parlez de Dtego Colomb ? * 

Que fit Las Casas pour les Indfgènes ? 



20 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE V 

Dispâcc et mort de Colomb - Las Casas 

lo DISGRACE ET MORT DE COLOMB.-Les concessions 
que r Amiral fit à Roldan lui valurent de nouveaux ennuis. Ses 
ennemis firent tant et si bien qu'ils obtinrent Tenvoi dans l'Ile 
du Commissaire Bobadilla chargé d'enquêter sur la conduite de 
Colomb. 

Les charges ne manquèrent point contre l'amiral, ce qui dé" 
termina Bobadilla à le faire arrêter ainsi que ses frères et à Tex" 
pédier couvert de chaines en Espagne. Bobadilla gouverna His- 
pagnola pendant deux ans (1500-1502). Sous son gouvernement 
les indiens périrent par milliers dans les travaux des mines. 

2o MORT DE COLOMB.-Le désaveu par Isabelle de l'acte 
brutal du Commissaire royal n'atténua point les chagrins de 
Colomb. Abreuvé de dégoût, il mourut en 1 506 à Valladolid, dans 
la plus grande misère. Selon ses recommandations, on transporta 
ses restes à Hispaniola en 1 526, ils furent déposés dans la Cathé- 
drale de Santo Domingo, où ils sont encore. 

3o NICOLAS OVANDO.— Colomb eut pour successeur défini-» 
tif Nicolas Ovando. 

Le nouveau gouverneur montra au dédut un peu d'humanité 
à l'égard des Indiens. Il finit cependant par leur imposer un ré- 
gime de terreur. 

C'est ce gouverneur qui fit pendre les Caciques Cotubanama 
et Anacaona, femme de Caonabo. 

Sous Ovando on tenta d'introduire des nègres à Hispaniola. 

Cet essai fut mal accueilli par le gouvernement parce que, di- 
sait-il, «ces êtres seraient difficiles à discipliner et à courber au 
régime de la colonie». 

4o TRAITRE DES NOIRS,-EN 1501 Haïti était telle- ont 
dépeuplée qu'on introduisit des esclaves africains. Un nombre 
considérable de bateaux négriers vinrent débarquer des noirs 



HISTOIRE D'HAÏTI 21 

On y amenait vingt à trente mille par an. On distinguait plu- 
sieurs sortes de noirs : des bossales ou danda, des Congos, des 
Aradas, desNagos, des Ibos, etc. On les vendait comme des bêtes 
sur les marchés publics tel que la Croix des Bossales. 

7o LA CANNE A SUCRE.— L'énorme rendement des mines 
n'empêcha pas Ovando de penser au profit que l'Espagne pour- 
rait tirer de l'industrie agricole. Une des plus importantes cul- 
tures introduites dans l'île à cette époque fut celle de la canne-à- 
sucre, t 

LECTURE : LES RESTES DE COLOMB 

En 1795 l'Espagne céda à la France l'Ile de Saint-Domingue. Les habi- 
tants songèrent alors à mettre en sûreté les restes du héros. Les cendres des 
grands hommes sont des richesses précieuses et sacrées que respecte l'étran- 
ger, mais qu'un peuple soucieux de ses traditions ne doit point laisser à des 
étrangers. On transporta religieusement à la Havane ce que l'on croyait 
être le cercueil de Christophe Colomb. 

Mais les Espagnols s'étaient trompés. Et la poussière qu'ils avaient vou- 
lu conserver comme relique n'était point celle de Colomb. 

Tout récemment en 1877, le cercueil du grand Amiral de la mer Océan e 
a été retrouvé dans les caveaux de la Cathédrale où il avait été déposé trois 
cent cinquante ans auparavant. Dans les fouilles effectuées par ordre de Mgr 
Rocco-Cocchia, Archevêque de Santo-Domingo on fut assez heureux pour 
découvrir les restes de Colomb dans un coffre de plomb portant son nom et 
son titre de vice-roi. 

PAUL DE JORIAUD 

(Christophe Colomb et la découverte du Nouveau Monde) 



QUESTIONNAIRE 

Racontez la disgrâce et la mort de Colomb? 

Qui fut le successeur de Colomb ? 

A quelle époque introduisit-on dans la colonie les premiers esclaves noirs? 

Parlez de la Traite des Noirs ? 

Quand la^canne-à-sucre fut -elle introduite à Hispaniola ? 



22 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE VI 

Le Cacique Henri 

lo LA JEUNESSE D'HENRI.-^Henri était de sang royaf. 
Ses ancêtres, en effet, avaient régné sur le Xaragua. 

Quand Tesclavage fut introduit dan^ l'Ile par les espagnols, il 
eut le .même sort que les autres indiens. Il appartint d'abord 
âux pères Dominicains établis à Saint-Domingue, lesquels lui en-* 
seignèrent à lire et à écrire. Puis il passa à un certain Valenzue- 
la qui se montra très dur envers lui, 

2o SA PvEVOLTE.— S'étant plaint vainement aux espagnole 
des mauvais traitements de son maître, il «e révolta* 

A la tête d'une petite bande d'Indiens, il alla camper dans le§ 
hauteurs abruptes du Bahoruco, montagne située dan» le sud-est 
de la République d*Haiti, 

3o GENEROSITE D'HENRI. -Vaîenzuela et quelques autres 
Espagnols partient à la suite du rebelle. Surpris dans un sentier 
étroit, ils furent mis' en déroute. Vaîenzuela reçut une grave 
blessure et fut fait prisonnier. Il se croyait perdu, 

«Allez ! lui dit son ancien esclave, remerciez Dieu de ce que 
je vous laisse la vie, et si vous êtes sage, ne revenez plus^. 

4o TRAITE DE 1333— LE PETIT ETAT DE BOYA.-- 
Pendant quatorze ans, les Espagnols essayèrent de déloger les ré 
voltés du Bahoruco, toutes leurs attaques échouèrent et n'eurent 
pour résultat que d'aguerrir de plus en plus le^ derniers et héro" 
ïques défenseurs de la race indienne. 

Fatigué de cette guerre l'En^pereur Charles-Quint envoya Ba* 
ruo-Nuevo à Hispaniola. Celui-ci prit la résolution de faire 1» 
paix. Aux termes d'un traité, le Cacique Henri obtint comme 
Etat indépendant le petit bourg de Boya^ 

5o DECADENCE ESPAGNOLE.— Les concessions faites au 
cacique Henri mirent fin à la guerre; mais la plus grande désola- 
tion régnait à Hispaniola. 

La population indigène était décimée. L'Espagne se désinté- 
ressant de plus en plu^ de sa colonie, avait les regards tourner 



HISTOIRE D'HAÏTI 23 

vers le vaste continent américain où elle retirait d'immenses ri- 
chesses. 

Cet abandon accéléra Témigration des colons espagnols et en- 
hardit les pirates anglais et français, qui commençaient à infester 
la mer des Antilles. 



LECTURE t FONTES D*OR 



Sous Ovando,rexploitation des mines prit un développement eonsîdérable. 
Il se faisait à Hispaniola quatre fontes d*or chaque année : deux à Buena- 
ventura, non loin de Santo Domingo, pour les mines de Saint Christophe, 
deux à la Conception de la Véga pour le Cibao. 

L'or qu'on tirait de ces mines représentait annuellement en espèces mon- 
nayées environ 114.000 dollars. 

Aussi quand on sut en Espagne qu*on pouvait réaliser, en très peu de 
temps et sans rien risquer, des fortunes dans cette colonie pour peu qu'on 
Fût des amis du gouverneur général, il ne se trouva plus bientôt assez de 
navires pour y transporter les avides conquistadores. 

Les divers travaux auxquels les Indiens n'étaient guère habitués, joints aux 
luttes meurtrières qu'ils eurei t à soutenir contre l'Européen, déterminèrent 
la rapide décroissance de la population. De deux millions qu'elle était lors 
de la découverte elle se trouva réduite, quinze ans plus tard, à environ 
60.000 âmes. 



(D'après CHARLEVOIX) 



QUESTIONNAIRE 

Parlez de la jeunesse d'Henri? 
Henri accepta-t-il docilement son sort> 
Citez un trait de générosité d'Henri ? 
Quelle fut l'issue de la lutte entre Henri et les espagnols ) 
Quelles ont été les principales causes de la décadence de la colonie espa- 
gnole ? 



24 HISTOIRE D'HAÏTI 

LIVRE III 

PERIODE FRANÇAISE 

1626-1804 
Débuts de la Colonie de JSaini-Domingue 
Révolte de Pradéjan 

lo LES FLIBUSTIERS,— Les premiers aventuriers français 
qui fondèrent la colonie de Saint-Domingue étaient connus sous 
le nom de Flibustiers. 

Les Flibustiers nommés ainsi parce qu'ils voyageaient sur des 
petits bâtiments appelés FLY-BOATS, ils étaient la terreur des 
mers et abordaient les plus gros navires pour les piller. 

Ils occupèrent d*abord l'île de la Tortue, puis créèrent des 
établissements sur les côtes septentrionales de la grande Terre 
vers 1626 et sV établirent définitivement en 1629. 

2o LES BOUCANIERS.— Fatigués de courses sur mer, ces 
pirates se livrèrent à la chasse des boeufs sauvages et des co- 
chons marrons qui abondaient dans ces parages. Pour conserver 
la viande, ils les faisaient fumer sur un grand boucan. 

Le boucan était un grand feu 
de bois qu'on allumait sur un 
vaste terrain dénudé réservé 
à cet effet et au-dessus du- 
quel à Taide de pieux fixé 
fortement au sol, soutenant 
des traverses, on déposait des 
quartiers de boeufs ou de co- 
chons marrons pour les fumer. 
C'est de là que leur est venu 
le nom de boucaniers. 

Ils vivaient sans famille et formaient des associations. Les 
associés usaient en commun de tout. Après la mort de l'un les 
biens restaient à l'autre. Ils étaient aidés par des engagés, es- 
pèces d'esclaves blancs attachés par contrats pour une période 
de trois années. Ceux-ci étaient employés pour transporter les 
peaux des animaux aux navires qui se tenaient dans les ports 
éloignés de leur boucan. 




HISTOIRE D'HAITI 25 

30 LES HABITANTS.- Peu à peu les boucaniers et Flibus- 
tiers renoncèrent à la Vie errante. Ils devinrent des cultivateurs ou 
habitants et établirent les premières plantations de la Nouvelle 
Colonie. 

40 LE PREMIER GOUVERNEURDE SAINT-DÇMINGUE- 
— Pendant assez longtemps la colonie de Saint-Domingue ne fut 
gouvernée que par des chafs choisis parmi les aventuriers. Le 
plus célèbre d'entre eux fut Levasseur (1638-1632) qui fixa sa 
résidence à l'île de La Tortue. 

Le premier gouverneur officiellement nommé par la France fut 
Bertrand d'Ogeron (1666-1675). 

50 COMMENCEMENT D'ORGANISATION DE SAINT- 
DOMINGUE.— A son arrivée à Saint-Domingue Bertrand d'O- 
geron n'y trouva que 400 personnes. Il prit aussitôt des mesures 
pour en augmenter le nombre. Dans ce but, il fit venir des fem- 
mes de France et par ainsi, encouragea les colons à se créer des 
familles. C'est sous son administratoin que furent introduits à 
Saint-Domingue les premiers plants de cacaoyers. Il eut aussi 
l'honneur d'avoir, en 1670, fondé la ville du Cap, destinée à deve- 
nir dans la suite le Paris de Saint-Domingue. Il mourut à Paris 
en 1675. 

60 LA PREMIERE REVOLTE D'ESCLAVES A SAINT-DO- 
MINGUE — Sous son sucesseur M. de Pouancey, une révolte 
d'esclaves éclata en 1678, à Port-de-Paix. Elle était conduite p^r 
un noir du nom de Padrejan qui avait rêvé d'exterminer les co- 
lons. 

Les révoltés furent défaits et leur chef périt dans la mêlée. M. 
de Pouancey mourut en 1682. 



LECTURE : L'ILE DE LA TORTUE 

L'île d\î la Tortue peut avoir seize lieues de long. Elle n'est accessible 
que du côté du midi par un canal large de deux lieues qui la sépare de l'île 
de Saint-Domingue et où il y a un bon port. 

Le terroir est bon et fertile aux endroits où elle est habitée. Toutes les 
montagnes y sont d'une roche aussi dure que le marbre; et cependant elles 



26 HISTOIRE D'HAÏTI 

produisent des arbres aussi grands aussi gros que ceux de nos plus belles 
fercts d'Europe. "" 

On y trouve tous les fruits qui viennent dans les ÂntiNes. 

A. 0. OEXMELIN 



QUESTIONNAIRE 

Qu'étaient-ce que les Flibustiers ? 

Qu'étaient -ce que les Boucaniers ? 

Comment était un Boucan ? 

Qu*étaient-ce que les habitants ? 

Quel fut le premier gouverneur à Saint-Domingue ? 

A quel moment commença réellement l'organisation de Saint-Domingue ? 

Quand eut lieu à Saint-Domingue la première révolte d'esclaves ? • 



HISTOIRE D'HAITI ' 27 

CHAPITRE VIII 

Le Code Noir 

Reconnaissance des Droits de la France sur Saint-Domingue 
Guerre de l'Indépendance Américaine 

1.- ORGANISATION DE LA JUSTICE.- LE CODE NOIR. 

La justice resta longtemps à Saint-Domingue sans une organi- 
sation sérieuse. Les crimes et les délits étaient jugés par un tri- 
bunal militaire que présidait le gouverneur. 

M. de Cussy (1683-1690), successeur de M. de Pouancey fut 
le premier qui pensa à établir des tribunaux réguliers qu'on ap- 
pela SENE-CHAUSSEES. Il en créa quatre et une COUR SU- 
PREME dont le siège se trouva à Léogâne. 

Cette organisation fut complétée par l'EDIT de 1683 ou CODE 
NOIR qui réglementait particulièrement le régime de l'esclavage 
à Saint-Domingue et dans les autres colonies françaises. 

2o.- HOSTILITES ENTRE FRANÇAIS ET ESPAGNOLS.- 

Plus la partie française se développait plus les Espagnols dé^ 
possédés se montraient jaloux et hostiles. 

Les luttes perpétuelles qu'elles soutenaient Tune contre l'autre 
furent ruineuses pour les deux nations. Des villes telles que San 
Yago et le Cap furent tour à tour pillées et livrées aux flammes. 
Saint Domingue eut même à déplorer la mort de M. de Cussy 
survenue dans une de ces rencontres. 

3o.- TRAITE DE RYSWICK (1697).- Sous le gouverne- 
ment de M. Ducasse, les cours d'Espagne el de France mirent 
fin, en 1697, à ces trop coûteuses hostilités par la signature du 
traité de Ryswick. 

Une des clauses de ce traité reconnut les droits de la France 
sur la partie occidentale de Tile, du Cap Rose, au nord, à la 
pointe de la Béate au sud. 

4o.-- TRAITE D'ARANJUEZ.- Quatre-vingts ans plus tard. 
en 1777, sous le comte d*Ennery, aux termes du traité d'Aran- 
juez les possessions respectives des deiix Etats furent dél Imitées, 
de la manière suivante : 



28 HISTOIRE D'HAÏTI 

La ligne frontière partait de !a baie de Mancenille, suivait la 
crête des monts de Vallières et rie la Grande-Rivière-du-Nord jus- 
qu'au sud du Dondon, puis la crête des montagnes Noires et des 
Cahos, coupait TArtibonite entre Mirebalais et Lascal|obas. Dans 
la région des Etangs, elle laissait une portion du lac Assuei ou 
Etang-Saumâtre à la partie française et descendait vers le sud 
jusqu'à la rivière Pédernale, à l'embouchure de laquelle elle se 
terminait aux Anses à Pitres. 

5o.- GUERRE DE L'INDEPENDANCE AMERICAINE.- 

En 1776 la Métropole fut en guerre avec l'Angleterre. La 
France avait signé un traité avec les provinces anglaises de l'A- 
mérique qui s'étaient révoltées. 

En 1779 le Comte d'Estaing recruta des hommes à Saint-Do- 
mmgue pour aider Washington. C'est ainsi que l'on vit huit cents 
noirs etmulatres partir pour l'expédition.On distingua RIGAUD, 
BEAUVAIS.CHA VANNES, LAMBERT. CHRISTOPHE, FE- 
ROU, CANGE. MARTIAL BESSE, VILLATE, TOUREAUX. 
JOURDAIN, MORNE, etc. qui revinrent après le fameux siège 
de SAVANNAH couverts de gloire. 



LECTURE : APPRECIATION DU CODE NOIR 

L'Edit de Macrs 1685 fut la moins infâme des lois sur l'esclavage des noirs 
car il n'excluait pas l'Africain et ses descendants de l'espèce humaine. Si 
cette loi était barbare en faisant couper les oreilles et le jarret de l'esclave 
fugitif, elle était juste en montrant le noir comme un homme.,. 

...Dans l'Edit de 1685 l'esclavage des noirs n'est pas déclaré perpétuel, 
la couleur noire n'est pas regardée avec mépris, mais la race blanche et la 
race noire sont autorisées, au contraire, à se confondre. 

Bauvais LESPINASSE 
(Histoire des Affranchis de Saint-Domingue) 



QUESTIONNAIRE 

Parlez de l'organisation de la justice à Saint Domingtie ? 

Les Français et les Espagnols vécurent-ils en paix ? 

Çue! a été l'objet du traité de Ryswick ? 

Par quel traité arriva-t-on à délimiter les frontières des deux territoresP 

Que savez vous de la Guerre de l'Indépendance Américaine ? 



HISTOIRE D'HAÏTI 29 

CHAPITRE IX 
La Société Coloniale— Les Classes.— Le préjugé de couleur, 

]o DIVISION DE LA SOCIETE COLONIALE-- La société 
coloniale était divisée en trois classes : 

|o la classe des BLANCS qui comprenait les grands fonction- 
naires, les planteurs **grands blancs". Les marchands et artisans 
désignés sous l'humble appellation de PETITS BLANCS. 

2o La classe des affranchis composée de noirs et de mulâtres 
nés de parents libres ou quî avaient pu sortir de Tesclavage. 

3o La classe des esclaves qui embrassait la masse des nègres 
importés d'Afrique. 

2o SITUATION ET CONDITION DE CES CLASSES. - A 
Saint-Domingue les blancs avaient une situation prépondérante : 
c'étaient les maîtres et seigneurs, seuls, ils jouissaient de tous les 
privilèges. 

Les affranchis, placés entre les blancs et les esclaves n'avaient 
que des droits fort restreints, encore les moeurs coloniales les 
empêchaient-elles de les exercer. Ils pouvaient cependant se ma- 
rier, posséder des biens et pratiquer certaines professions manuel- 
les. Ces avantages ne leur permettaient pas de frayer avec les 
blancs. Ceux-ci les excluaient de^leur compagnie et ne perdaient 
jamais l'occasion de leur infliger les plus cruelles humiliations. 

Les vrais martyrs à Saint-Domingue étaient les esclaves. Ils 
n'avaient la jouissance d'aucun droit. Ils étaient traités comme 
des bêtes. Pourtant la colonie ne devait qu'à eux seuls son éton- 
nante prospérité, leurs souffrances faisaient la joie et la fortune des 
colons, 

3o MACKANDAL.— Les esclaves essayèrent plus d'une fois de 
briser leurs chaînes. Ils s'attiraient ainsi les plus terribles châti- 
ments. L'un d'eux Mackandal, manchot, fut le plus terrible enne- 
mi des Colons dont il était craint. Pour se venger de ses maîtres, 
il se fit marron et prépara des poisons avec des feuilles dont seul 



3t) HISTOIRE D^HAITi 

il connaissait la vertu, Il fut pris malheureusement dans un piège 
et condamné à être brûlé vif sur la place d'Armes du Cap, sen- 
tence qui fut exécutée le 20 Janvier 1758. 

4o POPULATION COLONIALE.-La population coloniale 
s'élevait à environ 606.000 âmes dont 42.0000 blancs. 25.000 af^ 
franchis, 533.000 esclaves. 

5o LE PREJUGE DE COULEUR.-En vue d'asseoir plus so- 
lidement leur domination, les blancs imaginèrent de diviser les 
mulâtres et les noirs, en faisant accroire à ceux-là que, par la 
couleur de leur peau, ils étaient supérieurs aux derniers. 

Pour que cette infâme machination put produire tous ses ef- 
fets, les blancs accordèrent aux affranchis le droit de posséder, 
comme eux des esclaves. Ils s'en remirent aussi à eux seuls du 
soin de faire la police et de traquer les nègres fugitifs ou mar» 
rons. 

6o. LA RELIGION.— La religion officielle à Saint-Domingue 
était la religion catholique placée sous la direction des Domini- 
cains et des Capucins. 

Ces représentants furent malheureusement; d'indignes prêtres 
qui, au lieu de travailler à l'amélioration des infortunés Africains 
s'ingénièrent au contraire à leur faire entrer dans la tête qu'ils 
étaient des êtres créés par Dieu pour servir les blancs. 

Ces prêtres avaient intérêt à agir de la sorte puisque, eux aussi 
étaient possesseurs d'esclaves. 

LECTURE : LE FOUET COLONIAL 



Le fouet est une partie intégrante du régime colonial. Le fouet en est 
l'âme, le fouet est la cloche des habitations, il annonce. le moment du réveil 
et celui de la retraite, il marque l'heure de la tâche, le fouet encore marque 
l'heure du repos et c'est au son du fouet qui punit les coupables, qu'on ras- 
semble, soir et matin, le peuple d'une habitation pour la prière, le jour de 
fa mort est le seul où le nègre goûte l'oubli de k vie sans lé réveil du fouet. 
Le fouet en un mot est l'expression du travail aux Antilles. Si l'on voulait, 
symboliser les colonies telles qu'elles sont encore, il faudrait mettre en fais- 
çea.u une canne à sucre avec un fouet de commandeur. 

SCHOELCHER 



HISTOIRE D'HAÏTI 3' 

LECTURE : LA RELIGION A SAINT-DOMINGUE 
(Les Colonies Françaises) 

Nous reconnaîtrons volontiers que la religion chrétienne, prêchêe dans 
d'autres conditions aux noirs africains? eût été tneilleur moyeii de les gagrier 
à une civilisation supérieure. Même dans leur misérable situation et avec les 
réserves qu'on était forcé de faire dans l'explication qu'on leur donnait du 
dogme et de l'esprit évangélique. elle leur apportait quelques elernents de 
moralité et pour ceux dans le coeur desquels put pénétrer la toi. du moins 
rî'éta udiLntaire,elle dut constituer la plus efficace des consolations. 
Mameureusement, nous sommes bien forcés de le constater, si les religieux, 
tout en possédant eux-mêmes des nègres, firent preuve, pour ceux-là en par- 
tkulier et pour tous en général de douceur et de bonté, la plupart des ma- 
tes catholiques ne s'abstinrent pas de cruautés qu'ils commettaient eux- 
mêmes ou laissaient commettre à leur égard, et quant aux notions qui leur 
St inculquées avec peine, les maîtres furent, dans la plupart des cas les 
premiers à les détruire en eux, 

Lucien PEYRAUD 

(L'Esclavage aux Antilles françaises avant 1V89) 



QUESTIONNAIRE 

En combien d^ classes était divisée la société coloniale > 

Parlez de la situation et de la condition de chacune de ces classes ? 

Que savez-vous de Mackandal > i . i ^ 

A combien d'âmes s'élevait la population coloniale \ 

Dans quel but le préjugé de couleur a-t-il été mvente.parjles blancs ? 

Que savez-vous de la religion à Saint*Domingue ? 



32 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE X 



Organisation Politique et Administrative de Saint-Domingue 

lo. GOUVERNEMENT DE LA COLONIE.- A partir de 
l'année 1705, le gouvernement de Saint-Domingue fut confié à 
deux fonctionnaires, l'un militaire, l'autre civil. Le premier eut 
le titre de Gouverneur et le second celui d'Intendant, Les plus 
remarquables sont : (comme gouverneurs) : 

Le comte de Gallifet (1700-1714), le comte de Blenac (1714- 
1719), M. de Larnage (1737-1743), le marquis de Vaudreuil 
(1753-1764), le comte d'Estaing (1764-1766), le prince de Rohan 
1766), de Vallière (1766-1772), le comte d'Ennery (1775-1778), 
le comte d*Ar goût (1778-1782) 

Au rang des Intendants, on peut citer : de Cluny (1660), Bou- 
gard (1660-1666), de Vaire 1666-1674), le plus remarquable de 
tous fut Barbé de Marbois (1785-1789). 

Des villes furent fondées et elles se développèrent très vite : 
Port-de-Paix, Môle St. Nicolas, St. Marc, les Caves, Port-au- 
Prince, etc. 

2o, FONDATION DE PORT-AU-PRINCE.- Le navire le 
Prince vint dans le port qui était connu sous le nom de Port- 
de-1'Hôpital, il fut appelé dès lors Port-au-Prince. Cette ville fut 
bâtie sur l'habitation Randaut en 1750, elle est aujourd'hui la 
capitale de la République d'Haiti. 

3o. DIVISION TERRITORIALE.- On divisa aussi la colonie 
en trois provinces : 

1) la province du Nord, chef-lieu. Cap-Français ; 

2) la province de l'Ouest, chef- lieu, Port-au-Prince ; 

3) la province du Sud, chef-lieu les Cayes. 

Les provinces furent subdivisées en paroisses. Un groupe de 
paroisses formait un quartier. 

4o. LA JUSTICE.- Les besoins de la colonie se développant 
de jour en jour on pensa à augmenter cette nouvelle organisation 
judiciaire, on plaça au-dessus de ces tribunaux le Conseil Su- 
périnir de Saint Domingue, sorte de Cour de Cassation dont le 
siège fut fixé à Port-au-Prince. 



HISTOIRE D'HAÏTI 33 

5o L; ASSEMBLEE COLONIALE.- Une assemblée dite As^ 
semblée coloniale fut crée pour s'occuper spécialement du vote 
des impôts. En faisaient partie, le Gouverneur, l'intendant, l'or- 
donnateur et quelques officiers de la milice. 

60 L'ARMEE.A ST. DOMINGUE.- On comptait à St. Do- 
mingue six régiments de milice composée de trois mille hommes 
et dont deux pour chaque province. 

Un corps de police coloniale ou Maréchaussée composé d'hom- 
mes de couleur ou de noirs affrchanchis étaient spécialement 
chargé de la chasse des nègres marrons. Chaque quartier avait sa 
maréchaussée. 

. 70 PROSPERITE DE ST. DOMINGUE.- Toutes ces réfor- 
mes, jointes aux privilèges accodés tour à tour des Compagnies 
pour la Traite des Noirs produisirent de prodigieux résultats. La 
colonie prospéra à un point tel qu'elle reçut le surnom de Reine 
des Antilles et que sa capitale, le Cap, fut baptisé du nom de 

Paris de Saint-Domingue. 

Le mouvement des affaires atteignait alors annuellement le 
chiffre 350.000.000 de francs (70 millions de dollars environ). 

80 CULTURE DU CAFE.— Parmi les denrées coloniales qui 
fournissaient le plus de ressources à la Métropole, le café venait 
en première ligne. Cette précieuse fève fut transportée de la Mar- 
tinique à Saint-Domingue en 1729. 

On en planta d'abord au Terrier Rouge. De là, cette culture 
s'étendit dans toute l'île. 

Outre le café, Tlndigo, le coton, là canne à sucre, lecampêche 
furent introduits à Saint-Domingue. 

LECTURE : LE CAP FRANÇAIS EN 1789 

La principale ville de la colonie, le Cap Français était l'une des cités les 
plus brillantes de l'Amérique. 

On y voyait des places publiques plantées d'arbres et ornées pour la plu- 
part, de fontaines monumentales, tel le palais du gouverneur, le palais de 
Justice, une église, un arsenal, un entrepôt, un théâtre, de belles casernes et 
des hôpitaux. Deux belles promenades l'une le Cour^ Brasseur, situé sur le 
bord de la mer; l'autre, le Cours Villeverd, sur la route de Port-au-Prince, 



34 HISTOIRE D'HAÏTI 



attiraient les regards de tous les étrangers. 

En outre, le jardin du gouverneur s'ouvrait au public et était le rendez- 
vous de la société élégante. La ville du Cap présentait tous les avantages 
d'une grande cité. Près du Quai Saint Louis^ se tenait tous les dimanches 
le «Marché aux Blancs» où Ton trouvait tous les articles d'Europe. Chaque 
matin, il y avait deux marchés aux comestibles où les marchands, pour la 
plupart nègres étalaient en plein air, à l'ombre des figuiers, le chou, k con* 
combre, la morue, la viande, le savon, et cherchaient par leur loquacité, à at- 
tirer l'acheteur. Dans nombre de rues, l'on rencontrait des mulâtresses et des 
quarteronnes assises devant des tables couvertes des fleurs variées, l'on eût 
dit autant de petits parterres. C'était un commerce fort lucratif. Le confort 
ne laissait rien à désirer. La ville du Cap possédait plusieurs établissements 
de bains et l'usage en était fort répandu, Sur les places stationnaient des 
voitures de louage appelées cabrouets dont les cochers étaient de couleurs 
ébène. Les rues étaient entretenues avec soin; tous les matins des tombereaux 
passaient et enlevaient les immondices. Deux fois par jour, les habitants 
étaient obligés de jeter de l'eau devant leurs maisons afin de rafraîchir la tem- 
pérature. Toutes les maisons étaient numérotées et des plaques bleues indi- 
quaient les noms des rues. Des sergents de ville parcouraient les différents- 
quartiers pour y maintenir Tordre et la police était mieux faite. La ville 
possédait plusieurs hôpitaux, ( l ) et la charité s'y exerçait largement. 



GASTONNET des FOSSES 
(La perte d'une colonie) 



QUESTIONNAIRE 

A partît de Î705 par qui k coIcMie était elle gouvernée 7 

Comment le territoire était-il divisé à ce moment-là 7 

Parlez de la fondation de Port-au-Prince ? 

Quelle fut â cette épôque ïa nouvelle organisation de h justice ? 

Qu'était-ce que l'assemblée coloniale ? 

Quelle était alors la prospérité de Saint-Domingue ? 

Que Savez -vous de rintrôductiors de ïa culture du café à Saint-Domingue? 



(1) Le principal hôpital était doté de 80.000 livres de rente. Il existait 
aussi un hospice pour les nè^es^ 



HISTOIRE D'HAÏTI 35 

CHAPITRE XI 

Effets de la Révolution française en 1789 à Saint-Domingue 

Revendications des Affranchis, 

]o REVOLUTION FRANÇAISE.- Le 14 Juillet 1789 le peu- 
ple français prit d'assaut la Bastille et démolit cet ancien châ- 
teau qui personnifiait TAncien Régime. La Convention Nationale 
proclama la suppression de tous les privilèges du Roi, des Nobles, 
du Clergé. 

20 DECLARATION DES DROITS DE L'HOMiME.- L'As- 
semblée Constituante de France de 1789 a donné le nom de dé- 
claration des droits de l'homme à l'ensemble des principes qu'elle 
adopta. Ces principes disent : Tous les hommes sont égaux au 
point de vue social et politique. Tous les hommes peuvent occu- 
per un emploi public pourvu qu'ils aient les capacités voulues. 
Tous les hommes sont libres. La révolution française abolissait 
donc l'esclavage. 

Ces nouvelles apportées à Saint-Domingue par des navires de 
Commerce furent accueillies avec enthousiasme. Il y eut alors une 
violente lutte entre les trois classes dont les intérêts se contra- 
riaient. Les grands blancs défendaient leur privilège, les petits 
blancs réclamaient des droits égaux, les affranchis demandaient 
l'exercice de leur droit politique et sociaux, les esclaves récla- 
maient leur liberté. 

30 LES DECRETS DES 8 ET 28 MARS 1790.- REVENDI- 
CATION DES AFFRANCHIS.- L'Assemblée Nationale de 
France sur la proposition de Barnave et aux pressantes démar- 
ches de la «Société des Amis des Noirs» composée de Brissot, 
l'Abbé Grégoire, Pétion, Condor cet, Lafayette, Mirabeau, etc, 
comprit qu'elle devait accorder aux affranchis de Saint-Domin- 
gue leur droit politique, rendit en leur faveur un premier décret 
le 8 Mars 1790 et un autre le 28 du même mois. 

Dès que ces deux décrets furent rendus le Club Massiac à Pa- 
ris, composé— en partie de Colons de Saint-Domingue— provoqua 
des difficultés et s*opposa au départ des hommes de couleur et 



36 HISTOIRE D'HAÏTI 

des noirs qui étient en France. Tels que Vincent Ogé (originaire 
de Dondon) et Julien Raymond. 

Vers le milieu de Juillet 1790 trompant la surveillance des Co- 
lons et porteurs des lettres de la «Société des Amis des Noirs>^ 
Vincent Ogé se déguisa en prêtre, prit le nom de Poisac, passa en 
Angleterre et de là aux Etats-Unis d'où il partit pour Saint-Do- 
mingue et arriva le 23 Octobre à la rade du Cap. 

40 ARRIVEE D'OGE DANS LA COLONIE.- ENTREVUE 
D'OGE ET CHAVANNES. - Les Autorités de Saint-Domingue 
étaient prévenues de son arrivée. Elles avaient juré sa perte. 
Mais Ogé trompa leur surveillance et débarqua sans être recon- 
nu. Il partit pour la Grande-Rivière chez Jean-Baptists Chavan- 
nes son ami et lui fit part de son projet de revendiquer les droits 
politiques et sociaux reconnus aux hommes de couleur, même par 
la force. 

Chavannes proposa à Ogé de soulever les esclaves parce que les 
hommes de couleur seuls à son avis ne réussiraient pas dans leurs 
entreprises, mais Ogé n'accepta pas la proposition de son ami par- 
ce qu'il pensait que le moment n'était pas arrivé de soulever les 
ateliers. 

5o REVOLTE DES AFFRANCHIS.- Ogé écrivit au compte 
de Peinier, gouverneur en chef, pour lui demander la promulga- 
tion des décrets des 8 et 28 mars 1 790. Le gouverneur refusa for- 
mellement de les exécuter. Pour l'y contraindre, un groupe d'af- 
franchis sous le commandement d'Ogé et de Chvannes se soule- 
vèrent à la Grande Rivière du Nord et marchèrent sur le Cap. 
Les hommes de couleur se défendirent avec courage contre les 
troupes blanches qu'ils repoussèrent dans une première rencontre. 
Mais les blancs étaient mieux armés qu'eux. Ils furent obligés de 
céder. Quelques-uns furent faits prisonniers. 

Ogé et Chavannes se réfugièrent sur le territoire Espagnol. Si- 
gnalés par les autorités françaises comme brigands dangereux 
pour la sécurité générale de Pile entière les autorités espagnoles 
les firent arrêter et les mirent en prison. Le gouverneur espagnol 
Don Joachin Garcia les livra au capitaine négrier commandant 
de la corvette la «Favorite^ qui avait été envoyé par Blanche- 
lande pour les réclamer, on les conduisit au Cap et on instruisit 



HISTOIRE D'HAÏTI ^ 37 

procès. Ils furent condamnés par le Conseil supérieur à 
l'affreux supplice de la roue, ils furent rompus vifs sur la place 
d'armes du Cap le 25 Février 1791. 

6. SUCCES DES AFFRANCHIS.- Ce cruel échec ne décou- 
ragea point les affranchis. Sans perdre de temps ils s'organisè- 
rent à la Croix des Bouquets et placèrent à leur tête Bauvais. 
homme de couleur, ancien compagnon de Ogé et de Chavannes, 
d'un courage éprouvé, aimé et estimé de tous par la douceur de 
son caractère et la sévérité de ses principes. Bauvais fut nommé 
à l'unanimité Chef Supérieur de l'Insurrection. Sa modestie et sori 
patriotisme lui inspirèrent l'idée de s'associer un de ses frères noir 
Lambert ainsi que 300 esclaves ou suisses qui s'étaient échappés 
des ateliers pour les rejoindre. Lambert était un nègre originaire 
de la Martinique' Il possédait des qualités rares que l'on est ha- 
bitué à trouver chez les hommes d'éducation, aussi les blancs 
le respectaient. Les principaux officiers de Bauvais étaient André 
Rigaud, Daguin-Pierre Coutard, Marc Borno, Pétion Faubert, 
Pierre Michel, Borgella, Jn. P. Boyer. La 1ère prise d'armeis eut 
lieu sur l'habitation Diegue àjacmel, auPetit-GoâveetauxCayes. 

7. NERETTE ET PEINIER.-- La rencontre des hommes de 
couleur et des blancs eut lieu sur l'habitation Nerette. Les blancs 
furent battus et s'enfuirent vers Port-au-Prince. Bauvais les 
poursuivit et passa sur l'habitation de Peinier où il rencontra 
l'armée de Praloto. Un combat s'engagea. La troupe française fut 
mise en déroute le 2 Septembre 1791. Après la bataille des af- 
franchis faisant la Paix avec les Colons entrèrent ensemble à 
Port-au-Prince signèrent un concordat à Damien qui accordait 
aux hommes de couleur leurs droits politiques sans restriction le 
\ i Septembre 1791. Cet acte fut rédigé par Pinchinat, Président 
de la Commission nommée pour représenter les hommes de cou- 
leur. 

Les 300 esclaves ou suisses furent remis aux autorités qui les 
expédièrent sur le bateau «l'Emmanuel», d'abord à la Floride, 
ensuite ils revinrent à la rade du Môle St Nicolas où ils furent 
tous massacrés par des blancs de l'Artibonite appelés Saliniers en 
1792. C'est ainsi que ces malheureux furent récompensés d'avoir 
aidé les hommes de couleur à obtenir leur droits politiques. 



38 HISTOIRE D'HAÏTI 

LECTURE ; SOMMATION D'OGE 
A L'ASSEMBLEE PROVINCIALE DU CAP 



Messieurs.— Un préjugé trop longtemps soutenu va enfin tomber. Je suis 
chargé d'une commission bien honorable pour moi sans doute. Je vous som- 
me de faire promulguer dans toute la colonie l'instruction de l'Assemblée 
Nationale du 28 Mars qui donne sans distinction à tous les citoyens li- 
bres le droit d'être admis dans toutes les charges et fonctions, mes préten- 
tions sont justes et j'espère que vous aurez égard. Je ne ferai pas soulever les 
ateliers: ce moyen est indigne de moi. 

Apprenez à apprécier le mérite d'un homme dont l'intention est pure. 
Lorsque j'ai sollicité à l'Assemblée Nationale un décret que j'ai obtenu en 
faveur des colons américains connus antérieurement sous l'épithète injurieuse 
de sang-mêlés, je n'ai point compris dans mes réclamations le sort des nègres 
qui vivent dans l'esclavage. Vous et nos adversaires avez empoisonné mes dé* 
marches pour me faire démériter des habitants honnêtes. Non I Non l Mes- 
sieurs, nous n'avons réclamé que pour une classe d'hommes libres qui étaient 
sous le joug de l'oppression depuis deux siècles. 

Nous voulons l'exécution du décret du 8 Mars. Nous persistons à sa pro- 
mulgation, et nous ne cesserons de répéter à nos amis que nos adversaires 
sont injustes et qu'ils ne savent point concilier leurs intérêts avec les nôtres. 
Avant d'employer mes moyens, je fais usage de la douceur, mais si, contre 
mon attente, vous ne donnez pas satisfaction à ma démarche, je ne réponds 
pas du désordre où pourra m'entraîner ma juste vengeance. 



QUESTIONNAIRE 

Que savez-vous de la Révolution Française de 1789? 

Qu'est-ce que la déclaration des droits de l'homme 7 

Parlez des décrets du 8 et 28 Mars ? 

Que savez-vous de la première révolte dés Affranchis ? 

Comment s'organisèrent les affranchis après leur premier échtêf 

Racontez la bataille de Nerette et celle de Peiniez date ? 



HISTOIRE D'HAÏTI 39 

CHAPITRE XII 

Révolte Générale des Esclaves.-- Arrivée des Commissaires Civils 
Proclamation de la Uberié Générale 



lo. LES ESCLAVES S'AGITENT.-- La brillante prospérité 
de St-Domlngue étdit due aux 300.000 Africains qu'on vendait 
annuellement sur les marchés des principales villes de la colonie 
et dont la sueur et le sang fécondaient plus de 8.000 plantations. 

Alors que les blancs croyaient les avoir tout-à-fait abrutis, su- 
bitement ils se mirent à s'agiter dans TOuest et dans le Nord. 

Dans la nuit du 14 Août 1791, les esclaves au nombre de deux 
cent& se réunirent au morne Rouge sur Thabitation Mezi et en- 
tendirent la lecture d'un faux décret par lequel l'Assemblée Na- 
tionale abolissait la peine du fouet et leur accordait par semaine 
trois jours de liberté. La révolte générale était décidée. 

2o. REVOLTE GENERALE.-Dans cette réunion les esclaves mi- 
rent à leur tête Boukman. Celui-ci avait pour lieutenants Jean- 
François, Biassou et Jeannot. Avant la révolte Boukman condui- 
sit les conjurés au fond d'une forêt le Bois Caïman et une céré- 
monie eut lieu. On immola un cochon et chacun but le sang et 
prêta serment de suivre les chefs et d'exécuter leurs volontés. 
Cétait le 22 Août 1791. 

Vers 10 heures du soir les morhes des environs du Cap retenti- 
rent tout-à-coup du son lugubre du lambi. Des bandes d'esclaves 
armés de machettes, de piques, de couteaux sortant de tous les 
ateliers des habitations Clément, Turpin. Flavie. Noé, etc; enva- 
hirent la riche plaine du Cap, égorgèrent tous les blancs qu'ils 
rencontrèrent, puis mirent le feu aux moulins et aux plantations. 
Ils marchèrent sur la ville du Cap mais ils rencontrèrent les trou- 
pes de la métropole, ils furent repoussés et Boukman fut pris et 
décapité. 



40 ^ HISTOIRE D'HAÏTI 

3o. SITUATION EMBARRASSANTE DE LA FRANCE-. 
Dès ce moment la France se trouva dans le plus grand embarras. 

Les colons de Saint-Domingue dans leur haine contre les af- 
franchis envers qui la métropole montrait des sentiments bien- 
veillants étaient entrés en pourpalers avec le gouvernement Bri- 
tannique aux fins de livrer la Colonie aux Anglais. 

Les affranchis, eux les armes à la main soutenaient fermement 
la revendication de leurs droits politiques. 

De leur côté les esclaves étaient sur pied et demandaient à 
grands cris la liberté. 

C'est au milieu de ces complications que les Anglais appelés 
par les colons s'apprêtèrent à prendre possession des principales 
places de Saint-Domingue, quand débarquèrent au Cap le 28 No- 
vembre 1791 les trois commissaires : Roume, Mirbeck, Saint-Lé* 
ger envoyés par la France pour mettre fin à cette embarrassante 
situation. 

4o ACTE DE LA 1ère. COMMISSION CIVILE.-La Commis- 
sion devait rétablir la paix et donner une solution à toutes les 
affaires de la Colonie. Mais les commissaires durent se reconnaître 
impuissants à désarmer les partis et ne pouvant pas arriver à 
une paix parfaite, ils partirent pour la France. Mirbeck du Cap 
le 1er. Avril et Saint-Léger de Saint -Marc le 3 Avril 179 L Roume 
seul resta. 

5o ARRIVEE DE LA 2ème. COMMISSION ClVILE.-Mir- 
beck et Saint-Léger arrivés en France firent leur rapport.Les let- 
tres de Roume les confirmèrent. L'Assemblée Nationale nomma 
aussitôt trois nouveaux commissaires, pour Saint-Domingue i 
Polvérel, Sonthonax et Aillaud. Ils étaient chargés de l'exécution 
du décret du 4 Avril,* de proclamer la liberté générale des escla- 
ves, de disoudre toutes Assemblées. Ils étaient accompagnés 
de Desparbès le nouveau gouverneur de la Colonie 

A l'arrivée de la nouvelle commissions^ Roume s'embarqua pouf 
la France le 28 Novembre. ^ 

6o PROCLAMATION DE LA LIBERTE GENERALE DES 
ESCLAVES DANS LE NORD, L'OUEST ET LE SUD.-- Les 



HISTOIRE D'HATI 41 

commissaires délégués par la France durent déployer toute 
leur énergie pour combattre les idées criminelles des Colons et se 
créer en même temps des défenseurs parmi les noirs. 

Au Cap l'un d'eux, Sonthonax qui était un remarquable avo- 
cat à Paris avant la révolution de 89, était jeune, ardent et cou- 
rageux. I! se trouva dans les derniers jours du mois d'août dans 
une situation des plus critiques. Menacé d'un côté par les An- 
glais et de l'autre par Jean François, chef des esclaves révoltés, 
Sonthonax prit la suprême résolution de proclamer solennelle- 
ment la liberté générale des esclaves de la province du nord. 

Au matin du 29 août 1793 sur la place d'armes du Cap en pré- 
sence de tous les citoyens blancs, hommes de couleur et esclaves, 
Sonthonax dit d*une voix fort:*Tous les nègres et sang mêlés ac- 
tuellement dans l'esclavage sont déclarés libres pour jouir des 
droits attachés à la qualité de citoyens français». La proclama- 
tion de la liberté générale fut publiée dans toute la province du 
Nord. 

Peu de jours après, le commissaire Polvérel qui avait l'admi- 
nistration de l'Ouest et du Sud prit la même mesure dans ces 
deux provinces, 

7o. ANDRE RIGAUD.- Dans ces moments difficiles ou sa 
puissance était tenue en échec, la France trouva, dans la personne 
du mulâtre Adré Rigaud un vaillant officier qui sut lui conser- 
ver presque intacte la province du Sud soumise à son comman- 
dement. 



LECTURE : SONTHONAX AUX NOUVEUX AFFRANCHIS 

Ne croyez pas que la liberté dont vous allez jouir soit un état de paresse 
et d'oisiveté. En France, tout le monde est libre et tout le monde travaille. 
A Saint-Domingue, soumis aux mêmes lois vous suiviez le même exemple. 
Rentrez dans vos ateliers ou chez vos anciens propriétaires vous recevrez le 
salaire de vos peines, vous ne serez plus la propriété d'autrui, vous resterez 
les maîtres de la vôtre et vous vivrez heureux. 



42 HISTOIRE D'HAÏTI 



La liberté vous fait passer du néant à l'existence : montrez-vous dignes 
d'elle, abjurez à jamais l'indolence comme le brigandage : ayez le courage 
de vouloir être un peuple et bientôt vous égalerez les nations europjéennes. 
(Extrait de l'acte de la proclamation de la libert^ des esclaves) ^ 



QUESTIONNAIRE 

Pourquoi les esclaves se réunirent-ils dans la nuit du Î4 août 1791 ? 
Dites ce que vous savez de la révolte générale des esclaves, date 7 
Quelle était a ce moment la situation exacte dé la Colonie ? 
Qui débarquèrent au Cap ? 
Que fit la première Commission Civile ? 

Parlez de l'arrivée de la 2e. Commission à Saint-Domingue, de qui était- 
elle composée 7 

Quel acte important accomplit Sonthonax,"date > ^ 

Que *aV€2-vous d'André Rigaud? 



« 



HISTOIRE D'HAÏTI 



43 



CHAPITRE XIII 



Toussaint Louverture 



lo* TOUSSAINT.— Dans les bandes de Jean-François se trou- 
vait un nègre du nom de Toussaint. 

Toussaint naquit sur l'habitation Bréda aux environs du Cap le 
20 Mai 1 746, petit-fils de Gaou-Guinou de la tribu africaine des 
Aradas. Il eut pour parrain Pierre Baptiste qui lui apprit à lire et 
à écrire. Il aimait lire l'histoire des Grands Capitaines. Il était 
chrétien, il allait chaque Dimanche à la messe. 

Elsclave, il devint cocher de M. de Bâillon de Libertat, Tous- 
saint sut gagner la confiance de son maître. Il avait acquis utie 

grande influence sur les noirs 
grâce à ses talents et à sa supé- 
riorité intellectuelle. Ceux-ci 
avaient pour lui la même consi- 
dération que pour un blanc. 

Plus tard, sa connaissance, 
des propriétés médicinales des 
plantes du pays lui fit décerner 
le titre dfi niédecin de Tarmée. 

2o. TOUSSAINT AU SERVI- 
CE DE LA FRANCE.- La 
guerre que faisaient à la France 
les puissances européennes coa- 
lisées eut son contre-coup à St- 
Dominguc. Et les Espagnols 
furent tout heureux d e trouver 
dans les esclaves révoltés des au- 
xilliaires qu'ils ne se firent pas 
faute d'exciter contre les agents 
de la métropole. 

C'est ainsi que Toussaint pen- 
dant quelque temps guerroya 
contre la France. 

Mais à la nouvelle que cette nation avait ratifié la liberté 




44 HISTOIRE D'HAÏTI 

générale il se rendit à Lavcaux, Gouverneur provisoire de la Co^ 
lonie, Juin 1794. 

3o. SES CAMPAGNES ET SES VICTOIRES.-Toussaint en- 
tra en campagne à la fois contre les Espagnols et les Anglais 
qu'il ne tardera pas à chasser de tous les points qu'ils occupaient. 

Ses éclatantes victoires et celles de Rigaud, dans le Sud raf- 
fermirent à Saint-Domingue, l'autorité presque compromise de la 
France qui, engagée à cette heure dans la guerre continentale, ne 
pouvait pas songer à envoyer des secours à la colonie. 

Pour récompenser les services de ces deux officiers, le gouver- 
nement de la République Française les nomma généraux de bri- 
gade. 

4o. TOUSSAINT LIEUTENANT AU GOUVERNEMENT DE 
ST-DOMINGUE.— Les surprenantes qualités d'administrateur 
révélées par Toussaint, son extrême bravoure jointe au dévoue- 
ment qu'il témoignait à la personne du gouverneur Laveaux déci- 
dèrent celui-ci à l'attacher comme lieutenant au gouvernement 
de St. Domingue le 12 Avril 1795. La veaux, avec l'aide de Tous- 
saint reprit aux Anglais toutes les villes du Nord à Texception du 
Môle St. Nicolas. 

:o. TOUSSAINT COMMANDANT EN CHEF DEUARMEE. 
Dans le courant de Tannée 1796, Toussaint conquit le grade de 
général de division. Le directoire envoya en cadeau à ce général 
un sabre magnifique et une superbe paire de pistolets. 

Vers la fin de Mai de l'année suivante, aprèsune brillante cam- 
pagne contre les Anglais, il arriva à l'apogée de sa gloire militai- 
taire en recevant le titre de gênerai en chef de l'armée de Saint- 
Domingue. 

6a. DEPART DE LAVEAUX ET DE SONTHONAX.-Le 14 
Septembre, l'Assemblée électorale du Cap nomma des Députés au 
Corps Législatif pour représenter la Colonie, Toussaint voulant 
se débarrasser de Sonthonax et de La veaux les recommannda se- 
crètement, ils furent élus. Laveaux partit pour France le 19 Oc- 
tobre 1796 et Sonthonax en Avril 1797. Dès lors Toussaint devint 
seul chef de la Colonie. 

LECTURE : ORIGINE DU SURNOM DE LOUVERTURE 

L'origine du nom de Louverture ajouté à celui de Toussaint a donné 
lieu à de nombreuses discussions. D'après une note qui se trouve aux archives 



HISTOIRE D'HAÏTI 45 



nationales (France,) Toussaint aurait pris le nem de son maître Louverture 
comme le faisaient souvent les esclaves. Cette explication est erronée. ÏI en 
est de même de celle qui atrribue l'origine du mot Louverture à une excla* 
mation du général Lavèaux qui» en apprenant les prouesses de Toussaint, 
alors au service de l'Espagne, se serait écrié : Cet homme-là fait Ouverture 
Toussaint se serait emparé de ce mot par bravade. 

NoUî 
auraient uuuue ses compagrions ae servicuae aiors qu 
servait de ces deux noms au mois d'Août 1793. 



[S inclinerons à croire que cette appellation serait un sobriquet que lui 
nt donné ses compagnons de servitude alors qu'il était esclave» 11 se 



h; gastonnet des fosses 

«La perte d'une colonie» 



QUESTIONNAIRE 



Que sàvez-vôuS de Toussaint LoUVértUre ? 

Quand Toussaint rentra*t-il au service de la France) » 

Parlez de ses Campagnes et de ses victoires, quelle f écompeftsè f èçlit-il ^ 

Comment LaVeau^t s*âttacKa-t-iI Toussaint ) 

Quand Toussaint arriva-t-il à l'apogée de sa gloire? 

Comment Toussaint devint-t-il seul Chef de là Colonie ? 



46 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XIV 

Guerre Cicile entre Rigaiid et Toussaint 

lo. SOUPÇONS CE LA FRANCE CONTRE TOUSSAINT.- 

En France on commença ^ s'inquiéter de la puissance chaque 
jour grandissante de Toussaint. 

Le Général Hédouville fut envoyé en qualité de gouverneur 
avec mission de contrecarrer l'influence du général noir. 

Il trouva en Rigaud qu'offusquait la brusque élévation de 
Toussaint l'instrument nécessaire à l'accomplissement des desseins 
de la métropole. 

2o. CAPITULATION DU MOLE-ST. NICOLAS.- Au mois 
de Septembre 1 798 il ne restait au pouvoir des Anglais que la 
seule place du Môle Saint-Nicolas. 

Les habiles négociations du général en chef avec l'amiral an- 
glaisMaitland aboutirent à une capitulation des troupes de Sa 
Majestée Britannique. 

Maitland, à cette occasion, offrit à Toussaint un banquet à la 
suite duquel il lui fit un présent (au nom du Roi d'Angleterre) de 
la superbe argenterie qui avait servi au festin. 

Il lui proposa aussi de le reconnaître Roi d'Haïti, en retour de 
certains avantages commerciaux qui seraient accordés aux Anglais 

Toussaint refusa. 

3o. DEPART PRECIPITE D'HEDOUVILLE.- Rien n'échap- 
pait au rusé Toussaint, ni des sentiments de Rigaud à son égard, 
ni des rapports d'Hédouville avec ce dernier. 

Le 16 Octobre 1798 éclata au Fort-Liberté une émeute qui se 
propagea jusque sous les murs du Cap. 

Le général Hédouville après avoir accusé Toussaint d'en être 
le machinateur, s'embarqua précipitairment pour France, sur la 
frégate Bravoure. 

Faisant fi de la hiérarchie militaire, il écrivit à Rigaud une let- 
tre par laquelle il invitait cet officier à ne plus obéir aux ordres 
du général en chef de l'armée. 

4o. CAUSES DE LA GUERRE DU SUD.- Les causes de la 
guerre du Sud résident dans l'orgueil et l'ambition de Rigaud. 



HISTOIRE D'HAÏTI 47 

Deux circonstances vinrent précipiter les événements : la dimi- 
nution par le nouveau gouverneur Roume de l'étendue du com- 
mandement du général mulâtre, cette nouvelle division de terri- 
toire fut confiée au général Laplume et la mort par asphyxie de 
29 soldats noirs dans un cachot de Jérémie qui venait d'être 
blanchi à la chaux vive. 

50 OUVERTURE DES HOSTILITES ~ A la nouvelle de ce 
malheur Toussaint proféra des menaces furieuses contre les hom- 
mes de couleur. Rigaud de son côté ne montra pas plus de rete- 
nue. Il lança le 15 Juin 1799 une proclamation où il se déclara 
seul chef de la province du Sud. Trois jours après ses troupes 
s'emparèrent de Petit-Goâve et de Crand-Goâve. 

Toussaint fit aussitôt marcher contre lui une armée de 10.000 
hommes à la tête de laquelle étaient placés Dessalines et Chris- 
tophe. 

60 DEFAITE DE RIGAUD.— La guerre du Sud est marquée 
par des faits d'armes qui feraient honneur aux deux adversaires 
s'il ne s'agissait de lutte fratricide. 

Le plus remarquable est le siège de Jacmel que soutint Pétion 
pendant deux mois et la belle retraite opérée par cet officier à 
travers les rangs serrés de l'ennemi (nuit dulOau 11 Mars 1800). 

Quoique battu dans presque toutes les rencontres, Rigaud re- 
poussa les propositions de paix que lui offrit Tcussaint. Il du 
à la fin s'embarquer à Tiburon pour France.. Suivi d'un grand 
nombre de ses partisans parmi lesquels étaient Pétion et Boyer, 
Geffrard, Bonnet et Faubert etc., le 20 Juillet 1800. 



LECTURE : SIEGE ET EVACUATION DE JACMEL 

La garnison reçut Pétion qui avait si généreusement volé à son secours 
avec les accents d'une vive allégresse et on le proclama commandant en chef. 

Pétion avait trouvé la place dans le dénuement le plus complet. Nous 
étions réduits à ramasser pour les leur retourner, les boulets que les assié- 
geants nous envoyaient. 



48 HISTOIRE D'HAÏTI 

Dessalines et Christophe à l'arrivée de Pétion, redoublaient leurs attaques 
mais ce fut toujours vainement. 

La famine battait son plein. Pour toute ration, le militaire recevait Féqui" 
valent de 4 onces de pain. On se nourrissait de chevaux, d'ânes, de chiens 
de chats et de rats. Nous faisons bouillir les vieux cuirs qui servent de cou- 
verture aux malles ainsi que l'herbe des rues et la raquette des alentours des 
forts. Déjà 3.000 des défenseurs de la ville avaient été mis hoi-s de combat. 

Devant une si cruelle situation, Pétion sentit la nécessité de mettre un 
terme à cette lutte sanglante et désespérée. 

Il commença par ouvrir les portes aux femmes qui jusqu'alors 
partageaient nos misères. Celles qui sortaient du côté où était Christophe 
étaient repoussêes à coup de fusil et de canon. Dessalines, bien différent 
de son lieutenant, accueillait même avec bienveillance les infortunés qui pas*- 
saient de son côté. « 

La garnison, perdant tout espoir d'être soutenue par Rigaud qui laissait 
son armée stationnaire au Grand-Goâve et dans la ligne de Bainet, un con- 
seil de guerre décida l'abandon des ruines de la Place. 

Dans la matinée du 18 Mars 1800, Pétion, pour tromper l'ennemi, fit ca- 
nonner vivement le chemin de Bainet. Vers 8 heures du soir, les garnisons 
des forts se rendirent en silence sur la place d'armes après avoir encloué les 
canons. 

Sous le feu meurtrier des assiégeants avertis de notre décision, nous dûmes, 
par une nuit obscure et dans une confusion complète, nous frayer quand 
même un passage à travers les lignes ennemies. 

Nous étions sortis de Jacmel près de 1.300, le lendemain, au matin, nous 
étions tout au plus 700, 

Ceux qui tombaient au pouvoir de Dessalines furent les moins malheureux; 
les hommes étaient incorporés et les femmes recevaient des secours. Au 
contraire, Christophe sacrifiait, en les faisant précipiter vivants dans les 
puits, les malheureux de tout sexe et de tout âge qui étaient pris par ses 
soldats. 

Après deux jours de repos hors de l'atteinte de l'ennemi, nous continua' 
mes notre marche et arrivâmes au Grand-Goâve. Les troupes du camp que 
commandait Faubert bordèrent la haie des deux côtés du chemin, noui» 



HISTOIRE D'HAÏTI 49 

présentèrent les armes tandis que les tambours battaient au champ et que 
retentissaient les cris enthousiastes de : Vivent nos frères de Jacmel l 

(Notes d'un assiégé recueillies par C, ARDOUIN) 



QUESTIONNAIRE 

Quels soupçons la France eut-elle contre Toussaint? 
Parlez de la capitulation du Môle, quelle offre fit le Général Maitland 
à Toussaint ? 

Parlez du départ précipité d 'Hédou ville ? 
Quelles sont les causes de la Guerre du SudP 
Comment s'ouvrirent les hostilités ? 
Parlez du siège de Jacmel, date ? 



50 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XV 
Gouvernement Personnel de Toussaint 

10 TOUSSAINT PREND POSSESSION DE L'EST. -En 
1795, l'Espagne par le traité de Baie avait cédé la partie de TEst 
à la France. 

Cinq années s'étaient écoulées sans que la métropole eût pensé 
à l'occuper effectivement. Toussaint en prit l'initiative. 

Comme le gouverneur Roume hésitait à lui donner l'autorisa- 
tion nécessaire, il eut l'audace de le mettre en état d'arrestation. 

A la tête d'une armée de 7.000 hommes, il entra le 27 Janvier 
1801 à Saint Domingue et Don Garcia, gouverneur de la partie 
de Test s'embarqua avec les troupes espagnoles le 22 février. 

20 PROCLAMATION DE LA LIBERTE GENERALE DANS 
LA PARTIE DE L'EST— La première et la plus importante me- 
sure prise pa; Toussaint, peu de jours après son arrivée à Santo- 
Domingo fut l'abolition de l'esclavage dans cette partie de l'Ile. 

Les colons espagnols en furent à ce point mécontents que beau- 
coup d'entre eux abandonnèrent cette colonie et se rendirent les 
uns à Cuba les autres dans l'Amérique Centrale. 

3o ORGANISATION ADMINISTRATIVE, - Devenu seul 
maître à Saint Domingue, Toussaint organisa l'administration en 
faisant appel aux hommes capables et probes. 

L'armée dont Teffectif s'élevait à 15.000 'hommes était soumi- 
se à la plus sévère discipline. 

11 créa des écoles qu'il se faisait le devoir de visiter en person- 
ne, choisit des jeunes gens noirs et mulâtres qu'il envoya en Fran- 
ce étudier aux frais de la colonie. 

L'ordre et l'économie dans le maniement des revenus du Trésor 
étaient des règles qu*aucun fonctionnaire n'eut osé enfrein- 
dre sous peine d'encourir les plus durs châtiments. 

40 REVE D'INDEPENDANCE.- Par ses coups d'autorité 
autant que par son système de gouvernement personnel, Tous- 
saint laissa à comprendre qu'il visait à l'Indépendance. 



HISTOIRE D'HAÏTI 51 

Uacte par lequel il affirma cette intention est la Constitution 
locale qu'il fit voter et appliquer en Mars 1801 avant même d'a- 
voir reçu l^approbation de la métropole. 

En vertu de cette constitution, la France n'avait rien à voir 
dans la confection des lois relatives à l'administration intérieure 
delà Colonie. 

En outre, la Constitution proclamait Toussaint goutHrneur à 
Die avec la faculté de se choisir son successeur. 

La Constitution fut imprimée et publiée et Toussaint chargea 
le Colonel Vincent d'apporter cet acte au premier Consul. 

5o. CODE RURAL OU REGLEMENT DE CULTURE.- 
Toussaint haïssait l'oisiveté. Il ne cessait de répéter : «Le travail 
est nécessaire; cest une vertu, cest le bien général de lEtat». 

En conséquence, il rédigea un code rural d'une sévérité exces- 
sive **12 Octobre 1800".Quoique libres, les nègres étaient attachés 
aux habitations et soumis au bâton des inspecteurs de culture, 

60. REVOLTE DES PAYSANS DU NORD.-, Ce régime de 
fer exaspéra beaucoup les paysans du Nord qui, en Octobre 1801, 
se soulevèrent. Cette insurrection fut réprimée. 

Le général Moyse, propre neveu de Toussaint, qui avait eu 
l'imprudence de critiquer ce règlement de culture fut accusé d'a- 
voir provoqué la révolte. 

Traduit devant un conseil militaire, 11 fut condamné à mort et 
fusillé. 

LECTURE: PORTRAIT DE TOUSSAINT LOUVERTURE 

Toussaint Louverture était d'une taille moyenne et d'une complexion 
assez faible en apparence, mais sa physionomie était mâle, son oeil vif, son 
air noble et imposant; ses manières naturellement aisées et familières avaient 
parfois une certaine élégance. Cavalier remarquable, il restait toute une 
journée à cheval sans se fatiguer, il avait d'ailleurs, (c'était son principal 
luxe) une écurie nombreuse montée en chevaux d'une grande vitesse. Aussi 
faisait-il fréquemment avec une rapidité inconcevable des marches 
de 50 à 60 lieues, semant en route son état-major et ses domestiques 
arrivant seul au but avec deux trompettes qu'il avait soin de munir 
de chevaux aussi rapides et aussi résistants que le sien. 

' Cela ne l'empêcha pas de porter une activité extraordinaire dans toutes 
les branches de l'administration. Il avait trois secrétaires qui pouvaient à 
peine suffire à la besogne qu'il leur imposait chaque jour. 



52 HISTOIRE D'HAITI 

Il s'occupait en même temps de restaurer les places fortes, de pourvoir 
les arsenaux, de reconstituer les approvisionnements, d'exciter le zèle des 
inspecteurs de culture, de réparer et d'embellir les villes, d'améliorer les 
routes et l'exercice du culte, visitait les écoles des diverses paroisses et dis- 
tribuait des récompenses aux meilleurs élèves. On se rendait difficilement 
compte de ce que pouvait un nègre extraordinaire, si l'on ajoutait qu'il ne 
dormait guère que deux ou trois heures par nuit. Son ambition seule et la 
jouissance d'un pou voir le soutenaient dans cette voie de fatigue son corps ha- 
bitué aux privations était devenu complètement soumis à sa volonté. Cette 
activité incessante, cette ubiquité extraordinaire forçaient l'admiration de 
tous. D'aillleurs s'il savait imposer au peuple auquel il se montrait au milieu 
d'une garde aussi nombreuse que brillamment vêtue et bien armée; et il exer- 
çait sur les noirs fiers de voir l'un des leurs monté au faîte, la fascination 
d'un prince souverain. 

Le Colonel H. de POYEN 
"Histoire militaire de la Révolution de Saint-Domingue" 



LECTURE : LES RECEPTIONS CHEZ TOUSSAINT 

Toussaint avait établi sous le nom de CERCLES, des réunions où se trou- 
vaient confondus des gens de toutes les couleurs. Il y avait d'abord les 
GRANDS CERCLES où l'on allait par invitation et où il se montrait avec 
beaucoup de dignité dans sa tenue de général. 

Lorsqu'il se prétentait dans la salle où l'on était réuni d'avance, tout 
le monde, sans distinction de sexe, devait se lever. Il exigeait que 
l'on se maintînt dans une attitude très respectueuse et aimait que les 
blancs surtout l'abordassent avec des formes décentes. Plein de tact pour 
juger la bonté de ces formes, il s'écriait, lorsqu-il en était frappé : A LA 
BONNE HEURE I VOILA COMME ON SE PRESENTE I Puis se tour- 
nant Vers les officiers noirs : 

VOUS AUTRES NEGRES, leur disait-il, TACHEZ DE PRENDRE 
CES MANIERES ET APPRENEZ A VOUS PRESENTER COMME IL 
FAUT : VOILA CE QUE C'EST QUE D'AVOIR ETE ELEVE EN 
FRANCE, MES ENFANTS SERONT COMME CELA. 



y 



HISTOIRE D'HAITJ 53 

LEIS PETITS CERCLEIS étaient des audiences publiques qui avaient lieu 
tous les soirs. Toussaint-Louverture y paraissait, vêtu comme les anciens 
propriétaires sur leurs habitations, c'est-à-dire en pantalon blanc et veste 
blanche de toile très fine avec un madras autour de la tête. Tous les cito- 
yens entraient dans la grande salle et il parlait à tous. 



QUESTIONNAIRE 

Comment Toussaint prit- il position de la partie de l'Est? 
Quel est l'acte important qu'il accomplit? 
Parlez de l'organisation administrative sous Toussaint? 
Quel but visait Toussaint-Louverture? 

Quel est Tacte qui affirma son intention de rendre Saint-Domingue in* 
dépendante? 

Donnez une idée du CoJe rural de Toussaint? 



54 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XVI 

expédition de Saint-Domingue 

(1802) 

lo CAUSES DE L'EXPEDITION 1802.- L^Expédition de 
1802 fut déterminée par plusieurs causes: ce fut d'abord les 
plaintes des Colons expulsés de St-Domingue par Toussaint et 
qui menaient en France une vie misérable; 1 a Constitution 
locale de 1801 envoyée à la métropole par le Général en Chef; 
la prise de possession de la partie espagnole et l'arrestation de 
Roume. 

20 LA FLOTTE FRANÇAISE DEVANT LE CAP.-Décidê 
à vaincre la toute-puissance de Toussaint, Bonaparte organisa 
contre Saint-Domingue une formidable expédition. Elle com- 
prenait un effectif de 22.000 hommes de troupes et une flotte 
de 76 vaisseaux qui partirent des ports de Toulon, de Cadix, 
de Lorient, de Rochefort, de Brest. Le rendez-vous était la 
baie de Samana. L'Amiral Villaret-Joyeuse commandait la flotte- 
Le chef de l'expédition était Leclerc, beau-frère du premier 
Consul. Il avait pour mission secrète de rétablir Tesclavage 
et de déporter les principaux générjaux. Il vint dans la colonie 
avec le titre de Capitaine Général et Gouverneur de Saint- 
Domingue. Il avait ramené avec lui Rigaud et ses partisans. 
Leclerc voulant occuper en même temps les principales villes 
prit les dispositions nécessaires. 

Le 1er. Février 1802, la flotte jetta l'ancre dans la rade du Cap. 
Leclerc fit sommation à Christophe qui commandait la place d'cu 
voir à la lui livrer dans les vingt-quatre heures. 

3o REPONSE DE CHRISTOPHE.-A cette sommation, Chris- 
tophe fit une réponse très digne et pleine d'énergie. Il déclara à 
Leclerc qu'il ne lui livrera la ville du Cap que lorsqu'elle sera re^ 
duite en cendres et que même sur ces cendres, il le combattrait 
encore. 



HISTOIRE D'HAÏTI 55 

4o INCENDIE DU CAP.-Le 4 Février 180], à la tombée 
de la nuit, les hostilités commencèrent. 

Le Fort Picoulet qui garde Tentrée de la rade répondit à Tat- 
taque de la flotte par une vingtaine de coups de canon. Armé 
d'une torche. Christophe donna le signal de l'incendie en met- 
tant le feu à sa propre maison. Lee 1ère et le général Hardy, en 
débarquant le lendemain à l'aube, à la tête de leurs troupes, pri- 
rent possession des décombres. 

5o LES FILS DE TOUSSA INT.-Toussaint avait deux fils. 
Placide et Isaac qui achevaient leurs études à Paris aux frais du 
gouvernement français. 

Le premier était un enfant adoptif, le second son fils légitime. 
Bonaparte jugea bon de renvoyer ces enfants à leur père en les 
faisant accompagner de leur précepteur Tabbé COISNON. 

Celui- ci était, en outre, porteur d'une lettre du Premier Con- 
sul au général noir, lettre où très habilement se mêlaient la flat- 
terie et les menaces. 

6o ENTREVUE DE TOUSSAINT AVEC SES ENFANTS.-- 
Ce n*est qu'après s'être rendu compte des dispositions guerrières 
de Toussaint que Leclerc se décida à lui envoyer ses enfants 
dans Tespoir que ces derniers pourraient ramener leur père à 
d'autres sentiments. 

L'entrevue fut des plus attendrissantes. Mais le vieux Tous- 
saint resta inébranlable dans sa résolution de combattre. 



LECTURE : OPINION DU HAUT ETAT-MAJOR DE L'ARMEE 
FRANÇAISE SUR LES NOIRS DE SAINT-DOMINGUE 

«A Brest, je fus invité à dîner par les colonels Gourgeau et Lachaise. 
Nous étions plus de trente à table, tous des officiers supérieurs. On ne 
parlait que de Saint-Domingue. 

Je gardais le silence. L'adjudant-commandant D... voulait persuader qu'a- 
vec 4.000 hommes, il réduirait tous les noirs. Frappés d'un tel discours, ses 
deux amis lui observèrent qu'ils avaient longtemps fait la guerre et qu'ils 
n'étaient pas de son avis . D... me paraissait si extraordinaire avec ses 
4000 hommes que je lui dis : «Etes-vous allé à Saint-Domingue?». 



56 HISTOIRE D HAÏTI 

- Oui! ciioym.—CUail sans Joute atani la révolution ti dont le ternit où 
un petit hlanc de dix ans aurait fait iuir 200 nègres? -Ct n'était pas teUe 
époque, fêtais de V expédition du général Hédouville. 

- Vous n'y êtes resté que quelques mois et voulez juger de ce pays? Il 
me paraît que vous ne l'avez vu que par le trou d'une aiguille^. 

Voilà deux colonels qui ont fait la guerre avec moi, ils vous diront que les 
noirs se battent bien.— Je suis adjudant-commandant : ce sont des gueux aux 
quels on a donné des épaulettes, on doit leur arracher cette marque qui ne 
ne convient qu'aux blancs. 

Oui, mais ce n'est pas le tout de les leur arracher... Non! les hoirs sont 
des hommes et ils vous prouveront qu'ils ne sont pas moins endurants que 
les Français. Vous le verrez. 

...Le lendemain, j'allai voir l'Ordonnateur Daure qui me prit en particu- 
lier et me dit : «Le général Leclerc a donné l'ordre de vous débarquer». 

Je me rendis chez Leclerc que je ne connaissais que de vue. Il me reçut 
bien. Je lui demandai ce qu'il avait à me reprocher. 

—Je ne vous connais pas, me dit-il, je n'ai aucun reproche à vous faire 
Mais quatre ou cinq personnes m'ont dit que vous avez des opinions dan- 
gereuses pour les colonies. 

—Général, je n'ai point demandé à aller à Saint-Domingue : au contrai- 
rcj'ai prié le premier-Consul de me donner une autre destination. Permettez 
moi de vous dire que vous allez dans un pays où la guerre est difficile 
à faire et que beaucoup de colons, égarés par leurs passions, ne connai- 
sent plus... 

Ils croient que les noirs sont ce qu'ils étaient il y a quinze ans : ils se 
trompent. —Tous Us nègres, lorsquih tant voit une armée, vont mettre bas les 
armes, ils seront trop heureux quon leur pardonne, 

—On vous induit en erreur, mon général.*^ Comment un brave me parle 
ainsi?— C'est que je suis véridique et pas intrigant.— Mais il y a cependant 
ici un Colon qui m'a offert d'arrêter Toussaint dans l'intérieur du pays 
avec 60 grenadiers. 

Je sais qu'il y a des fanfarons partout. Il est plus hardi que moi, car 
je ne m'en chargerais pas avec 60.000 hommes... 

..Je vois avec douleur qu'on veut agir hostilement dans une contrée où 
la guerre est impraticable pour les blancs...— Nous avons bien vaincu les 
Mamelucks qui sont plus braves que les nègres ! — La chaleur, les pluies 



HISTOIRE D'HAÏTI 57 

font vite périr les Européens. Si on fait la guerre, vous coucherez sur de^ 
cendres; votre armée pérria de fatigue et de misère.— Les soldats français 
ne craignent ni la chaleur ni les pluies... 

Voilà le général qu'on envoyait pour subjuguer Toussaint ! 

(D'après le colonel Malenfant, ancien procureur de lliabitation Gourea«d) 

"Plaine du Cul-de- Sac" 



QUESTIONNAIRE 

Quelles furent les causes de l'expédition de 1 802? 

Que fit Bonaparte pour abattre la toute-puissance de Toussaint > 

Quelle mission secrète avait reçue le chef de l'expédition ? 

Que se passa-t^il dans la rade du Cap le premier Février 1 802 ? 

Quelle réponse fit Christophe à la sommation de Leclerc ? 

Parlez de l'incendie du Cap. 

Que savez-vôus des fils de Toussaiat ? 

Dans quelles circonstances ces deux jeunes gens revinrent-ils à Saint -Da- 

mingue ? 

Racontez l'entrevue de Toussaint avec ses enfants ? 



58 HISTOIRE D'HAITI 

CHAPITRE XVII 
La Guerre de Trois Mois 
Déportation et Mort de Toussaint 

10 OPERATIONS DE U ARMEE FRANÇAISE. - Le plan 
de Leclerc consistait à faire marcher en même temps une divi- 
sion contre chacune des principales villes de la colonie. Cette 
tactique eut plein succès. 

Le général ROCHAMBEAU débarqua au Fort-Liberté et fit 
passer au fil de Tépée la garnison du Fort Labouque. 

Grâce aux manoeuvres de Tévêque de Santo-Domingo, MAU- 
VIEL, le général KERVERSEAU, s*empara sans difficulté de la 
partie de TEst. 

Malgré Ténergique résistance du chef de bataillon LAMARTI- 
NIERE.Port-au-Prince fut enlevé par l'amiral Latouche Tréville. 

A Saint-Marc DESSALINES, devant son impuissance à défen- 
dre la place, agit comme Christophe : il incendia la ville en met- 
tant le feu au palais qu'il venait de construire. 

Le général Boudet prit possession de la province du Sud que 
lui livra le général Laplume. 

20 COMBAT DE LA RAVINE-A COULEUVRES(23 Février 
1802;. — TOUSSAINT avait concentré ses troupes entre les 
Gonaïves et la Petite-Rivière. 

Le 23 Février, le général ROCHAMBEAU. aidé des généraux 
Lavalette et Andrieux. vint l'attaquer à la RAVINE-A-COU- 
LEUVRES, gorge étroite, flanquée de mornes à pic. Le combat 
fut acharné et meurtrier, on lutta presque corps à corps. 

Malgré le courage extraordinaire déployé par TOUSSAINT, la 
victoire resta aux troupes françaises. L'armée indigène perdit 300 
hommes et Rochambeau 200 hommes. 

3o AUX TROIS-RIVIERES.- Pendant que Toussaint soute- 
nait le choc de la division de Rochambeau. le général noir MAU- 
REPAS, au défilé des Trois-Rivières, près de Port-de-Paix, re- 
poussait l'assaut des généraux HUMBERT, DEBELLE, HAR- 
DY et DESFOURNEAUX. 



HISTOIRE D'HAÏTI 59 

Accablé par le nombre et ayant appris Téchec de Toussaint à 
îa Ravine-à-Couleuvres, Maurepas, pris de découragement, se 
rendit à LECLERC* 

4o. DEFENSE ET SIEGE DE LA CRETE-A-PIERROT.- 

Non loin du bourg de la Petite- Rivière se trouve le fort de 
îa Crête-àPierrot qui défend l'entrée principale des mornes des 
Cahos où, disait-on, étaient l'arsenal et le trésor de Toussaint, 

Ce fort était armé de 12 pièces de canon et renfermait 1.200 
hommes sous le commandement de DESSALINES que secon- 
daient des officiers de val^r tels que Magny, Lamartinière, Mo- 
risset, Mompoint, Larose. Une femme, Marie.Jeanne, femme 
de Lamartinière encourageait les assiégés. 

Le 4 Mars, un premier assaut dirigé contre la Crête-à-Kerrot 
par les généraux DEBELLE et DEVAUT faillit leur coûter la 
vie. 

Sept jours après, le I !, une attaque générale eut lieu par le 
général Boudet. Le résultat de cette journée fut tout à fait dé- 
sastreux pour les Français, ils eurent trois généraux blessés et 
plus de 900 morts. 

Après cet échec, LECLERC prit la résolution d'investir étroi- 
tement le fort qui, pendant des jours, subit une canonnade inin- 
terrompue par Tartiilerie des généraux Rochambeau, EKigas, De- 
belle. 

5o. EVACOATION DE LA CRETE-A-PIERROT,^ Man- 
quant d'eau, de vivres et de munitions, les défenseurs de^la Crê- 
te-à-Pierrot décidèrent d'évacuer. 

Dans la soirée du 24 mars 1802, vers les Huit heures, ils sor- 
tirent du fort dahs l'ordre le plus parfait, MAGNY et LAMAR- 
TINIERE à leur tête. A la baïonnette, il se frayèrent un san- 
glant passage à travers les lignes françaises. Ils allèrent retrou- 
ver Dessalines au morne du Calvaire sur la route du petit cahos. 

Cette retraite est un des plus beaux faits d'armes de notre 
Histoire, 

6o. SOUMISSION DE CHRISTOPHE ETDEDESSALI- 
NÈS.-Après l'évacuation de la CRETE-A-PIERROT, TOUS- 
SAINT continua la lutte encore quelque temps. Mais la soumis- 
sion, à peu d'intervalle de Charles Belair, de Vernet, de Christo- 
phe et de Dessalines lui enleva tout espoir de succès. 



60 HISTOIRE D'Haïti 

7o REDDITION D£ TOUSSAINT. - Le gouverneur générât 
«ntra en pourparlers avec LECLERC qui s'empressa d accepter se» 
propositions de paix. 

Le 5 Mai 1802, au bruit des canons de Tescadre et des fortS/ 
TOUSSAINT FIT SON ENTREE AU, CAP. 

80 ARRESTATION ET DEPORTATION DE TOUSSAINT. 
-Usant de la faculté qui lui était laissée de séjourner où il lui 
plairait, Toussaint s'était retiré sur une de ses habitations à Eh" 
nery. #v^ 

Leclerc en le faisant étroitement sih*veiller, acquit la conviction 
que le général noir conspirait. Il donna Tordre au général BRU- 
NET de l'arrêter. 

Celui-ci invita rcx-gouverneur à une conférence où devaient 
s agiter des questions intéressant l'administration de la colonie. 

Quoique prévenu du danger qui le menaçait, Toussaint fut 
ponctuel au rendez-vous. 

A peine arrivé, il fut appréhendé au corps, conduit aux Gonai' 
ves, puis au Cap et, de là embarqué pour la France à bord du 
navire «LE HEROS. En entrant dans le navire, Toussaint dit 
ces paroles prophétiques: "Eln me renversant, on a abattu à Saint- 
Domingue que le tronc de l'arbre de la Liberté des noirs, il re- 
poussera par les racines parce qu'elles sont profondes et vivaces.'' 

MORT DE TOUSSAINT. - Arrivé en France, il fut enfermé 
dans un cachot humide au fort de JOUX dans le Jura. 

On ne lui permit pas de communiquer avec sa famille, il fut 
même privé de l'assistance de son fidèle domestique, MARS PLAI- 
SIR. 

Exposé au froid et manquant de tout, l'homme le plus considé- 
rable de notre race et de notre histoire succomba le 7 Avril 1803 
à l'âge de 60 ans. 

LECTURE: LE FORT DE LA CRETE-A-PIERRÔT 
TEL QUTL EST AUJOURD'HUI 

De» fossés entourent toujours le fort, et sauf les éboulements survenus tri 
quelques places, ils sont tels qu'autrefois. Les côtés bastîonnés en belles et 
bonnes pierres qu'on y voit sont postérieurs à Tévénement. Au milieu a é- 
lève une toniïeUe couverte de chaume qui sert d'abri aux soldats du poste 



HISTOIRE D'HAÏTI 61 

é 
gardant le fort. Un vieux canon rouillé sur lequel nous avons reconnu visible- 
ment la fleur du lys royal, quelques piles de boulets et d'obus, inoffensits 
désormais, étaient sur le gazon leurs pyramides de parade. 

Le magasin, à poudre est le seul bien conservé des anciennes constructions 
Deux citernes jumelles et contiguës dont l'intérieur est intact ouvrent leur 
flancs aux eaux du ciel et servent de refuge aux lézards gris ou couleur éme- 
raude des environs. Le seul témoin encore animé de la grande époque est 
un vieil acajou, invalide centenaire, dont le branchage mutilé raconte les 
prouesses de 1802. Il semble être placé là comme une sentinelle vigilante et 
fidèle, réservant à la garde d'un lieu sacré les restes d'une sève qui s'épirise 
du bien comme un gardien mélancolique accomplisjant chaque année une 
pieuse tâche ; celle de répauidre son feuillage sur les terres qui l'entourent, 
dernier hommage rendu aux cendres de ceux qui, frappés à mort, tombèrent 
sous son ombre. 

Nulle inicription, pas même une croix de bois ne rappelle au voyageur le fait 
d'armes de la Crête ►à-Pierrot ... 



LECTURE: DESCOURTILZ SAUVE PAR MME. DE6SALINES 

...Pendant que les cris déchirants des infortunes qu'on immolait remplis- 
sait le bourg, deux jeunes blancs français se précipitèrent dans sa chambre 
égarés par la terreur de la mort et lui dirent : «Madame, de grâce sauvez- 
nous». 

Mme. Dessalines demeura un instant irrésolue. 

L'humanité releva son courage qui fléchissait. 

—Cachez-vous sous ce lit s'écria-t-elle avec énergie. 

Presque en même temps, Lamartinière, Bazelais, Laurent et d'autres offi- 
ciers entraient dans la maison avec Dessalines. 

—Chaque goutte de sang blanc, disaient-ils, donne une nouvelle vigueur 
à l'arbre de la liberté.^ 

Appuyés contre le mur, ils s'entretenaient des ressources qui restaient à 
Toussaint Louverture quand tout à coup un violent éternuement éclata dans 
la chambre. 

Eli I quoi ! s'écria Dessalines plein de fureur, y aurait-il un blenc ici ? 

Aussitôt les officiers regardèrent sous le lit et aperçurent les deux jeunes 
gens. Plusieurs coups de sabre et d'épée eurent bientôt percé celui qui se 
trouvait le plus à la portée des armes dirigées contre eux. L'autre fut arra- 
ché avec violence de dessous le lit ,1e sabre était levé sur sa tête quand Mme. 



62 HISTOIRE D'Haïti 

Dessalines se précipita aix genoux de son mari et s'écria avec un accent ca^ 
pable d'attendrir le coeur le plus endurci ; «Grâ>ce! Grâce I... Messieurs, de" 
mandez grâce avec moi, c'est un niédecin, ne le tuez pas, il pourra vous être 

atile». 

Dessalines la repoussa avec fureur^ elle se cramponna à ses habits et lui 
demanda, les larmes aux yeux, le serrant dans ses bras, k vie de cet infor- 
tuné. 

Dessalines la rejeta loin de lui et dit d'une voix forte : «Il périra». 

Elle tomba presque évanouie.Cependant les officiers,émus par ses instance^ 
courageuses, ajoutèrent leurs voix à la sienne. Le jeune Français fut sauv^ 
C'était Descourtilz, le naturaliste, l'auteur de la Flore des Antilles* 

THOMAS MADIOU 



QUESTIONNAIRE 

Parle2 du plan d'opération de l'armée française ^^ 

Racontez le combat de la Ravine à G)uleuvres, '^m 

Que se passait-il dans le même temps aux Trois-Riviêres ? 

Racontez la défense et le siège de la Crête-à -Pierrot* 

Après l'évacuation de la Crête-à-Pierrot fut-il possible à Toussaint de 

continuer la guerre avec succès ? 

A quelle résolution s'arrêta Toussaint ? 

Parlez'de l'arrestation et de la déportation de Toussaint < 

Comment mourut Toussaint 7 



HISTOIRE D'HAin 63 

CHAPITRE XVIII 

Organisation de la Guerre Je indépendance 

\o LA TERREUR A SAINT-DOMINGUE. - Après s'être 
débarrassé de Toussaint Leclerc fit régner la terreur à Saint- Do- 
mingue. 

Le moindre soupçon entraînait pour celui qui en était l'objet la 
fusillade, la pendaison ou la noyade. 

Ces deux derniers genres de supplices étaient employés de préfé- 
rence comme étant plus commodes pour les exécutions en masses. 

Afin de pouvoir plus aisément rétablir l'esclavage on procéda 
partout au désarmement. des indigènes. 

2o LES BANDES.— Dès l'arrestation de l' ex-gouverneur, un noir 
très influent, Sylh, avait soulevé un grand nombre de montagnards 
du canton d'Ennery. A son exemple, d'autres bandes s'organisèrent 
sur dffférents points du pays. 

Les plus fameuses étaient celles de Sans-Souci, Sylla, Petit Nôel 
Prieur, Macaya dans le Nord, de L amour Dérance, Lafortune, 
Larose, Cangé dans l'Ouest. 

Par les temps d'orage ou en plein midi, elles descendaient des 
mornes et tombaient à l'improviste sur les Français. 

3o REVOLTE DE CHARLES BELAIR.- Charles Belair, 
ancien protégé de Toussaint et l'un des plus brillants officiers 
indigènes» révolté par les actes de férocité commis sous ses yeux, 
se réfugia dans les cahos et de là, se mit à parcourir les monta- 
gnes des verrettes et de l'arcahaie appelant les cultivateurs aux 
armes. 

Sa femme Sanite qui l'aidait dans cette propagande tomba mal- 
heureusement aux mains des Français. 
Pris de désespoir, Belair se laissa arrêter. 

Lui et sa compagne furent livrés à un tribunal militaire formé 
d'officiers indigènes, présidé par Clerveaux qui les condamna à 
mort. 

D'après la sentence, Sanite devait être décapitée, mais elle op- 
posa une telle résistance au bourreau qu'on fut forcé de la fusil- 
ler avec son mari. 



64 HISTOIRE D'HAÏTI 

Une autre femme, Henriette Saint-Marc, tomba aussi victime 
de la Sainte Cause de liberté. Accusée d'avoir fourni de la pou- 
dre aux compagnons de Belair, elle fut pendue à Port-au-Prince 
sur la place du marché, en face de l'Eglise. 

40 SUPPLICE DE MÂUREPAS.- Le général Maurepas un 
des premiers qui fit sa soumission, ne trouva pas grâce devant la 
fureur des Français. 

11 fut précipité à la mer avec toute sa famille après qu'on se 
fut livré sur sa personne aux plus sauvages tortures. 

50 ACCORD ENTRE DESSALINES ET PETION.- Vers le 
milieu de Tannée 1802 la situation faite aux noirs de Saint-Do- 
mingue était intolérable. 

Tandis que Leclerc multipliait ces cruautés on ne parlait par- 
tout que du prochain rétablissement de l'esclavage. 

Cultivateurs et soldats, fuyant alors la terreur allèrent grossir 
les bandes. 

En vue d'allumer une nouvelle division entre noirs et mulâtres 
grâce à laquelle il pensait pouvoir se maintenir, Leclerc manda 
Dessalines au Cap et lui fit Taudacieuse propostion d'exterminer 
les hommes de couleur. 

C'est au sortir de cette fameuse conférence qui eut lieu dans 
les premiers jours d'Octobre 1802 que Dessalines en retournant 
dans l'Artibonite eut avec l'adjudant général Pétion cantonné au 
Haut du Cap une entrevue de la plus haute importance (à la Pe- 
tite Anse). 

A partir de cette date, l'accord était fait entre les deux princi- 
paux acteurs de la prochaine guerre de l'Indépendance. 

60 DEFECTION DE PETION ET DE CLERVEAUX.- 
Dans la nuit du 13 au 14 Octobre, Pétion et Clerveaux abandon- 
nèrent Tarmêe française. Ils se retranchèrenfau Morne Rouge 
d'où ils vinrent, deux jours après, attaquer le Cap. 

Le 18, à la pointe du jour, Christophe et Toussaint Brave se 
joignirent à eux. 

7o PRISE D'ARMES DE DESSALINES A LA PETITE RI- 
VIERE.— Le dimanche 17 Octobre, Dessalines qui venait de 
prendre dans le Nord comme dans l'Artibonite toutes ses disposi- 
tions se trouvait à la Petite-Rivière. 

Le curé de la paroisse, l'abbé Videau, très gracieusement l'in- 
vita à dîner. 

Ce n'était moins rien qu'un piège que le commandant du bourg 
avec la complicité du prêtre, lui tendait. 

Apeine était-on à table que la servante du presbytère, la da- 



HISTOIRE D'HAÏTI 



65 



me Pageot, fit au général noir un geste comme pour lui dire qu'on 
se préparait à lui mettre sous corde. 

D'un bond. Dessalines s'élance vers la place d'Ârtibonite et ti- 
re deux coups de pistolet. A ce signal des nuées d'hommes des- 
cendent des mornes environnants et se rendent maîtres de la place. 
80 DESSALINES GENERAL EN CHEF DE L'ARMEE IN- 
DIGENE— Certaines difficultés rencontrées par Pétion dans l'or- 
ganisation de la guerre le déterminèrent, dans les derniers jours 
de novembre 1802, à quitter le Nord pour se rendre à la Petite 
Rivière auprès de Dessalines. 

Celui-ci le reçut avec enthousiasme 
et le nomma General de brigade. 

L'exemple de Pétion s'unissant à 
Dessalines et reconnaissant sa suprême 
autorité exerça une salutaire influence 
sur l'esprit des anciens officiers rigau- 
dins. Dessalines avait à ses côtés pour 
le seconder outre Pétion et Geffrard, 
Christophe, Vernet, Capois, Gabard, 
Cangé, Pérou, Moreau, Gérin, Daut,etc 
/^^E^^^Hi^É^^ ^^ nécessité d'une direction unique 
fmPî7)Ê^^^K^St^^ cf^ faisant de plus en plus sentir, 




se 




les officiers tinrent à TArcahaie, du 15 au 18 Mai 
1803, un Congrès ou solennellement ils déférè- 
rent à Dessalines le titre de Général en chej de 
l armée indigène. 

9o CREATION DU DRAPEAU NATIONAL 
(18 Mai 1803) — Au cours de ce même congrès, 
Dessdlines décida d*arracher le blanc du drapeau 
tricolore français et de rapprocher le bleu du rou- 
ge : c'était, à ses yeux, d'une part la rupture manifeste entre 
le blanc et le nègre, de l'autre le symbole patriotique de l'union 
du noir et du mulâtre. Les premiers qui moururent pour la défen- 
se du nouveau drapeau furent Laporte et ses compagnons. Ik se 
rendaient en barge à Léogâne après le congrès del'Arcabaie quand 
ils furent poursuivis par une croisière française. Laporte tenant à 
la main le nouveau drapeau fit défoncer sa barge et aux cris de 
Vive la liberté, Vive ITndépendance fut englouti dans les flots 
avec ses compagnons. 



66 HISTOIRE D'HAÏTI 

LECTURE : ATROCITES DES FRANÇAIS A ST-DOMINCUE 

Jamais sol n*a été plus abreuvé de sang que le nôtre, jamais aussi pays 
n'a vu outrager plus au dacieu sèment les droits de la justice, de la morale et 
de l'humanité. 

L'extermination de deux millions d'Indiens sous la domination espagnole 
le long martyre subi près de deux siècles par les Africains, nos pères, les ter- 
rifiantes hécatombes auxquelles ils furent voués quand ils voulurent conqué- 
rir les droits de l'homme noir, tous ces crimes, toutes ces horreurs consti- 
tuent les pages les plus affligeantes et les plus honteuses de la sauvagerie de 
l'Européen transporté dans le Nouveau Monde. 

Aux temps où fleurissait l'esclavage à Saint-Domingue, "on a vu un cara- 
deux aîné, un Latoison Laboule qui, de sang-froid faisaient jeter des nègres 
dans des fourneaux, dans des chaudières bouillantes, les faisaient enterrer 
vifs et debout ayant seulement la tête dehors et les laissaient périr de cette 
manière , . . Un certain procureur de l'habitation Vaudreuil et Duras ne 
sortait sans jamais avoir des clous, un petit marteau dans sa poche avec les- 
quels, pour la moindre faute, il clouait un noir par l'oreille à un poteau pla- 
cé dans la cour de l'habitation...» ( 1 J. 

Voici venir la période révolutionnaire. 

Partout, dans les champs de canne comme aux ateliers s'allume la torche 

vengeresse. 

Au milieu de l'épouvantement général, l'esclave Bartholo, n'écoutant que 
son coeur, conduit jusqu'au Cap... à travers mille dangers, son maître, un 
colon du nom de Mongin. Cet acte généreux accompli, il revient prendre sa 
place parmi les révoltés. 

Peu de temps après, le calme se rétablit. Dénoncé comme ayant prit part 
au soulèvement, Bartholo fut arrêté et mis à mort- 

Qui l'avait dénoncé ?... ce même Mongin envers qui il avait montré tant 
de grandeur d'âme ! 

Des faits de cette nature n'étaient point isolés* Un grand nombre d'écri- 
vains français qu'on ne saurait accuser de partialité nous donnent sur ce 
chapitre des renseignements très précieux. 

Les blancs frappaient dans l'aveuglement de leur vengeance tdut ce qui 
était noir. Souvent l'esclave fidèle qui se présentait avec confiance périssait 
sous les coups du maître irrité dont il cherchait l'appui* Ces cruautés répétées 

*1" Colonel Malenfant. 



HISTOIRE D'HAÏTI 67 



recrutaient la révolte, parce que, de fait, il n*y avait que les camps où les 
noirs pussent trouver quelque sécurité. I 

«Au lieu d'user des ménagements que commandaient les circonstances, on 
créa des cours prévotales on dressa au Cap trois échafauds en permanence 
et on commença une tuerie de nègres» (2). 

Dans les campagnes où l'échafaud manquait, on les attachait sur une 
échelle pour les fusiller plus à l'aise. Tous les chemins du Nord étaient bor- 
dés de piquets portant des têtes de nègres.» 3 

Le même frémissement d'horreur pénètre le lecteur au récit des atrocités 
commises par les colons au cours des luttes qu'ils eurent à soutenir contre 
les revendications des affranchis. 

«Au bourg de Jérémie, rapporte un planteur du nom de Gatercau, l'épouse 
de Guénois et son fils âgé de 1 2 ans, après avoir gémi pendant près de trois 
mois dans les cachots furent condamés à être pendus. Leur exécution eu lieu 
à La Pointe* Un certain Languedot et d'autres enfoncèrent leurs sabres dans 
le corps de la mère pour voir si elle n'avait pas quelque mulet dans le ventre. 

Le 21 Octobre 179Î un choc sanglant se produisit à Port-au-Prince entre 
les blancs de cette ville et les Confédérés de la Croix-des-Bouquets, 

...«Plus de la moitié de Port*au-Prince était en cendres. On attribua l'in- 
tendie aux mulâtres et surtout à leurs femmes, La canaille blanche se pré- 
cipita sur elles .4 

«Ces infortunés avec leurs enfants au nombre de 2,000 furent contraints 
à fuir le fer qu'une aveugle vengeance dirigeait contre elles. Eperdues, elles 
coururent aux issues de la ville ou vers le port, là ne trouvant point assez 
de canots elles se jetaient à la mer, s'embourbaient dans les mangles où 
elles trouvaient une mort plus affreuse que celle qu'elles fuyaient.» 5 

Après l'incendie de Port-au-Prince, les blancs commirent des cruautés 
égales à celles qu'ils avaient exercées dans le Nord, Bori^ons-nous à citer k 
plus horrible. 



1 . Pamphile Lacroix 

2. Schoelcher, Vie de Tousaînt Louverture 32. 

3. Garan Coulon, Débats dans l'affaire des colonies> 

4. Schoelcher 

5. Pamphile Lacroix, t» 1, page 137 



68 HISTOIRE D'HAÏTI 



Mme. Beaulieu, enceinte de 7 mois tombe évanouie dans les bras de sa 
mère nommée Françoise Papillon. Un forcené tiré sur elle deux coups de 
fusils et l'étend morte, une balle frisa la main gauche dont la mère couvrait 
le sein de sa fille. ''1** 

Garan-Coulon qui relate aussi ce fait ajoute que Fenfant de cette infor- 
tunée fut arraché de son sein et jeté dans les flammes». "2". 

En 1802, Bonarpate, ce génie malfaisant, après avoir étranglé la liberté 
en Europe, se tourna vers nous et lança sur St.-Domingue une formidable 
expédition destinée à remettre les nègres sur le fouet. 

En vain des hommes bien informés lui' représentèrent combien il était 
dangereux d'envoyer à Saint-Domirgue des soldats européens qui s'y trou- 
veraient en même temps à lutter contre des nègres nombreux, aguerris, bien 
armés et commandés par des généraux déjà expérimentés. Rien n'y fit. 

L'armée de l'esclavage traversa TOcéan et débarqua sur nos rives, 

Christophe au Cap, Maurepas, aux Trois-Rivières, Dessalines à Saint' 
Marc se chargèrent de prouver à Leclerc que les noirs n'étaient nullement 
décidés à redevenir des esclaves et que, le fusil d'une main, la torche de 
l'autre, ils étaient décidés à défendre leur liberté menacée ou à périr héroï- 
quement. 

Cette résolution virile leur valut d'être traqués comme des brigands,, 
c'est-à-dire avec la plus monstrueuse férocité. 

Prisonniers, ils sont, sans remission et d'après les rapports officiels du 
chef de l'expédition, passés au fil de l'épée par groupe de 200 et de 600. 

Voyons comment étaient, en général, traités ceux que les hasards de la 
guerre faisaient tomber au pouvoir des nègres. 

«Tous les blancs que Christophe avait emmenés comme otages en éva- 
cuant le Cap Français étaient revenus sains et saufs quand la paix avait 
été conclue avec Leclerc, et on sait que pendant tout le temps de leur ab- 
sence, Toussaint et ceux de son parti les avaient bien traités quoique à 
cette époque les Français refusassent d'accorder quartier aux nègres sur le 
champ de bataille ». "3" 

Bonarpate, dans ses instructions à Leclerc, disait: dès l'instant 
que vous vous serez défait de Toussaint, de Christophe, de Dessalines. 



**1" Gateréau, 

"2" Rapport sur les troutles ée Sâmf-Domingtfef t. 2, page 16^5. 

**y" Charles Maol, Hkt. de l'Il« de Saint-Domingue, p. 280< 



HISTOIRE D'HÂITl 69 

et des principaux brigands et que la masse des noirs sera désarmée, ren- 
voyez sur le continent tous les noirs et les hommes de couleur qui auront 
oué un rôle dans les troubles civils». (I) 

Toussaint une fois déporté, Leclerc se mit en devoir d'accomplir les au- 
tres points de ses infernales instructions, 

«Dès les premiers jours du désarmement des symptômes d'insurrection 
éclatèrent sur plusieurs points, (2). 

Dans l'Ouest, il n'y eut que quelques quartiers et les villes qui remirent 
leurs fusils. La population de couleur, défiante depuis le départ de Rigaud, 
e jeta dans les mornes. 

«Aussitôt, on multiplia dans ce département les exécutions, de la maniè- 
re la plus imprudente. On y fit exécuter non seulement ceux qui furent 
pris les armes à la main mais encore les hommes de couleur, sur lesquels 
s'arrêtaient les soupçons. Les échafauds furent chargés de victimes de 
tout âge et de tout sexe». (3). 

«Quiconque avait joué un rôle dans la révolution était sacrifié. 

L'adjudant-général Domingue et le commandant Morisset, entre autres, fu- 
rent passés par les armes. Fontaine, dernier secrétaire de Toussaint qu'on 
accusa de conspirer subit le même sort. On a noyé Simon Baptist-e, un hom- 
me de 105 ans. Quelle en a été la raison ? 

Je ne sais. Sous le règne de Toussaint dont il était le parrain, c'était un 
personnage très important et il avait rendu de grands services». (4). 

«A présent que nos plans sur les colonies sont parfaitement connus» 
écrivait Leclerc à Bonaparte, si vous voulez conserver Saint-Domingue en*- 
voyez -y une nouvelle armée. Quelque désagréable que soit ma position je 
fais des exemples terribles, et puisqu'il ne me reste plus que la terreur 
je l'emploie.» (5) 

«Les exécutions se renouvelant chaque jour, chaque jour éclaira de nou- 
velles désertions. La preuve qu'on abusait des exécutions, c'est que plus 
elles se multipliaient, moins on en imposait aux révoltés». (6). 



1) Corresp. de Napoléon, t. VïIL '^ 

2) Schoelcher : La vie de Toussaint Louverture^ 

3) Pamp. Lacroix, t. Il, p. 215. 

4) Général Ramel. 

5) Correspondance de Leclerc, 

6) P. Lacroix, t. II, p. 337. 



70 HISTOIRE D'HAITJ 

«La méfiance invétérée dans le coeur des mulâtres et des noirs était Jus- 
tifiée par la conduite perfide de Leclerc et les cruautés inouïes exercées par 
ce nouveau Pizarre». (1) 

«La mort du général Maurepas surtout provoqua des cris de vengeance. 

«... Laissons ici, dit Shoelcher, parler le général Ramel, témoin irrécusable. 

«Lorsque Maurepas se soumit, on lui conserva le commadement de Port- 
de-Paix, j'ai servi sous ses ordres. Il dit qu'il ne se séparerait pas une secon- 
de fois de la France et me pria d'écrire au général Leclerc pour avoir 
la permission de passer en France. Je ne reçus d'autre réponse que celle 
d'ordonner à Maurepas de se rendre au Cap pour y recevoir une destination 
ultérieure. 

«Il ne balança pas à s'embarquer avec toute sa famille. J'appris quaran- 
te heures après, qu'en entrant en rade, lui, sa femme et ses enfsints en bas 
âge avaient été jetés à la mer. 

«Jamais nouvelle ne m'a autant contristé>> 

Maurepas, ajoute avec caudeur P. Lacroix, a été noyé arbitrairement. 

Quels hommes a-t-on noyés à Saint-Domingue ? Des noirs faits prison- 
niers ? Non. Des conspirateurs ? Encore moins. 

On ne jugeait personne, sur un simple soupçon, un rapport, une parole 
équivoque, deux cents, trois cents, quinze cents noirs jetés à la mer. J'ai vu 
de ces exemples et j'en ai gémi. J'ai vu trois mulâtres frères subir le même 
sort. Le 28 Frimaire, ils se battaient dans nos rangs, deux y furent blessés, 
le 29, on les jeta à la mer au grand étonnement de l'armée et des habi- 
tants (2) 

«Au moment de l'attaque du Cap par Clerveaux, le général Leclerc avait 
fait conduire à bord des bâtiments de la rade les détachements des demi- 
brigardes coloniales qui étaient restés au Cap. 

Les équipages noirs bien plus nombreux qu'eux les firent frémir... 

Les droits de Thumanité furent impitoyablement outragés... Dans la 
cruelle alternative d'être dévorés par des tigres, les matelots le devinrent 
eux-mêmes. 

Les flots engloutirent en un instant 1000 à 2000 malheureux qu'un sort 
particulièrement contraire avait isolés des leurs». 3 



1 * Malenfant, page 7, Préface. 

2 Ramel, Extrait des mémoires. 

3 P. Lacroix, t. II, p, 237 



HISTOIRE D'HAÏTI 71 



Leclerc mort, Rochambeau lui succède. Les tueries en masse continuè- 
rent avec plus de force et de vigueur. 

On poussa les indigènes au dernier désespoir par les cruautés inouïes. Il 
n'est guère de supplices qu'on leur ait épargnés. Le monstre Carrier eut 
des imitateurs à St-Domingue. On inventa des prisons flottantes appelées 
étouffoirs dans lesquelles, après avoir enfermé des nègres et des mulâtres à 
fond de cales, on les asphyxiait en y faisant brûler du souffre. On les fit 
pour«îuivre par des chiens dressés à cet usage chez les colons espagnols : 
c'est un Noailles qui se chargea d'aller les acheter à Cuba». ( 1 ) 

Comme moi, dit le général Ramel, le général Lacroix désapprouvait cette 
guerre d'extermination et ces noyades en masse. A cette époque le général 
Noailles m'écrivait qu'il allait arriver de la Havane avec un renfort de 600 
chiens bail -dogs destinés à faire la guerre aux noirs. Je communiquai cette 
lettre au général Lacroix: il fut indigné autant que moi. Je me permis d'écri- 
re au général Rochambeau. Je lui parlais de l'exécration universelle contre 
les Espagnols pour avoir employé de tels moyens. Quel fut mon étonnement 
de recevoir à la Tortue où je me trouvais une lettre du général Rochambeau 
ain;i conçue : 

«Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de 150 hom- 
mes de la garde nationale du Cap commandé par M. Bari. Il est suivi de 
28 chiens bull-dogs. 

«Ces renforts vous mettront à même de terminer entièrement vos opé- 
rations. 

«Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous sera passé en compte 
aucune ration ni dépense pour la nourriture de ces chiens, vous devez leur 
donner des nègres à manger. 

Je vous salue affectueusement. 

ROCHAMBEAU 

Qui pourrait douter la véracité de ces faits dont le terrifiant récit serre 
si douloureusement le coeur ? 

Pour réternelle exécration de la mémoire des civilisés qui s'en rendirent 
coupables, pas une de ces atrocités n'a été inventée ni exagérée par la pas- 
sion ou la haine- 



1) Schoelcher, Vie de Toussaint -Louverture, 



72 HISTOIRE D'HAIT! 



Ce sont des témoins occulaires qui les ont relatés, ce sont des écrivains 
français qui, dans l'intérêt sacré de la vérité historique, les ont mis au 
grand jour ou les ont flétris avec indignation, ce sont enfin, les auteurs 
eux-mêmes de ces abominations qui, soit dans leurs instructions, soit dans 
leurs correspondances ou leurs rapports, ont fixé l'affreux souvenir des 
forfaits qu'ils ont combinés et réalisés avec une fureur toute néronienne, 
en vue de l'extermination des nègres de Saint-Domingue dont l'unique tort 
a été de vouloir jouir de leurs droits d'hommes. 

Est-il surprenant que ces nègres, encore si près de la nature aient 
répondu à leurs boureaux - hier d'une férocité implacable, - par une ven- 
geance tout aussi implacable P 



QUESTIONNAIRE 

Que se passa-t-il à Saint-Domingue après la déportation de Toussaint? 

Les montagnards restèrent-ils indifférents au sort de Toussaint ? 

Citez les noms des plu» redoutables d'entre les chefs bandes. 

Dites ce que vous savez de la révolte de Charles Belair. 

Parlez de Sanite et d'Henriette de Saint Marc. ' 

Racontez le supplice de Maurepas. 

Racontez comment se fit l'accord entre Dessalines et Pétion. 

Quand Pétion et Clerveaux abandonnèrent -ils l'armée française ? 

Racontez la prise d'armes de Dessalines à la Petite Rivière de l'Artibonite. 

Que fit Pétion dans les jours de Novembre 1 802 ? 

Quel effet produisit le bel exemple de l'union de Pétion et de Dessalines? 

A la suite de quelles circonstances Dessalines fut-il nommé général en 

chef de l'Armée indigène ? 

Parlez de la création du drapeau national. 



HISTOIRE D'HAÏTI 73 

CHAPITRE XIX 
Succès de t Armée Indigène 



10 PORTRAIT DE JEAN-JACQUES DESSALINES -Jean- 
Jacques Dessalines était né en 1758 sur Thabitation Cormiers 
située à la Grande-Rivière du Nord, 

11 était de petite taille mais fort bien constitué. Nature im- 
pressionnable et farouche, il avait gardé de ses années d'esclava- 
ge un affreux souvenir en même temps qu'il vouait aux français 
une haine implacable. 

A ses qualités de tacticien de premier ordre il alliait une 
audacieuse bravoure. 

Il ne savait ni lire ni écrire. Ce n'est que fort tard qu'il 
apprit à signer son nom. 

2o LA FIEVRE JAUNE.-MORT DE LECLERC.-Dès le 
mois de Mai 1802, la fièvre jaune avait fait son apparition 
dans la colonie. 

Ses ravages au sein de l'armée expéditionnaire furent épou- 
vantables. 

Dans l'espace de quatre mois, 45.000 hommes dont 26 géné- 
raux étaient tombés victimes de ce fléau. 

En proie aux inquiétudes et aux fatigues d'une guerre 
désolante le capitaine -général lui-même ne put résister aux 
atteintes du mal. 

Après une courte maladie, il succomba le 2 Novembre 1802. 
Ses restes, transportés en France par sa femme Pauline 
Bonaparte accompagnée par quelques officiers, furent déposés 
au Panthéon, 

3o ROCHAMBE AU.— Avant de mourir, Leclerc désigna 
pour lui succéder le général Rochambeau. 

Cet homme joignait à un courage à toute épreuve la férocité 
d'un barbare. 

Par ses cruautés exercées froidement, il attirera de la part 
de Dessalines des représailles qui feront frémir Thumanité. 



74 HISTOIRE D'HAÏTI 

4o AU CAMP GERARD.-Vers la fin de Juin 1803, Dessa- 
lines se rendit au Camp-Gérard dans le Sud pour rallier 
toutes les forces de la colonie. Il exhorta les indigènes à Tunion 
en leur disant: oublions le passé, j*ai toujours combattu pour 
la liberté, mort aux blancs. Il nomma Geffrard Général de 
division, commandant de la province du Sud. C'est au camp- 
Gérard qu'il fit rencontre pour la première fois avec Boisrond- 
Tonnerre qui devait être le rédacteur de TActe de l'Indépen- 
dance. 

5o LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE DANS LE SUD. 
—Dans le Sud, la guerre, toujours sous la haute direction de Des- 
salines, fut menée par Laurent Pérou et Nicolas Geffrard. 

Au défilé de Kara/a5, situé non loin des Coteaux, les indé- 
pendants du Sud infligèrent une sanglante défaite aux troupes 
françaises lancées contre eux par Rochambeau. 

60 CAPITULATION DE PÇRT-AU-PRINCE.-Serrées de 
près par Tarmée indigène, les garnisons de Jérémie, des Cayes, 
de Saint-Marc s'étaient rendues. 

A la tête de 10.000 hommes. Dessalines secondé par Gabart, 
Uangé et Pétion, vint à la fin du mois de Septembre 1803 
mettre le siège devant Port-au-Prince. 

Manquant de vivres et d'eau, cette place dut capituler. 

Le 10 Octobre, à 7 heures du matin, le général en chef fit 
son entrée dans la ville ayant à sa droite Pétion et Gabart à 
sa gauche. 

7oVERTIERRES( 19 NOVEMBRE 1803) Rochambeau te- 
nait encore au Cap. 

Pour couper la marche de Dessalincs sur cette ville, il s'était 
retranché avec ses meilleures troupes dans le fort Vertières 
situé au Haut du Cap. 

C'est à l'assaut de cette position difficile, mené avec autant 
de sang-froid qwe de courage, que nos Aïeux s'illustrèrent au 
point d'arracher à Rochambeau et à son état-majcr d'enthou- 
siastes applaudissements. 

Le héros de cette mémorable journée où nous eûmes plus de 
3.000 morts et blessés était l'intrépide Capois-la-Mort dont la 
monture fut emportée par un boulet. 



HISTOIRE D'HAÏTI 75 

80 ROCHAMBEAU CAPITULE' -Comprenant qu41 avait 
devant lui des ennemis décidés à vaincre ou à mourir, Rocham- 
beau jugea bon de ne pas poursuivre inutilement la lutte. 

Il replia sur le Cap et signa la capitulation (28 Nov. 18G3). 

9o CAPITULATION DU MOLE - Il restait encore au Môle 
Saint-Nicolas, sous le commandement du général Noailles, quel- 
ques débris de Tarmée expéditionnaire. Après la reddition 
du Cap, Dessalines somma le chef de la garnison de cette place 
d'avoir à !a luî rendre. Celui-ci refusa tout d'abord. Mais ayant 
appris l'événement du Cap, il capitula, lui aussi, 

A partir de ce moment, notre drapeau flotte victorieux sur tou- 
tes les places du pays et les Haïtiens restent les seuls maîtres 
de la terre de Saint-Domingue. 

Dessalines renvoya les troupes indigènes dans leur cantonne- 
ment après les avoir récompensés. 

Ayant décidé de faire la déclaration officielle de l'Indépendan- 
ce le 1er. Janvier 1804, à la fin de Décembre 1833, il convoqua les 
généraux du Sud, de l'Ouest et du Nord aux Gonaïves, lieu 
choisi pour la célébration de cette proclamation. Ses Secrétaires, 
Charéron; Chanlatte, Mentor, Boisrond-Tonnerre furent chargés 
de rédiger l'Acte de l'Indépendance. Ce fut Boisrond-Tonnerre 
qui trouva les mots justes capables de l'exprimer. 

LECTURE: BATAILLE DE VERTIERES 



Vers la fin de Novembre 1803, la plus grande partie des troupes indigè- 
nes, formant en tout vingt-sept mille hommes, s'était portée devant le Cap, 
dernier point important où s'était concentré tout ce qu'il restait d'hommes 
valides dans l'armée française. 

Pour agir plus efficacement contre la ville, Tarmée assiégeante avait à 
s'emparer de quelques points fortifiés qui se trouvaient au Haut-du-Cap. 

Vertières était, par sa position, un des points les plus difficiles à enlever. 
C'est près de ce blockhauss que se tenait le général Rochambeau avec sa 
garde d'honneur. Dessalines donna ordre au général Capois d'aller occuper 
la butte de l'habitation Charrier qui domine Vertières. Plusieurs fois re- 
poussé, Capois, affrontant la mort au premier rang, revenait toujours à la 
charge. Les soldats bouillant d'ardeur suivaient leur général. 



76 HISTOIRE D'HAITI 



Au fort du combat, un boulet renverse le cheval de Cajsois. Il tombe et 
se relève aussitôt en criant «En avant I En avant I'* «^Bravo ! Bravo I s'é- 
crie-t-on au milieu de la garde d'honneur de Rochambeau. Les tambours 
de cette garde font roulement, le feu cesse et, soudain, apparaît au camp 
des indigènes un cavalier français qui d'un air enthousiaste, fait entendre 
ces mots: «Le capitaine-général Rochambeau envoie son admiration à l' of- 
ficier-général qui vient de se couvrir de tant de gloire>* . 

Le hussard disparaît et le feu recommence. 

Le combat commencé le matin ne cessa que le soir. A la faveur de la 
nuit, au milieu d*une averse, les Français n'avaient plus qu'à capituler. Ro- 
chambeau se résolut donc à traiter avec Dessalines. 

Pendant les négociations qui eurent lieu pour la capitulation du Cap, Ro- 
chambeau envoya à Capois un beau cheval en témoignage de son admira- 
tion pour le héros de Vertières. 



ENELUS ROBIN (Abrégé d'Histoire d'Haiti 1. 1.> 



QUESTIONNAIRE 

Faites le portrait de Dessalines. 

Parlez des ravages de la fièvre jaune dans l'armée françai5e. 

Qui succéda à Leclerc comme capitaine-général ? 

Par qui fut menée la guerre de l'Indépendance dans le Sud ? 

Les débris de l'armée française cantonnée à Jérémie, Cayes, Saint-Marc, 

purent -ils résister à l'armée indigène ? 

Pariez de la capitulation de Port-au-Prince. 

Faites le récit du combat de Vertières, 

Quelle résolution prit Rochambeau après le combat de Vertières } 

Quelle est laîgarnison française qui capitula la dernière î 



# 



¥^^•. ^^^ s-N-vv-' ■•v\^ 




CHRISTOPHE 



HISTOIRE D'HAÏTI 77 

LIVRE IV 

PERIODE haïtienne 

f De 1804 à nos jours) 

CHAPITRE XX 

Indépendance Nationale, — Gouoernement de Dessalines 

lo PROCLAMATION DE LMNDEPENDANCE -Le 1er. 
Janvier 1804, sur la place d'Armes des Gonaïves, Dessalines pro- 
clama solennellement l'Indépendance de notre pays qui reprit 
son ancien nom d'Haïti, 

Tous les officiers présents à cette cérémonie Jurèrent de 
renoncer à jamais à la France et de mourir plutôt que de 
vivre sous sa domination, 

2o DESSALINES PREMIER CH£F DE UKTAT HAÏTIEN. 
—En récompense des éminents services que Dessalines venait 
de rendre, l'assemblée des généraux d'un consentement unanime, 
le proclama Gouverneur à vie de l'Etat haïtien, II fixa le siège 
de son gouvernement à Marchand et plaça à ia tête de cha- 
que province un de ses lieutenants: Geffrard dans le Sud, Pc' 
tion dans l'Ouest, Christophe dans celle du Nord et Gabart dans 
l'Artibonite. 

3o CONSTRUCTION D£S FORTIFICATIONS.-Dans le 
but de repousser de nouvelles expéditions des français, Dessali- 
nes avait ordonné à ses généraux Christophe, Clerveaux, Gabart, 
Pétion, Geffrard, de construire des fortifications dans leurs dépar- 
tements au sommet des montagnes. Bientôt on vit élever le fort 
des Trois-Pavillons à Port-de-Paix, le fort Jacques à la Coupe, 
le fort Campan à Léogâne, le fort Platon aux Cayes; et Christo- 
phe commença les travaux de la Citadelle La Perrière qui ne 
terminera qu'à la mort de Dessalines. 

4o MASSACRE DES FRANCAIS.-Une des plus terribles 
mesures qui marqua le début du gouvernement de Dessalines fut 
l'ordre donné à ses leutenants de massacrer, à l'exception 



78 HISTOIRE D'HAÏTI 

des prêtres, médecins, pharmaciens et artisans, tous les Français 
qu'ils trouveraient dans leur commandement, Un grand 
nombre de ces infortunés furei»t impitoyablement immolés ; 
mais beaucoup aussi eurent la vie sauve grâce à la protection 
de Mme. Dessalines et à l'humanité de quelques commandants 
de province. 

5o DESSALINES EMPEREUR.- ( 2 Septembre 1804).- 
Huit mois après sa nomination comme X^ouverneur, Dessalines 
prit le titre d'Empereur le 2 Septembre 1804, quelques jours a- 
près le 8 Octobre, il se fit couronner Empereur par le Curé Cor- 
neille Brelle au Cap-Haïtien. 

Il prit le titre de Jacques 1er. et eut le droit de choisir son 
successeur. 

6o CAMPAGNE DE UEST { Février 1805).- Dans l'Est* 
se trouvait encore une garnison française commandée par le gé- 
néral Ferrand, celui-ci publia le 6 Janvier )805 un arrêté auto- 
risant les troupes de la métropole à capturer les haïtiens et à les 
vendre comme esclaves. 

Au mois de Février 1 805, Dessalines entreprit d'expulser en- . 
tièremént les Français du territoire de Tlle. 

A cette fin, il marcha contre Santo-Domingo dont il allait se 
rendre maître quand inopinément se répandit la fausse nou- 
velle du prochain débarquement d'une autre expédition fran- 
çaise. 

L'Empereur dut regagner en toute hâte sa capitale qui était 
alors la ville de Marchand, autrement appelée Dessalines. 

7o ADMINISTRATION DE DESSALINES.- Si Dessalines 
avait les qualités d'un guerrier hors pair, en revanche, il était 
loin d'être un administrateur comme Toussaint -Louverture. 
Toute F organisation de son gouvernement reposa sur le 
régime militaire. La direction des finances fut confiée au géné- 
ral Vernet, ainsi que les ministères des Relations Extérieures, de 
la Justice, de l'Agriculture, de Tlnstruction Publique, des Tra- 
vaux Publics. Le général Gérin fut ministre de la guerre, 
L'Empereur était assisté d'un Conseil d'Etat formé des géné- 
raux de brigade, de division et de son ' secrétariat particulier 
composé de Boisrond-Tonnerre , Juste Chanlatte, Charéron 
Mentor. 



HISTOIRE D'HAÏTI 79 

La justice elle-même était rendue par des officiers militaires. 

Les biens des anciens colons étaient donnés, à titre de ferme 
aux plus haut gradés de Tarmée. 

Les trQUpes, en général, n'étaient ni habillées ni soldées. 

Nos denrées étaient vendues surtout aux Anglais mais le com- 
merce n'était réglementé que par le caprice du Monarque. 

Le plus grand désordre régnait dans l'administration ; car les 
grands chefs comme l'empereur lui-même, s'étaient vite habitués 
à considéi'er la caisse publique comme leur chose propre. 

80 VERIFICATION DES TITRES DE PROPRIETES.- 

Beaucoup de citoyens, dans le Sud surtout, étaient entrés, 
sans titres légitimes, en possession de riches plantations qui 
avaient appartenu aux anciens colons. 

Voulant arriver à un partage plus ou moins équitable de ces 
biens, Dessalines ordonna une vérification minutieuse des titres 
de propriétés. 

Les titres sHSpects furent détruits. 

Cette mesure de justice souleva l'indignation de ceux qui se 
trouvaient ainsi dépossédés. 

9o CONSTITUTION IMPERIALE ( Mai 1805 ),- Deux des 
principaux secrétaires de l'empereur, Boisrond-Tonnerre et Juste 
Chanlatte, avaient conçu et rédigé la Constitution impé/iale de 
1805, 

Dessalines eut le tort de ne pas appeler les généraux à donner 
leur avis préalable sur cet important sujet: ce fut là un motif 
nouveau de mécontentement contre lui. 

La clause caractéristique de cette tonstitution est le refus du 
droit de propriété à l'Etranger. 

Son dernier article était un mot d'ordre d'une énergie grandio- 
se: '* Au premier coup de canon d'alarme^ les villes disparais- 
sent et la nation est debout'^ 

lOo MIRANDA.- Francisco Mirandané à Caracas ( Venezue- 
la ) avait servi dans l'armée française en 1792.— Voulant rendre 
son pays indépendant, il se rendit aux Etats-Unis pour acheter 
du matériel de guerre. Il vint à Jacmel pour recruter des soldats 
de bonne volonté qui l'aideraient dans sa lutte contre les Espa- 
gnols. Dès que Dessalines apprit son arrivée il envoya au général 
Magloire Ambroise, commandant de la ville de Jacmel, l'ordre 



80 HISTOIRE D'HAÏTI 

de raccueilllr avec tous les égards et de lui fournir tout ce dont 
il avait besoin. Dessalines lui aurait donné en outre le conseil de 
** Boulé cailles, coupé têtes ", et lui assurait le succès 
à cette condition. 

IloLA PRINCESSE CELIMENE,- De tous ses collabora- 
teurs, celui que Dessalines paraissait le plus affectionner était 
Pétion qu'il appelait Papa bon coeur. 

Pour rendre cette affection plus étroite et montrer à tous quel 
prix il attachait aux services de cet officier, il rêva de Fu- 
nir à sa fille, la princesse Célimène. Malheureusement, le 
Capitaine Chancy, officier de la maison militaire de l'Empe- 
reur avait eu le temps déjà de se faire aimer de Célimène. 
Dessalines qui n'en avait rien su ne put s'expliquer l'indiffé- 
rence avec laquelle Pétion écouta ses propositions. Il souffrit 
doublement dans son orgueil de père et de chef d'Etat, et si, 
dans la suite, il contint mal son ressentiment, c'est qu'il avait 
considéré comme un affront le refus de Pétion d'entrer dans sa 
famille. 

LECTURE: LIBERTE OU LA MORT 

Armée indigène, 

Gonaîves, le 1er. Janvier 1804, An fer de rîndépendance\ 

« AujourdTiui premier Janvier mil huit cent quatre, le Général en clief 
de l'Armée incligèner accompagné des généraux, chefs de l'Arm.ee^ convo-- 
quée à l'effet de prendre les Mesures qui doivent tendre au bonheur du 
pays. 

«Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritable^ 
intentions d'assurer à jamais aux indigènes d'Haïti un gouvernement 
stable, objet de sa plus vive sollicitude : ce qu'il a fait par un discours; 
qui tend à faire connaître aux puissances étrangères la résolution de 
rendre le pays indépendant et de jouir d'une liberté consacrée par 
le sang du peuple de cette îleî et, aprèè avoif recueilli lés avis, 
a demandé que chacun des généraux assemblés prononçât le serment 
de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre 
sous sa domination et de combattre jusqu'au dernier soupir pour 1 Indé- 
pend ance. 



HISTOIRE D'HAÏTI 81 



« Les gênèraux> pénétrés de ces principes sacrés, après avoir donné, 
d^une voix unanime, leur adhésion au projet bien manifesté d'Indé- 
pendance, ont tous juré à la postérité, à l'univers entier, de renoncer 
à jamais à la France et de mourir plutôt que de vivre sous sa do- 
^mination» 

« Fait aux Gonaïves, ce premier Janvier ml huit cent -quatre' et 
îe premier jour de Tlndépendance d'Haïti, 

« Signé : De&salines, Général en chef; Christophe, Pétion, Clerveiaux, 
Geffrard, Vernet, Gabart, généraux de division; P. Romain, E. Gué* 
tin, F. Capois, Daut , Jean-Louis François, Férou, Cangé, L, Bazelais, Magloire 
Ambroise, J. J. Herne, Toussaint Brave, Yayou, généraux de brigades 
Bonnet, Papalier, Morellu. Chevallier, Marion adjudants-gé- 
ïiéraux; Magny, Roux, chefs de brigade; Charéron, D. Loret 
Quenez, MacajouX, Dupuy, Carbonne, Diaquoi aîné, Raphaël, Malet 
Derenoncôurt, officiers de l'Armée; et Boisrond-Tonnerre, secrétaire. 



QUESTIONNAIRE 

Quand fut solennellement proclamée T Indépendante Nationale > 

Quel fat le serment prêté en cette circonstance ? 

Quel titre reçut Dessalines en récompense de ses services ? 

Pourquoi Dessalines fit-il construire des forteresses tn Haïti ? 

Quel fut le sOTt des Français restés en Haïti? 

ï3essalines conserva -t*il le titre de Gouverneur à vie ? 

Raconteî la campagne de Dessalines contre l'Est. 

Dites ce que vous savez de l'Administration de Dessalines^ 

Quelle mesure prit Dessalines à propos des titres de propriétés ? 

Parlez de la Constitution Impériale de 1805? 

Que savez-vous de Miranda?^ 

Que saveZ'*vous de la princesse Célimène? 



82 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXI 
Chute de /'Empire 
Proclamation de la République 

]o REVOLTE CONTRE DESSALINES.- SA MORT.- On 
arriva bien vite à oublier les services " inappréciables rendus 
par le Fondateur de ^Indépendance pour ne voir que ses actes 
blâmables et le mauvais côté de son administration. . 

Les principaux mécontents étaient Christophe, Gérin, Pétion 
et Geffrard, tous des hommes intrigants et plus ou moins am- 
bitieux. 

L'Ejnpereur qui ne savait pas dissimuler se plaignit amère* 
ment de ces deux derniers lieutenants contre lesquels, dans un 
moment d'emportement, il proféra même de graves menaces. 
Alors Christophe, Gérin, Pétion et Geffrard s'entendirent pour 
l'abattre mais la mort de Geffrard survenue peu de temps après 
fit avorter cette 1ère, conspiration. 

Vers le commencement d'Octobre, la révolte qui couvait 
depuis longtemps éclata dans le Sud, à Port-Salut. Dessalines, 
furieux, accourait sur les lieux quand, arrivé aux portes de 
Port-au-Prince ou commandait Pétion, il fut asseissiné au Pont 
Rouge dans la matinée du 17 Octobre 1806. 

20 DEVOUEMENT DE CHARLOTIN. - Au premier coup 
de feu tiré sur lui par un soldat du nom de Gara, TElmpereur 
appela à son son secours un de ses fidèles aides-de-camp, Char- 
lotin Marcadieu. 

Cet officier s'élance aussitôt entre son chef et les conjurés» 

Mais de nouvelles détonations retentissent ; et tous deux 
tombent criblés de balles. 

Le cadavre de Dessalines fut affreusement mutilé. 

Une folle nommée Défilée recueillit les membres épars du 
LIBERATEUR, les mit dans un sac et les transporta au cime- 
tière intérieur (Sainte Anne) où ils furent Inhumés. Après la 
mort de l'Empereur, les conjurés rendirent responsables de 
ses actes, ses secrétaires, Mentor et Boisrond Tonnerre furent 



HISTOIRE D'HAÏTI 83 

assassinés à la prison de Port-au-Prince. Juste Chanlatte eut 
la vie sauve en se rendant dans le Nord près de Christophe 

30 LA REPUBLIQUE. - LE SENAT.- Après la scène tra- 
gique du Pont Rouge, l'empire fut aboli. 

Des représentants du peuple élus formèrent une Assemblée. 
Constituante. Réunis à Port-au-Prince, ils votèrent, le 27 Dé- 
cembre 1806, une Constitution qui établit la Républiqut com- 
me forme du gouvernement Haïtien. 

En même temps, on créa un Sénat composé de 24 membres 
et auquel furent attribués les pouvoirs les plus étendus. 

Cette assemblée, en effet, avait seule le droit de faire les 

/ois, de Doter les impots, d<i régler les dépenses publiques, de 
nommer aux fonctions civiles et militaires, etc. 

40 RIVALITE ENTRE PETION ET CHRISTOPHE.- Les 
deux candidats à la présidence étaient Pétion, commandant de 
la deuxième division de l'Ouest et Christophe, général en Chef 
de l'armée. 

Pétion, s'étant aperçu que son compétiteur réunissait toutes 
les chances, s'ingénia à lui susciter mille embarras. 

Déjà il avait de concert avec Gérin, augmenté illégalement 
le nombre des membres de l'Assemblée Constituante. 

Il usa encore de l'influence dont il jouissait pour faire ré- 
duire presque à rien l'autorité du Président de la République. 

50 CHRISTOPHE NOMME PRESIDENT.- Le 28 Dé- 
cembre 1806, Christophe fut nommé président. 

Mis au courant par les députés du Nord des machinations 
qui se nouaient à Port-au-Prince, il était déjà en route avec son 
armée quand il apprit la nouvelle de son élection. 

60 BATAILLE DE SIBERT.- Le Sénat, sentant bien que 
les illégalités commises étaient inacceptables, ne se trompa 
nullement sur les intentions belliqueuses de Christophe. 

A la nouvelle que celui-ci était à l'Arcahaie, PAssemblée 
chargea Pétion de marcher au devant de lui. 

Le 1er Janvier 1837, vers 8 heures du matin, les deux armées 
se rencontrèrent sur l'habitation Sibert, à trois lieues de Port- 
au-Prince. Une bataille très chaude s'engagea , les troupes de 
l'Ouest furent mises en pleine déroute. 



84 HISTOIRE D'HAÏTI 

70 COUTILIEN COUSTARD.- Dans ce sauve-qui-peut, Pé^ 
tion, monté sur un mauvais cheval, avait toutes les peines à 
s'enfuir- cependant que son chapeau empanaché le désignait 
particulièrement à la poursuite de Tennemi. 

Il était sur le point d'être pris ou tué lorsqu'un jeune offi- 
cier qui se trouvait à ses côtés,— Coutilien Coustard,— lui 
enleva prestement son chapeau et s'en coiffa. 

Par cette manoeuvre, il détourna les coups dirigés contre son 
général qui put s'échapper sain et sauf. 

Quelques instants après, G>utilien tombait victime de son 
admirable dévouement. 



LECTURE : LE GUET-APENS DE PONT-ROUGE 

Dans la nuit du 17 Octobre, l'empereur se mit en route pour Port* 
au-Prince. Il n'avait avec lui qu'une vingtaine de personnes qui formaient 
son escorte. Il n'arriva rien d'extraordinaire dans la route. 

Il traversa toute la plaine du Cul-de'Sac dans la plus parfaite sé- 
curité sans rencontrer personne qui l'avertit de ce qui se tramait contre lui. 
Arrivé à quelque distance du Pont-Rouge, l'Empereur vit des troupes 
rangées en bataille des deux côtés du chemin ; il les prit pour celles 
qu'il avait envoyées là pour l'attendre et il continua de s'avancer sans 
aucune défiance. Il était déjà enfoncé bien avant au milieu des em- 
buscades sans que lui ni personne de sa suite s'en fussent aperçus. Ar- 
rivé sur les troupes, il entendit le commandement d'apprêter les armes 
et des cris mille fois répétés ; «halte ! halte I ». L'Empereur dans cet 
instant reconnaît son erreur : il est trahi; il se voit au milieu du 15ème. 
régiment. Ce chef intrépide qui avait bravé la mort dans mille dangers 
s'élance au travers de baïonnettes et s'écrie: «Soldat! Ne me reconnais- 
sez-vous pas?». Il saisit sa canne, frappe et écarte les baïonnettes di- 
rigées contre lui. Les troupes saisies de terreur et de respect n'osaient 
lever la main sur leur Empereur qui s'avançait toujours au milieu des 
rangr. Alors un des plus audacieux osa le coucher en joue; l'Empereur 
aussitôt le tua d'un coup de pistolet. C'est dans cet instant que Gérin, 
Yayou et autres chefs des conjurés qui étaient cachés dans l'embusca- 
de commandèrent le feu. Il s'en suivit une décharge générale; le che- 
val de l'Empereur fut tué et lui-même renversé, percé de coups.. 



HISTOIRE D'HAÏTI 85 

C'est alors que Ton vit un blanc nommé Verret, favori de Pétion, que 
l'Empereur avait conservé et promu au grade d'adjudant-général, s'avancer 
Pour mutiler le corps inanimé de cet infortuné et le dépouiller de sa 
montre et de ses bijoux; c'est alors que l'on vit un Georges, d'exécrablg 
mémoire, lui couper un pouce de la main et le vendre ensuite dix por- 
tugaises à un étranger I 

BARON VASTE Y (Histoire d'Haïti) 



QUESTIONNAIRE 

Les Haïtiens conservèrent-ils longtemps le souvenir des services rendus 

par Dessalines ? 

Quels étaient les principaux mécontents ? 

Quand éclata la révolte contre Dessalines ? 

Racontez le dévouement de Charlotin. 

Par qui les restes de Dessalines furent-ils recueillis > 

Qui rendit-on responsable des actes de Jacques 1er. ? 

Qu'arriva-t-il après la scène du Pont-Rouge ? 

Parlez de la rivalité entre Pétion et Christophe» 

Qui fut nommé Président ? Que fit Christophe ? 

Qu'arriva-t-il à Sibert le 1er. Janvier 1807 ? 

Parlez du dévouement de Coutilien Coustard ? 



86 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXI 1 

Scission du Sud — Gouvernement du Nord 
et Gouvernement de l Ouest 

lo LE NORD SE SEPARE.- Après la victoire de Sibert, 
Christophe vint assiéger Port-au-Prince. 

Lassé par la résistance des habitants, il leva le siège et s'en 
retourna dans le Nord où il érigea un gouvernement indépendant 
dont il fut reconnu le chef. 

ELECTION DE PETION A LA PRESIDENCE.- Le Sé- 
nat avait décrété la destitution de Christophe et sa mise hors 
la loi. 

Le 9 Mars 4 807, il élut Pétion, alors âgé de 37 ans, à la pre- 
mière Magistrature de l'Etat. 

3o GUERRE. CIVILE.— Quelques jours après son élection, 
une insurrection éclata dans le Nord en faveur de Pétion ; 
celui-ci envoya des troupes sous le commandement du^ généra! 
Lamarre pour la soutenir. Trois ans plus tard au siège du Mô- 
le St-Nicolas le général Lamarre fut blessé et mourut le 16 juil- 
let 1810. 

Des généraux conspirèrent contre Pétion : Yayou, Magloire 
Ambroise, Gérin, les mêmes qui s'étaient alliés avec lui contre 
Dessalines, mais ils succombèrent, victimes de leur témérité. 

4o PETION ET LE SENAT.- D'après la Constitution de 
1806, le Sénat était tout, le chef de l'Etat presque rien. 

Pétion se trouva bientôt en butte aux intrigues et à l'oppo- 
sition d'un groupe de sénateurs qui, de la façon la plus arro- 
gante, se mirent à lui reprocher sa mauvaise administration. 

1/5 se rendirent même un Jour au palais de la présidence et 
lui firent k ce suyet de vertes remontrances, le 2S Juillet 1808, 

Sommé finalement de venir rendre compte de sa gestion, 
devant l'Assemblée, Pétion répondit à" cet ordre par une dé- 
monstration militaire qui eut pour conséquence l'ajournement du 
Sénat, 



HISTOIRE D'HAÏTI 87 

5o GOUVERNEMENT MONARCHIQUE DE CHRISTO- 

PHE,-Dans le courant de Juin 1811, Christophe, au beau 

ïfiilieu d'un barbaco, fut proclamé Roi sous le titre de Henri 

1er. La cérémonie du couronnement eut lieu au Cap par le 

père Corneille Brelle. 

Christophe créa la monarchie héréditaire et une noblesse 
composée de 4 princes, 8 ducs, 22 comtes, 37 barons, 14 che- 
valiers. 

Son grand amour de luxe le porta à s'entourer d'une cour 
brillante. 

Quoique basé sur la tyrannie, son gouvernement fut un 
gouvernement de progrès. Il organisa la justice, le code Henri 
fut promulgué, un code rural et un code pénal furent aussi 
publiés. Il y eut une flotte royale commandée par TAmiral 
Jean-Baptiste et le contre-Amiral St-Jean. 

Il attacha un soin particulier au développement de l'agri- 
culture et de l'industrie et entreprit de gigantesques travaux 
tels que le palais de Sans-Souci, la Citadelle La Perrière dont 
les ruines sont jusqu'ici un objet d'admiration pour les étran- 
gers. 

L'armée de Christophe était dressée à reuropéenne. Son équi- 
pement et ses armes sortaient des manufactures du royaume» 

Le roi tint fermement la main à ce que chacun eût un métier 
et sût lire et écrire. Il s'entoura d'hommes instruits tels Martial 
Besse, Rouanez Jeune, Juste Chanlatte, Vastey qu'il créa Baron, 
Dupuy. etc. 

6o GOUVERNEMENT REPUBLICAIN DE L'OUEST.- 

Le gouvernement de l'Ouest fut presque l'opposé de celui de 
Christophe. 

Pétion affectait une bonté, une douceur, qui dégénérait sou- 
vent en faiblesse. 

Lui aussi fit des efforts méritoires peur développer noire 
commerce eVrépandre les bienfaits de l'instruction. 

Sous ce dernier rapport il réussit pleinement. 

C'est Pétion qui fonda le lycée de Port-au-Prince. 

Comprenant toute l'importance de l'éducation des jeunes 
filles, il dota aussi la Capitale d'un Pensionnat de demoiselles. 



88 HISTOIRE D'HAÏTI 

En 1814 il prit la mesure de distribuer aux officiers de 
l'armée et aux vétérans de la guerre de l'Indépendance les 
terres du domaine national. 

Par cet acte de haute politique, il acquit un titre impéris- 
sable à l'affection populaire. Il eut aussi des collaborateurs 
instruits; Sabourin, Boisrond-Canal, Frémont, Bonnet, etc. 

7o RETOUR DE RIGAUD* EN HAITI.-SCISSION DU 
SUD (1810-1812) L'ancien adversaire de Toussaint, le gé- 
néral Rigaud, revint en Haïti en 1810. 

Pétion lui confia le commandement du Département du Sud. 

Cet ambitieux, sans aucun scrupule, compliqua la situation 
générale du pays en proclamant la scission du Sud avec Dau- 
mec, Lys, Bonnet. 

Sa mort survenue, l'année suivante, 18 Septembre 1811, mit 
fin à cet état de choses. Le général Borgella qui le remplaça 
dut reconnaître le 13 Mars 1812 l'autorité de Pétion. 

8o MACHINATION DE LA FRANCE.- Profitant de nos 
troubles intérieurs, le gouvernement français, en 1814, envoya 
en Haïti une mission de trois membres chargée d'étudier 
secrètement les moyens de rétablir sa domination sur son an- 
cienne colonie. 

Cette mission d'espionnage était composée de Dauxiorif 
haVaysse, Dravermann, et de Franco de Médina. 

Dans un magnifique élan de patriotisme, Pétion et Chris- 
tophe convinrent de cesser les hostilités afin de repousser l'en- 
nemi commun. 

L'un des agents, Franco de Médina, qui s'était rendu dans le 
Nord eut le malheur de laisser saisir les papiers dont il était 
porteur. Christophe le livra à un tribunal qui prononça contre 
lui la peine capitale, et Dravermann retourna en France dès . 
qu'il apprit la mort de Rigaud. 

9o BOLIVAR EN HAÏTI.- En 1816, les Espagnols vou- 
laient reprendre leurs anciennes colonies de l'Amérique du 
Sud. Ils s*emparèrent de la ville de Carthagènes. 

Simon Bolivar se réfugia en Haïti, ainsi que quelques parti- 
sans. Il se rendit près du Président Pétion et lui demanda des 
secours. Pétion y consentit à condition que Bolivar proclame- 
rait la liberté générale des esclaves au Venezuela et dans les 
autres pays libérés, ce qu'il fit dès sa rentrée chez lui. 



HISTOIRE D'HAÏTI 89 

lOo NOUVEAUX COMMISSAIRES FRANÇAIS EN HAIT! 
EN 1816.— Louis XVIII envoya en Haïti une nouvelle Com- 
mission composée de Messieurs Esmargart du Petit-Thouart 
et de Fontanges pour porter le chef d'Haïti à reconnaître la 
souveraineté de la France. Ce fut un nouvel échec pour la 
France. Pétion et Christophe refusèrent catégoriquement d'en- 
trer en pourparlers avec eux. Us s'en retournèrent en France, 
en Octobre 1816. 

llo REVISION DE LA CONSTITUTION DE 1806.- L'ex- 
périence ayant démontré que la Constitution de 1806, conçue 
dans l'unique but de nuire à Christophe était défectueuse, on 
décida an 1816 de la réviser. Un comité de 13 membres présidé 
par Sâbourin se réunit au Grand-Goâve et élabora la 
nouvelle Constitution qui fut promulguée le 2 Juin 1816. 

Les importants changements et innovations qu'on y apporta 
furent: 

1) la Création d'une Chambre des Députés; 

2) la présidence à vie au lieu de la présidence temporaire; 

3) la faculté de nommer les fonctionnaires civils et mili- 
taires, Pétion fut réélu président à vie. La Constitution de 
1816 fut en vigueur jusqu'en 1845. 

MORT DE PETION. (29 Mars 1818).- Consumé par 
de profonds chagrins, Pétion mourut après 7 jours de fièvre, 
le 29 Mars 1818. 

V 

jamais Chef d'Ktat ne fut plus universellement reiretfé ^ 
cause de sa bonté qui est restée proverbiale. 

Son tombeau se trouve sur la place, qui, à la Capitale, porte 
son nom (Place de l'Indépendance). 

LECTURE: CONTROLE DES COMPTES PAR CHRISTOPHE 

Prodigue pour les dépenses publiques dans la construction du 
palais, des routes, de tout ce qui devait rehausser le prestige national, 
Christophe était économe de nature et ne supportait ni majorations, 
ni fraudes dans les comptes de l'Etat. Son ministre des finances 
Vernet étant mort, il ordonna que des funérailles imposantes lui fussent 
faites. L'entreprise fut mise au concours. Breille devenu arche. 



90 , HISTOIRE D'HAÏTI 

vêque l'emporta. Après la cérémonie, Christophe, trouvant qu'elle 
n'était pas en rapport avec la somme adjugée se fit apporter le mé- 
moire et épluchant les chiffres, le fit réduire du tiers. 

FREDERIC MARCELIN « Choses haïtiennes» 
LECTURE: PETION ET BOLIVAR 

En 18Ï5, Bolivar vient en Haïti demander au président Pétion des ar* 
mes, des munitions et de l'argent pour organiser une expédition qui de- 
vait avoir pour but l'affranchissement des colonies espagnoles de l'Ame' 
rique, Pétion lui fit le meilleur accueil et lui accorda généreusement les se- 
cours sollicités. 

Le 8 Février 1816, Bolivar lui adressa la lettre suivante; 
« Monsieur le Président, 

« Je suis accablé du poids de vos bienfaits, 

« Dans ma proclamation aux habitants du Venezuela et dans les décrets 
que je dois expédier pour la liberté des esclaves, je ne sais s*il me sera 
permis de témoigner les sentiments de mon coeur envers Votre Excel- 
lence et de laisser à la postérité un monument irrévocable de 
votre philanthropie. Je ne sais, dis-je, si je devrai vous nommer comme 
l'auteur de notre liberté, je prie votre Excellence de m'exprimer sa vo- 
lonté à cet égard.» 

Pétion, quoique fortement touché de cette marque de reconnaissance, 
répondit à Bolivar de garder le secret sur la participation qu'il avait pri- 
se à l'Indépendance du Venezuela. 



QUESTIONNAIRE 

Que fit Christophe après la Bataille de Sibért ? 

Quelle décision prit le Sénat ? 

Parlez des guerres civiles sous Pétion? 

Pétion vécut-il en bonne harmonie avec le Sénat } 

Dites ce que vous savez du gouvernement monarchique de Christophe 7 

Parlez du Gouvernement républicain de l'Ouest? 

Quand Rigaud revint -il en Haïti ? 

Quel fut le résultat des machinations de la France contre nous ? 

Parlez de Bolivar avec Pétion. 

Que savez-vous de la Constitution de 1806? 

Quand mourut Pétion ? 



HISTOIRE D'HAÏTI 91 

CHAPITRE XXIII 
AJminislration de Boyer.— Unité de File, 

10 BOYER SUCCESSEUR DE PETION.- A la mort de 
Pétion, le général Borgela briguait le pouvoir mais le com- 
mandant de l'arrondissement de Port-au-Prince, le général 
Jean-Pierre Boyer, fut appelé à recueillir la succession de son 
ancien protecteur. 

C'était un administrateur intègre et éclairé-: mais aussi un 
esprit autoritaire et étroit. 

2o SUICIDE DE CHRISTOPHE (8 Octobre 1820;.- Quand 
Boyer monta au pouvoir, la monarchie du Nord commença 
à décliner. 

Le 15 Août 1820, tandis que le roi Henri assistait à l'office 
'divin à l'église de Limonade, il eut une attaque d'apoplexie 
à la suite de laquelle toute une partie de son corps resta para- 
lysée. 

Peu de jours après, une révolte éclata à St Marc, Sur 
l'ordre reçu par les troupes de marcher contre cette ville, elb^ 
se mutinèrent. 

Sentant le vide se faire autour de lui, Christophe se logea 
une balle au coeur, dans la nuit du 8 Octobre 1820. 

Son suicide mit fin à la scission du Nord et de l'Ouest, Boyer 
se rendit dans le Nord et fit une entrée triomphale au Cap 
le 20 Octobre. 

3o UNITE DE L'ILE.- En 1821, le peuple dominicain sel 
coua le joug des Espagnols et proclama un état indépendant. 
Les Dominicains avaient à leur tête Nunez de Caceres. Mais 
quelques mois après, les habitants de Sainto-Domingo adres- 
sèrent au président Boyer un message dans lequel ils lui 
demandèrent la faveur d'être régis par la même constitution 
de la République d'Haïti. Boyer laissa Port-au-Prince et partit 
pour Santo-Domingo. Le 9 Février 1822, il fut accueilli avec 
joie et reçut des mains mêmes de Nunez Carceres les clefs de 
la Capitale et dès lors toute l'île ne ^ forma qu'un seul gou- 
vernement. 



92 HISTOIRE D'HAÏTI 

40 RECONNAISSANCE DE L'INDEPENDANCE NATIO- 
NALE (AVRIL 1825),— Ce ne fut qu'après de longues et labo- 
rieuses négociations que le roi de France, Charles X se décida 
à reconnaître notre Indépendance le 17 Avril 1825. 

Le gouvernement haïtien s'engagea en retour à payer une 
indemnité de 1 50 millions de francs ( 30 millions de dollars 
environs destinée à dédommager les anciens colons de la perte 
de leurs biens. 

Cette dette, dite dette de /'Indépendance, fut plus tard ré- 
duite à 60 millions de francs. 

50 ADMINISTRATION DE BOYER.- D'importants tra- 
vaux de législation furent accomplis sous Boyer, entre autres 
la rédaction de nos divers codes. 

Notre commerce avec l'Angleterre, les Etats-Unis d'Amé- 
rique et la France, devint de plus en plus florissant. 

Mais, de parti-pris, Boyer laissa péricliter les écoles fondées 
par son prédécesseur. 

En maintes reprises, ce chef d'Etat commit des attentats 
contre la vie des citoyens et les libertés publiques. 

18225 il fit fusiller le journaliste Darjour. Des députés 
opposants furent expulsés de la Chambre tels Hérard Dumesles, 
St Preux, Lespinasse, Dominique, Ponthieux, etc. 

6o TREMBLEMENT DE TERRE DU 7 MAI 1842.- Le 
samedi 7 Mai 1842, vers 4 heures de l'après-midi un 
effroyable tremblement de terre fit de la ville du Cap un tas 
de décombres. La mer courroucée envahit plus de la moitié 
de la cité, en même temps que s'allumait l'incendie. 

Le nombre des victimes atteignit le chiffre effrayant de 
10.000. 

Comme pour ajouter à ITiorreur de ce désastre, des bandes 
de pillards accourus des lieux avoisinants s'abattirent sur la 
ville et firent des dépouilles des mourants un riche butin. 

7o CONSPIRATIONS.- Il y eut plusieurs conspirations 
contre Boyer, les généraux du Nord voulai-^nt instaurer un 




F. Miranda 




S. Bolivar 



e 





Alexandre Pétion 



Jn. Pierre Boyer 



HISTOIRE D'HAÏTI 93 

Etat Indépendant avec le général Paul Romain mais l'arrivée 
du Président Boyer déjoua leur projet. Une insurrection eut 
lieu ayant pour chef Romain. Quelques temps après Boyer 
fit venir Romain à Port-au-Prince et l'exila à Léogâne où il 
mourut. Il y eut la conspiration Larivière, Isidor Gabriel, 
Guerrier, Jn« Louis. Bellegarde, Ces conspirations furent 
étouffées et ceux qui furent pris les armes à la main furent 
exécutés. 

80 CHUTE DE BOYER.— Les violences exercées par Boyer 
contre les représentants de la nation, la routine de son gouver- 
nement rendaient un changement nécessaire. 

Le mouvement qui devait déterminer sa chute se manifesta 
le 27 Janvier 1843 dans la plaine des Cayes sur l'habitation 
Praslin. 

Le commandant Rivière Hêrard, { Charles Hérard aîné }, 
officier d'artillerie, en était le chef. 

La révolution rencontra partout une entière adhésion, car 
dans un brillant manifeste, elle exposait de belles et nobles 
idées un ensemble de principes propres à assurer le progrès 
et le bonheur du peuple haïtien» 

Aussi l'armée de Rivière, dite. Armée populaire, marcha- 
t-elle triomphante jusqu'aux portes de la capitale. 

Boyer, voyant que tout était perdu pour lui, s'embarquâ 
le ] 3 Mars pour la Jamaïque après avoir gardé la présidence 
pendant vingt-cinq années, 

LECTURE: L'OPPOSITION SOUS BOYER 

L'opposition était dans tout le pays, comme l'ont prouvé les événements; 
xnais, nulle part elle n'était organisée ni conduite comme à Jérémie* 

A Jérémie, l'Opposition n'avait pas de secret* même pour ceux qui 
étaient contre elle; elle faisait ouvertement la propagande des principes ré- 
^ volutionnaires et l'autorité ne pouvait arrêter sa marche, parce que l'esprit 
de sagesse et de vérité présidait à tous ses actes, 

P* Enfin, il faut le dire, le peuple était las d'un gouvernement dont les 
J^essorts étaient usés, Son système de police secrète, quoique bien organi- 



94 HISTOIRE D'HAÏTI 



se, n'allait plus; la police avait tant à rapporter qu'elle perdait la tête* 
tout le monde presque se mêlait de politique. Chacun émettait son opi" 
nion sur l'administration et blâmait ses fausses mesures. 

Le gouvernement du président Boyer avait tellement perdu la confianc^r 
du peuple que les actes qui pouvaient même tourner à son profit n'étaient 
point accueillis. 

F. E. DUBOIS { Précis de la Révolution de Î843 ) 



LECTURE : ORDONNANCE DE CHARLES X 



Charles, par la grâce de Dieu^ Roi de France et de Navarre, a tous 
présents et à venir, salut. 

Vu les art. 14 et 13 de la Charte; 

Voulant pourvoir à ce que réclame l'intérêt du commerce français, les 
malheurs de anciens colons de Saint-Domingue,^ et l'état précaire des habi- 
tants actuels de cette île; 

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit: 

Art, 1er,— Les ports de la partie française de Saint-Domingue, seront 
ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces^ 
ports, soit sur les navires, soit sur les marchandises, tant à l'entrée qu'à 
la sortie, seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté le 
pavillon français, t'en faveur duquel ces droits seront réduits de moitié. 

Art» 2,— Les habitants actuels de la partie française de Saint -Domirr 
gue verseront à la caisse fédérale des dépats et consignations de Francct 
en cinq termes égaux, d'année en année, le premier échéant, au 31 décem- 
bre 1825, la somme de cent-cinquante millions de francs, destinée à dé- 
dommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. 

Art. 3.— Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance 
aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l'Indépen- 
dance pleine et entière de leur gouvernement. 

Et sera la présente Ordonnance scellée du grand Sceau^ 



HISTOIRE D'HAÏTI 95 

Donné à Paris, au château des Tuileries, le 17 Avril de l'an de grâ- 
ce 1825, et de notre règne le premier. • 

Signé : CHARLES 

Par le Roi : 

Le Pair de France» Ministre et secrétaire d'Etat 
de la Marine et des Colonies. 
Signe : Comte de CHARBROL 

Visa 5 

Le Président au Conseil» 

Monsieur et Secrétaire d'Etat des Finances « 

Signé : G» de VïLLELE 

Vu aux Sceaux î 

Le Ministre et Secrétaire d*Etât, Gardes des sceaux '<, 
Signé : COMTE de BEYRONNET 



QUESTIONNAIRE 

Quel fut le successeur de Pétion ? 

Quelle fin eut Christophe ? 

Quel événement mémorable se produisit en Février 1822 } 

Quand et sous quelle condition la France reconnut-elle notre Indépendance) 

Parlez de l'administration de Boyer» 

Quelle catastrophe eut lieu notamment au Cap le 7 Mai 1842 ? 

Palez des é Dnspirations sous Boyer. 

Racontez la chute de Boyer. 



96 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXIV 

Révolution de 1843 

Sépara iton de la partie de F Est. 

(o GOUVERNEMENT PROVISOIRE.- Au triomphe de la 
révolution, un gouvernement provisoire dont fit partie Rivière- 
Hérard fut institué. 

Cet officier reçut la mission d'aller propager dans le Nord 
et TEst qui étaient restés indifférents, les idées nouvelles 
d'après lesquelles le pays allait désormais être gouverné. 

2o L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE.- NOUVELLE 
CONSTITUTION (1843).- On décida de convoquer une As- 
semblée constituante pour voter urie autre constitution et élire 
le chef de l'Etat. > 

Cette Assemblée mit cinq mois à se réunir. 

Après trois mois de discussion, elle finit par voter, le 20 
Décembre 1843, la nouvelle Constitution qui ne ressemblait 
guère aux précédentes. 

Elle instituait, en effet, le Jury non seulement pour hs^ 
affaires criminelles, mais aussi pour les dUiis politiques et de 
presse. 

Les citoyens pouvaient s'assembler pour s'occuper c^e ques- 
tions politiques. 

A la tête de l'arrondissement et de la commune elle rem- 
plaçait les oiiiciers militaires par des civils. 

PRESIDENCE DE RIVIERE-HERARD.-^ Le 4 Janvier 
1844, Rivière-Hérard prêta serment comme président de fe 
République pour 4 ans^ 

A peine les révolutionnaires étaient-îk devenus les maîtres^ 
du pouvoir qu'ils tournèrent le dos aux principes. 

Hérard "Dumesle, homme de réelle valeur; cousin du prési-' 
dent et membre du cabinet,^ avait la haute direction des affaires^ 



HISTOIRE D'HAÏTI 97 

Député indépendant sous Boyer, il avait été victime de l'ar- 
bitraire du gouvernement déchu qui l'avait fait scandaleuse- 
ment expulser de la Chambre. 

On était* donc en droit d'attendre de lui un respect absolu 
des libertés publiques. / 

C'est pourtant lui-même qui inspira au Chef de TEtat une 
série de mesures aussi infâmes que celles qu'avec fougue il 
blâmait naguère à la tribune de la Chambre. 

SEPARATION DE LA PARTIE DE L'EST- Durant sa 
tournée dans l'Est, Rivière-Hérard avait remarqué que certains 
individus travaillaient à détacher cette partie du reste 
de la République; il fut obligé de sévir contre quelques uns. 
11 était à peine rentré à la capitale que le mouvement éclata 
le 27 Février 1844. 

Les habitants de l'Est formèrent une république indépen- 
dante sous la dénomination de Képabliqut Dominicaine. 

5o LES PIQUETS.- REVOLTE DANS LE SUD, -. Les ré- 
volutionnaires de Praslin avaient prcanis aux habitants du Sud 
d'améliorer leur sort. 

Lorsque ceux-ci s'aperçurent qa'Hérard et ses partisans ne pen- 
saient qu'à eux-mêmes, ils prirent les armes. 

Ces paysans sont connus sous le nom de piquets. 

Ce nom leur vient de ce qu'à défaut de fusils, ils étaient 
armés de fourcbes en bois ou piquets dont une des extrémités 
taillée en pointe était durcie au feu. 

Les piquets répandaient la terreur parmi les citadins. Leur 
principal chef était Acaau^ 

6o DECHEANCE DE RIVIERE -HERARD.-L'impopularité 
du gouvernement grandissant chaque jour, il fut facile à un 
comité révolutionnaire formé à Port-au-Prince de proclamer 
la déchéance de Rivière-Hérard, tandis que celui-ci marchait 
sur Santo»Domingo (3 Mai 1844^, 

LECTURE: LES INITIATEURS DE L'INDEPENDANCE 

DOMINICAINE 

De Î836 à 1837, un prêtre du nom de Gaspard-Hernandez arriva 
ià -SantoDomingo; il fut fait curé de la Cathédrale et peu aprt^^ 



98 HISTOIRE D'HAÏTI 



chanoine. Après s'être entendu dans le peuple et la société, il trouva 
justes et fondées les aspirations des Domingois qui étaient celles 
de tous les habitants de l'Est, même de ceux qui, par leurs emplois 
et leurs relations semblaient être le plus attachés aux Haïtiens. Il 
ne tarda pas à ouvrir une espèce d'Université, de salle de classe 
que fréquentèrent comme étudiants plusieurs jeunes gens, parmi 
lesquels on distinguait Juan Pablo Durtes, Francisco Sanchez, Juan 
Isidoro Ferez et Fedro Fina. Quand ils eurent terminé leurs études, 
ils conçurent l'idée de détacher leur pays du gouvernement haïtien. Gas- 
pard Hernandez, de son côté, ayant des moyens par ses parents, partit 
pour l'étranger et, entre autres pays, visita la Côte-Ferme où ses idées se 
fortifièrent. 

De retour à Santo-Domingo il les propagea autant qu'il put, mais avec 
une grande prudence: car la police haïtienne était très vigilante à l'égard 
des habitants de l'Est. Toutefois, ses anciens élèves et lui n'avaient pas as- 
sez de hardiesse pour tenter une entreprise de tant de grandeur, leur pro- 
jet restait stationnaire. 

THOMAS MADIOU 



QUESTIONNAIRE 

Qu'arriva-t-il au triomphe de la révolution ? 

Parlez de l'Assemblée Constituante et de la nouvelle Constitution ? 

Qui fut nommé Président ? 

Quelle conduite les révolutionnaires tinrent-ils au pouvoir ? 

Quel fut le résultat de la tournée de Rivière-Hérard dans l'Est ? 

Qu'étaient-ce que les Piquets? 

Rivière-Hérard resta-t-il longtemps au Pouvoir > 



HISTOIRE D' HAÏTI 99 

CHAPITRE XXV 
Coûter nemeni éphémère de Guerrier 
Pierrot et Riche, 

10 PHILIPPE GUERRIER.- Après la déchéance de Ri- 
vière, de graves événements menacèrent le pays. 

L'entente se fit à la fin autour d'un vieillard octogénère, 
glorieux vétéran des guerres de T Indépendance : le géné:al 
Philippe Guerrier. 

11 fut proclamé Président le 8 Mai 1844. 

2o CONDUITE DE GUERRIER VIS-A-VIS DES POPULA- 
TIONS DE L'E5T.— Guerrier employa des moyens pacifiques 
pour ramener les populations de l'Est au gouvernement de la 
République. 

L'armée d'Hérard s'était livrée à des excès déplorables; des 
villes avaient été pillées et incendiées. 

Le Président ordonna que tous les objets volés fussent re- 
cueillis et restitués à leurs propriétaires. 

Ces mesures n'influèrent en rien sur la résolution des Do- 
minicains. 

3o LE CONSEIL D'ÉTAT.- Sous Guerrier, il n'existait ni 
Chambre, ni Sénat . 

Les projets de loi du Pouvoir Exécutif étaient soumis à un 
Conseil d'Rtat qui, après discussion les adoptait ou les rejetait. 

Cette assemblée pouvait aussi donntr son avis sur toutes les 
propositions ou conventions de relations internationales et 
proposer au gouvernement toutes mesures d'intérêt général, 

40 MISSIC^ DE L'ABBE TISSERANT ( Juillet 1844).- 
Les moeurs et conduite de la plupart des prêtres établis en 
Haïti devenaient de plus en plus intolérables et jetaient le 
plus grand discrédit sur le caractère sacré de leur ministère. 

Aussi le gouvernement du Président Guerrier fut-il heureux 
quand Tisserant un descendant du général Bauvais, vint, en 
Juillet 1844, lui faire part de la mission qu'il avait reçue d'or- 
ganiser sérieusement l'Ellise t/'Haïti. 



100 HISTOIRE D'HAÏTI 

Malgré les excellentes dispositions du gouvernement à regard 
de l'envoyé du Saint-Siège et de ses plans, celui-ci ne voulut 
reconnaître à l'Etat aucun droit de contrôle sur certains actes 
de l'autorité ecclésiastique. * 

Tisserant quitta le pays pour n'y plus revenir. "^ 

50 ADMINISTRATION DE GUERRIER.- Le gouverne- 
ment de Guerrier dont la durée ne fut que de onze mois, dota 
le pays de deux lycées : l'un au Cap, l'autre aux Cayes. 

Il organisa en outre les Conseils Communaux et créa le 
service des Postes. 

60 SA MORT.- Le Président avait établi sa résidence à St- 
Marc afin d'être plus à l'abri des intrigues. 

C'est laque la mort le surprit le 15 Avril 1845. 

70 PROCLAMATION DE PIERROT COMME PRESI- 
DENT.— Le lendemain de la mort de Guerrier, le comman- 
dant du département du Nord, Jean-Louis Pierrot, fut pro- 
clamé Président par le Conseil d'Etat. 

80 LE SIEGE DU GOUVERNEMENT AU CAP.- Le géné- 
ral Pierrot était beaucoup plus attaché à ses champs qu'à la 
politique; il vivait presque étranger aux affaires. 

Pour être plus à proximité de ses terres, il transporta provi- 
soirement le siège du gouvernement au Cap. 

90 PIERROT ET DESSALINES.- Depuis le drame du Pont- 
Rouge, aucun chef d'Etat n'avait songé à rendre le moindre 
hommage à la mémoire de Dessalines. 

Pierrot un de ses anciens compagnons d'armes, fut le pre- 
mier qui pensa à secouer la coupable indifférence de la nation 
à l'égard de son fondateur. Par un décret, il ordonna que le 
17 Octobre, anniversaire de la mort de Dessalines, des céré- 
monies funèbres seraient célébrées dans toute Tétendue de la 
République en Fhonneur de notre Libérateur. 

lOo AFFAIRE DUBRAC- Un sieur Dubrac,%u]tt français, 
accusé de s'être immiscé dans la politique intérieure du pays, 
fut frappé d'une mesure d'expulsion (9 Septembre 1845>. 
Le délinquant, assuré du concours du médecin de Pierrot,, 
un nommé Giorachini, ne continua pas moins de vaquer libre- 
ment à ses affaires, déclarant qu'il était muni d'un sauf -conduit 
régulier. 




• ;'■!■ 



Rivière Hérard 




Philippe Guerrier 








Jn. Louis Pierrot 



Jn. Baptiste Riche 



HISTOIRE D'HAÏTI 101 

Instruit de ce fait, Pierrot entra dans une grande colère et 
proposa même, dit Madiou, un duel au général WyppolUc, 
président du Conseil des Secrétaires d'Etat, qu'il rendit res- 
ponsable de l'inexécution de ses ordres. 

Malgré les menaces que fit hct)asseutj consul de France, au 
gouvernement Haïtien, le Président tint bon; et Dubrac, mis 
en état d'arrestation, fut chassé du territoire. 

Le commandant du navire français, Le Tonnerre, qui s'était 
rendu dans les eaux du Cap pour le règlement de cette affaire 
tendit un piège au commandant de la corvette haïtienne. Le 
Rapide. Il l'attira à son bord, et, après l'avoir attaché à une 
pièce de canon, ordonna aux hommes de son équipage de lui 
administrer trente coups de verge. 

Cette malheureuse affaire diplomatique, accentuée par ces 
indignes représailles du commandant Delacour, occasionna une 
rupture momentanée de nos relations avec la France. 

Uo PROJET DE CAMPAGNE CONTRE L'EST (Janvier 
1848).— Pour détruire' la mauvaise impression qu'avait pro- 
duite sa malheureuse intervention dans la dernière affaire 
diplomatique. Pierrot publia un ordre du jour sur la pro- 
chaine ouverture d'une campagne contre l'Est. 

L'idée fut très mal accueillie par les populations de l'Arti- 
bonite et de l'Ouest. 

120 CHUTE DE PIERROT.- Port-au-Prince et Saint-Marc 
étaient les deux foyers de la conspiration qui se tramait contre 
Pierrot. 

Dans les derniers jours de Février 1846, l'armée dans l'une 
et l'autre ville, acclama le général Jean-Baptisie Riche comme 
Président de la République. 

13o RICHE.— Le successeur de Pierrot prit possession du 
fauteuil présidentiel le 1er. Mars 1846. 

En 1802, au débarquement de l'expédition française, il était 
capitaine des grenadiers. II reçut une balle à l'oeil dans un 
engagement contre ^la division Hardy après l'évacuation de la 
Crête-à-Pierrot. 

Cette grave blessure le rendit borgne dans la suite. 

140 GOUVERNEMENT DE RICHE.- Comme ses derniers 
prédécesseurs, Riche resta moins d'un an au pouvoir. 



102 HISTOIRE D'HAÏTI 

Sous lui, le Conscii d'Etat se transforma en Sénat. 

Cette Assemblée vota une Constitution qui rétablit les deux 
branches du Pouvoir Lésgislatif. 

Riche voulut dégager les masses populaires des superstitions 
africaines. 

Aussi fit-il une guerre acharnée aux sectaires du Vaudou* 

15o SOULEVEMENT DES PIQUETS.- Durant la- prési- 
dence de Guerrier, les piquets ne donnèrent signe de vie. 

A Tavènement de Riche Acaau prit de nouveau les armes ^ 

Pour vaincre cette insurrection le gouvernement déploya 
une extrême énergie; c'est par milliers que périrent les piquets. 

Traqué jusque dans ses derniers retranchements, Acaau dut 
se suicider sur l'habitation Brossard dans la nuit du 1 1 Mars 1846. 

l6o MORT DE RICHE.- Au retour d'une tournée qu'il 
venait de faire dans le Nord, Riche mourut subitement le 27 
Février 1847. 

LECTURE : COMMENT LE PRESIDENT PIERROT 
LAISSA LA CAPITALE 

Par une belle matinée, alors que les habitants de Port-au-Prince 
étaient livrés à leurs occupations accoutumés, Pierrot ordonna de faire 
battre la générale. La population, pleine d'inquiétude à ce bruit sinistre, 
courut aux armes et se porta en masse sur la place Pétion. Toutes les 
portes des magasins et des boutiques se fermèrent. Pierrot admira la gar- 
de nationale et dit qu'elle était nombreuse, imposante, bien armée, mais 
qu'elle était un danger pour lui, car elle ne lui inspirait aucune confiance. 
Quelques officiers du Nord lui conseillèrent de la licencier, mais il refusa. 

Le lendemain, à 9 heures du matin, le Président Pierrot sortit seul du 
palais; la population le vit prendre la Grand'Rue et s'acheminer vers le 
portail Saint -Josph; on crut à une tournée en ville. Il franchit le portail 
en disant qu'il allait au Cap. Dès que le bruit s'en était répandu, tout 
le personnel du palais, ses aides-de-camp, ses bêtes de charges s'élancèrent à 
sa suite; et pendant des heures, l'on ne vit que des officiers du Nord ga- 
lopant de toutes parts et allant le rejoindre. 

On le rencontra à Drouillard d'où il continua pour le Cap : c'était le 
29 Mai. 

THOMAS MADIOU 



HISTOIRE Ù'HAin 103 



LECTURE î RICHE ET LE VAUDOU 

Les superstitions grossières du Vaudou étaient poursuivies avec acharne- 
ment par le chef de l'Etat. Sur ce point» Il était excessivement sévère et 
plus d'une fois, il faisait sa police lui-même. On a raconté à ce sujet une 
anecdocte assez piquante. 

Un soir, le Président sommeillait dans sa chambre au palais de Port-au- 
Prince» Tout à coup il se lève, appelle Tofficier d'ordonnance de service. ^ 

«Venez avec mol» mais retirez ces insignes et quittez-moi ce sabre qui 
ferait du bruit». 

Le Président sortit du palais, seul avec cet aide-de-camp. 

Arrivés sur la grande place d'armes, le Président arrêta son compagnon. 
— «Entendez-vous le tambour ? — Non, Président I — Vous n'entendez 
pas que l'on danse le vaudou ?— Non. Président yous l'avez défendu. Qui 
oserait?— C'est bon; suivez-moi»- 

Après quelques minutes de marche, les deux hommes atteigiwiient un 
sentier qui conduisait au morne de l'Hôpital; alors, l'officier entendit sour- 
dement le bruit du tamtam; il en fit la remarque au président. Toujours 
conduits par le bruit du tambour, ils arrivèrent après une heure de rude 
montée, au lieu où se tenait le rassemblement nocturne. C'était dans un 
vallon de l'habitation fourmi où les sectaires du Vaudou se livraient à leurs 
ébats, le Président tomba sur eux à coups de coco-macaque. Un instant 
surpris, ils allaient sûrement se mettre sur la défensive et faire un mau- 
vais parti aux deux agresseurs, lorsqu'ils reconnurent le chef de l'Etat. 
Ces gens grossiers, ignorants prirent la fuite. Quand à ceux que la peur 
avait retenus, le président les fit descendre en ville et les livra à la jus- 
tice» , ^ 

JUSTIN BOUZON 

(Etudes historiques sur la présidence de Fautin Soulouque), 

QUESTIONNAIRE 

Qu'arrîva*t-il après la déchéance de Rivière > 

Quelle fut la conduite de Guerrier vis-à-vis des populations de F Est ? 
Qu'était-ce que le Conseil d'Etat > 
Que savez-vous de la mission de l'abbé Tisserant ? 
Le gouvernement de Guerrier fit 'il quelque chose de bon pour le pays ? 
Quand et où mourut Guerrier ? 
Qui succéda à Guerrier ? 

Que fit Pierrot pour ranimer la reconnaissance de la nation envers Dessa- 
lines ? 

Parlez de l'affaire Dubrac. 

Quel projet conçut Pierrot dans la suite > 

Racontez la chute de Pierrot, 

Parlez du gouvernement de Riche. 

Parlez du second soulèvement des piquets* 

Quand mourut Riche ? 



104 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXVI 
Présidence de Soulouque. 

lo ELECTION DE SOULOUQUE.-fMars 1847).- Deux 
hommes, recommandables à plus d'un titre, briguaient le pou- 
voir à la mort de Riche: c'étaient les généraux Pau/ et Sou/- 
jrani. 

Le Sénat les écarta et nomma à la présidence Vausiin Sou- 
louque^ alors chef des quatre corps de la garde. 

On raconte que celui qui fut encore le plus étonné à cette 
étonnante nouvelle, fut Soulouque lui-même. 

20 RAISON SECRETE DE CE CHÇIX.- Comme Guerrier, 
Pierrot et Riche, Soulouque était un noir tout à fait illettré. 

Ceux qui le poussèrent au pouvoir le firent avec Tarrièrc- 
pcnsée de gouverner en son nom. 

3o LA SOCIETE PORT-AU-PRINClENNE ET SOU- 
LOUQUE.— Soldat, avant tout, Soulouque avait les moeurs et les 
manières de son état. 

Aux yeux de la société port-au-prîncienne de l'époque, il 
parut grotesque; et Ton prit un malin plaisir à le couvrir de 
ridicule. 

Son pouvoir d'ailleurs tenait, pensait-on à si peu de chose 
qu'il n'y avait qu'à souffler dessus pour le culbuter. 

^ 4o PROCES-COURTOIS.- A l'avènement de Soulouque, 
l'antagonisme entre noirs et mulklres était très prononcé. 

Ces derniers prêtaient au général Similien, chef de la garde, 
l'intention d'exercer des violences contre eux. 

Le sénateur Joseph Courtois, journaliste se fit l'écho de ces 
bruits dans un article sensationnel où il traitait Similien et 
ses acolytes de gens sans aveu et de canaille. 

Soulouque considérant l'article comme un délit de presse, 
saisit le sénat de l'affaire. 

Courtois, après avoir été acquitté une première fois, fut jugé 
et condamné. 



HISTOIRE D'HAÏTI 105 

Cette condescendance de TAssenibléc n^ apaisa pas le Pré- 
sident qui voulut faire fusilier le sénateur» 

Courtois n'échappa à la mort que grâce aux démarches du 
consul de France» 

SoENlEUTEDU 16 AVRIL 1848.-Le dimanche 16 avril 
1848, le Chef de l*Etat eut, au palais, une explication très vive 
avec un de ses anciens ministres, Céligny kriouin^ au sujet 
d'une prise d'arnres qui venait dVvoir lieu, dans le Sud. 

Les propos s 'envenimant de part et d'autre, soudain quel- 
qu'un dans la salle même d* audience tira un coup de pistolet. 

A ce signal, la garde ouvre le feu sur l'assistance; des morts 
etdss blessés tombent» 

Au nombre de ces derniers était Célîgny Ardouîn» Soulouque 
iui-même n'eut la vie sauve que grâce à la présence d'esprit 
de quelques-uns de ses lieutenants qui le projetèrent violem- 
ment hors de l'enceinte. 

Dans toute la ville, on fit alors courir le bruit qu'on mas- 
sacrait les mulâtres dans la cour du palais. 

A cette nouvelle, un grand nombre de ce« citoyens s' armèrent 
et allèrent se grouper vers les quais» 

Afin d'éviter un plus grand malheur, le général Similicn, 
à plusieurs reprises, leur intima l'ordre de se disperser: ils 
déclarèrent qu'ils étaient décida à résister à l'oppression en 
criant vive Preston père. 

On fit alors marcher les troupes contre eux» 

Ce fut alors une affaire vraiment déplorable; car toutes les 
mauvaises passions, les haines personnelles se donnèrent, ce 
jour- là, pleine carrière» 

Comme toujours, beaucoup d'honnêtes et paisibles citoyens 
tombèrent victimes de la témérité des émeutiers» 



QUESTIONNAIRE 

Comment SoulouqXie îifrivù-t-il au pouvoir ? 

Quelle fut la raison secrète de Ce choix ? 

Quelle attitude eut la société port-au*princienne ?. Pégard de Soulouqiie ? 

Que savez-vous du procès-Courtois ? 

Parlez de l'émeute du 16 Avril 1848» 



106 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXVII 

Guerre Je Soulouque contre^ les Dominicains, 
URmpire de Faustin 1er. 

1o. PREMIERE CAMPAGNE DE UEST- Au sujet delà 
question de l'Est, Soulouque avait des idées nettement arrê^ 
tées) il pensait qîie l'Ile ne devait obéir qu'à un seul gou^ 
vernément. 

Depuis leur Indépendance en Février 1844, les Dominicains 
faisaient sur la frontière une guerre d'embuscade. 

C'est pourquoi il entreprit en Mars 1849 une campagne 
contre les Dominicains. 

Au début, Tarmée haïtienne que commandait Soulouque çn 
personne, remporta les victoires de has Matas, de Neyba, de 
San Juan, - "^ 

20 RETRAITE D'OCOA.- Vers la fin du mois d'Avril, les 
deux armées se livrèrent bataille sur les bords de la rivière 
d'Ocoa. s 

Mis en déroute, l'ennemi traversa le lit de cette rivière qui 
était à sec. Une, forte colonne se mit à talonner les fuyards 
jusque vers la riVe opposée. 

Soudain au quartier-général de Soulouque, on sonna la 
retraite. 

Revenant sur ses pas, la colonne, pêle-mêle, reprît le che- 
min du camp. 

Dès qu'elle se fut ^gagée dans le lit de la rivière, elle fut 
assaillie par un feu croisé des Dominicains qui, en même 
temps, faisaient rouler sur nos hommes, des hauteurs escar- 
pées où ils étaient cachés d'énormes blocs de pierres sous Ics-^ 
quels une bonne partie de notre armée demeura ensevelîc# 

3o SOULOUQUE EN^EREUR (Août 1849). Après la re- 
traite d'Ocoa. Soulouque prit la résolution de retourner à la 
capitale où, trois mois après, il se fit proclamer empereur sous 
U titre de FAUSTIN 1er, 



HISTOIRE D'HAÏTI 107 

4o LA TREVE DE 1851- A rextérieur, Soulouque et son 
empire furent l'objet d'un dénigrement systématique. 

Il y eut de la part des puissances étrangères une sorte d'en- 
tente pour empêcher que ne se réalisât le rêve d'unité terri- 
toriale poursuivi par le monarque noir. 

Au printemps de 1851, l'empereur allait envahir par le Nord 
la frontière dominicaine quand les représentants de la France, 
de l'Angleterre, des Etats-Unis, par une diplomatie plus ou 
moins adroite, s'interposèrent comme médiateurs et obtinrent 
du gouvernement haïtien une trêve d'un an. 

5o SACRE DE FAUSTIN 1er (18 Avril 1852).- Cette 
transaction pacifique permit à Soulouque d'accorder tous ses 
soins aux préparatifs du sacre. 

Le 8 Avril 1852, la cérémonie eut lieu avec une pompe ex- 
extraordinaire sur le Champ-de-Mars de Port-au-Prince. 

NOUVELLE CAMPAGNE DE L'EST.- Les menées an- 
tipatriotiques des Dominicains et les actes de piraterie qu'ils 
exerçaient sur nos côtes, le 3 Décembre 1849, ils incendière»t 
le bourg de Dame-Marie, déterminèrent l'Empereur, en 1855, 
à reprendre la campagne contre eux. 

Mais les marches forcées, l'organisation tout à fait défectueu- 
se du service de l'intendance, la mauvaise qualité des 
armes et l'indiscipline des jeunes recrues firent échouer cette 
campagne qui se signala par les batailles de San-TAome, de 
SavanaLarga, de Cambrenale, où nos troupes furent battues 
par le général dominicain Santana. 

Malgré ces revers, Soulouque aurait pu poursuivre la guerre, 
mais la sourde agitation qui régnait à la capitale, le contrai- 
gnait d'y renoncer 

7o CHUTE DE FAUSTIN 1er.- Les désordres financiers 
du régime impérial et l'insuccès de nos armes dans l'Est pro- 
voquèrent aux Gonaïves l'insurrection à la suite de laquelle 
Soulouque dut abandonner le pouvoir. 

^ Fabre Geffrard, ancien chef de l'Etat-major de l'Empereur, 
s'embarqua dans la soirée du 20 Décembre dans un canot avec 
son fils et Messieurs E. Roumain et Jn. Bart pour les Gonaïves 
où il devait organiser le mouvement républicain. 



108 HISTOIRE D'HAÏTI 



Le comité rcvolutiorînaire prononça la déchéance de Faustîn 
1er; proclama la République et remit en vigueur la Cons- 
titution de 1846. Geffrard fut nommé président de la République, 

Les insurgés poussèrent activement leur armée jusqu'aux 
portes de la capitale. 

Après une tentative de résistance, Soulouque se vit dans la 
nécessité de signer son abdication le 15 Janvier 1859. 



LECTURE; SACRE DE FAUSTIN 1er, 

Dans les derniers jours de Mars 1852, la vie à Port-au-Prince 
avait atteint une intensité extrême. 

Comme en une fin d'annécr les magasins et les boutiques regor* 
gaient d'acheteurs. Les fournisseurs, malgré raugmentation de leur 
personnel, ne savaient où donner de la tête pour rqjondre aux 
commandes dont ils étaient surchargés. C'est qu'on ajjprochait de 
la date fixée pour la cérémonie du sacre de Faustin 1er. 

Les casernes et les maisons des grands dignitaires de l'Empire 
ne suffisaient plus pour loger les délégations qui affluaient de tous 
les points du pays. 

Du côté du gouvernement on achevait les derniers préparatifs ; 
et tout le nKwide s'accordait à dire que la fête allait avoir un éclat 
exceptionnellement grandiose. 

Le Samedi 17 Avril, au coudier du soleil, îOf coups de canon au 
grondement desqueb se mêlaient les folles envolées des cloches rappe^ 
laient à la population l'événement du lendemain. 

Les rues magnifiquen^nt pavoisées respkndissaient sous les feux mul' 
ticolores des lampions et des lanternes vénitiennes. 

Trois heures du matin sonnaient à la Cathédrale que Port-aU' 
Prince, un instant assoupi, se réveillait au milieu d'une immense 
fumeur où s'entrecroisaient la sonnerie des clairons, le bruit des tam^ 
bours battant le rappel et les joyeuses fanfares de la Garde 
impériale. 

A mesure que l'aube blanchissait les rues s'encombraient de cava- 
liers et de piétons, des soldats, d'officiers chamarrés d'or, de femmes, 
d'enfants endUmanchés. 



HISTOIRE D'HAÏTI 109 

Le théâtre choisi pour la brillante représentation du jour était 
le Champ-de-Mars sur les quatre façades duquel, l'armée, en tenue 
d'apparat, avait étendu ses lignes. 

Une foule compacte et bariolée qui se trémoussait, se bousculait 
avait, de très bonne heure, envahi la position attendant avec impa- 
tience le moment d'acclamer l'Empereur. 

Au milieu de la place une chapelle construite pour la circonstance 
offrait, vue de l'intérieur, un coup d'oeil des plus ravissants. L'autel 
ainsi que le choeur était garni de milliers de cierges et ornés 
de feuillage, de fleurs, de drapeaux et d'oriflammes frangés d'or. 

A droite, un dais splendide, à gauche, deux trônes un grand et un 
petit, tendus de velours et de somptueuses draperies, étaient prêtes 
à recevoir leurs Majestés. 

En avant de la Chapelle se déroulait une vaste tente qui pouvait 
abriter 7 à 800 personnes. 

C'est là qu'avaient pris place, dans des tribunes spéciales, les invités 
de marques parmi lesquels on voyait les représentants des puissances 
accréditées près le gouvernement, l'état-majôr des vaisseaux de 
guerre étrangers qui se trouvaient en rade, les divers corps politiques 
et administratifs. 

Donnant face à cette tente et séparée d'eile par un intervalle 
de 150 mètres environ, une autre moins sp)acieuse avait été dressée où 
l'on avait déposé, avec le costume du sacre, les insignes et les orne- 
ments impériaux. 

Vers 9 heures, un vaste remous se produit à travers le flot hu- 
main. Et en même temps que le «Garde à vous !>> des vivats fréné- 
tiques éclatent que couvrent le tumulte des cuivres et des tambours 
et les assourdissantes décharges d'artillerie. 

Là-bas, au milieu d'un nuage de poussière, débouche le cortège 
impérial dans une étincelante bigarrure de velours, de brocarts et 
de soie pailletée. 

Les hauts dignitaires, les ministres, le chancelier, les princes de 
la famille impériale, suivant leur rang et l'ordre du protocole, enca- 
draient le carrosse de gala traîné par huit superbes chevaux où se 
tenaient l'Empereur, l'Impératrice et la princesse Olive. 

Immédiatement après, venait la voiture des princesses impériales 
Célia et, olivette, attelée de six chevaux non moins magnifiques. 

L* escorte se dirigea vers la petite tente. Leurs Majestés y firent 
halte afin de revêtir le costume du couronnement. 



110 HISTOIRE D'HAÏTI 

Quelques minutes après, comme en un décor de féerie, les portières 
s*entr'ouvrent et l'Empereur apparaît, diadème au front, sceptre en 
main, couvert d'un manteau d'azur semé d'abeilles d'or. A la tête 
du cortège d'une magnificence indescriptible, il s'avance à pas me- 
surés vers la chapelle, pénètre dans le choeur et va s'asseoir sous le dais. 

Alors commença la cérémonie liturgique selon le rite usité en pa- 
reille circonstance. 

A défaut d'un évêque, ce fut l'Abbé Cessens, grand aumônier de 
l'Empereur et curé de la Cathédrale qui consacra leurs Majestés. 

A l'Offertoire, l'officiant reçut de leurs mains comme offrandes deux 
cierges où étaient incrustées treize pièces d'or et un vase finement ciselé. 

Au moment marqué par le cérémonial où le monarque devait être cou' 
ronné celui-ci gravit les marchee de l'autel, prit lui-même la couronne qui 
y était déposée et la plaça sur sa tête. Puis de sa main, il couronna Tlm" 
pératrice. 

Avant d'entonner le Te Deum, l'abbé Cessens, debout sur les 
marches du trône, donna le signal des acclamations en criant de sa voix 
la plus forte: 

«Vivat Imperatcr in aeternum!» Et, les cris prolongés de «Vive 
l'Empereur!» retentirent de toutes parts et se répercutèrent aux quatre 
coins de la place. 

Un somptueux repas s'ensuivit; et, pendant huit jours consécutifs le peu- 
ple en liesse célébra Soulouque et son Empire. 

Pour perpétuer le souvenir de cet événement, on ordonna, par une loi 
l'érection d'une chapelle sur l'emplacement où la cérémonie du sacre avait 
eu lieu. 



QUESTIONNAIRE 

Quelle était la pensée de Soulouque au sujet de ^ TEst ? 

Faites le récit de la bataille et de la retraite d'Ocoa. 

Que fit Soulouque une fois rentré après la retraite d'Ocoa> 

Parlez de la trêve de 1851 . 

Quand eut lieu le sacre de Faustirt 1er? 

Parlez de la nouvelle campagne de l'Est? 

Comment Soulouque perdit 'il le pouvoir? 



HISTOIRE D'HAÏTI IH 

CHAPITRE XXVIII 
Cxouvernemcnl de Gejfrard (1859- 1867) 

lo FABRE GEFFRARD-LE COMITE REVOLUTION- 
NAIRE DES GONAIVES ABOLIT L'EMPIRE ET RETABLIT 
LA REPUBLIQUE.- Le 20 janvier 1859, Geffrard prêta ser- 
ment devant le sénat. 

Le nouveau chef d'Etat ne nmanquait pas d'intelligence. Il 
était, en outre, animé d'excellentes dispositions. 

Mais, plein de vanité et de présomption, il dédaignait tou- 
jours les conseils de ses amis, se figurant que par la seule force 
de son esprit, il pouvait, en un tour de main transformer Haïti, 

2o CONSPIRATION PROPHETE.-Il y avait à peine huit 
mois que Geffrard était installé au pouvoir qu'une vaste cons- 
piration s'ourdît contre lui. 

Un de ses anciens ministres, le général Qmrrier ProphhU 
en était rorganisateur. 

Les complices étaient recrutés parmi lès anciens partisans 
de l'Empire alliés aux ennemis que Geffrard s'était créés par 
son profond dédain de l'opinion publique. 

3o ASSASSINAT DE CORA GEFFRARD (Mme. Blanfort). 

Quelques uns des conjurés en voulaient directement à la 
personne de Geffrard qu'ils conçurent le projet d'assassiner. 

Sachant que chaque soir le Président allait rendre visite à 
sa fille nouvellemnt mariée, ils ^ se postèrent en embuscade 
aux abords de la maison de celle-ci dans la soirée du 3 Sep- 
tembre 1859. 

L'heure passait et Geffrard n'arrivait pas. 

C'est alors qu'il vint à l'un des forcenés l'infernale idée de 
tuer la malheureuse jeune femme, se disant que, affolé par 
«cette nouvelle, le père ne manquerait pas d 'accourir sur les 
liewx. 

Le bandit s'approcba de la persienne, coucha en joue Mme. 
Blanfort et froidement l'abattit. 



112 HISTOIRE D'HAÏTI 

4o VENGEANCE DE GEFFRARD.- Ce crime horrible 
fournit à Geffrard l'occasion de se débarrasser, avec des appa- 
rences de légalité, d'un grand nombre de suspects. 

On rendit complices de cet assassinat 25 citoyens qui furent 
livrés à la justice militaire. 

Seize d'entre eux, condamnés à mort, furent exécutés f 16 
Octobre 1860;. 

5o PERIL DOMINICAIN.-Sous Geffrard, le 18 Mars 1861 
un événement d'une exceptionnelle gravité se produisit dans 
la partie de TEst. 

Le Président dominicain Pedro Santana, avait remis son 
pays sous la domination espagnole. 

Ce fait donna lieu à une protestation de notre part. Les 
patriotes dominicains, soutenus par le gouvernement haïtien 
réussirent à chasser les espagnols (Avril 1865). 

6o AFFAIRE RUBALCAVA.-Uattitude des Haïtiens dans 
les derniers événements survenus dans l'Est irrita l'Espagne à 
un point tel qu'elle dérêcha, peu à près, dans les eaux de Port- 
au-Prince, l'amiral Rubalcata, Celui-ci lança au Président 
Geffrard un ultimatum et obtint une indemnité de 25.000 dol- 
lars. (Juillet 1865). 

7o CONSPIRATIONS DIVERSES.- REVOLTE DE SAL- 
NAVE (Mai 1865).- Aucun gouvernement n'eut, plus que celui 
de Geffrard, à lutter contre la fréquence des conspirations. 

C'est toujours dans le sang que Geffrard, impitoyablement 
les étouffa. 

En Juin 1862, quatorze citoyens sont fusillés aux Cayes après 
une tentative de révolte ayant pour chef* le général Salomon 
Aîné. 

L'année suivante, (Avril 1863) Aimé Legros, un de ceux qui 
contribuèrent le plus à l'arrivée de Gefhard à la présidence 
est exécuté avec seize de ses complices pou; avoir essayé de sou- 
lever TArtibonite. Lamy Duval et les citoyens P. Elie, 
Vigne, Petit Joseph sont condamnés, accusés de complot, contre 
le gouvernement, 

La plus sérieuse de toutes ces révoltes fut celles de Salnave 
qui se rendit maître du Cap le 9 Mai 1965. 



HISTOIRE DHâIT! lîi 

Bo BOMBARDEMENT DU CAP PAR LE ^*BULL-DOG". 

Geffrard lança aussitôt ses troupes contre les rebelles. 

Divers assauts furent donnés à cette ville qui demeura im- 
prenable. 

Bientôt un grave conflit surgit entre les insurges et le consul 
anglais. 

L'agent britannique n'hésita pas À faire bombarder le Cap 
par la canonnière Bull-Dog et la Gelai era dans k matinée du 
23 Octobre 1863. 

Geffrard qui, selon toutes les apparences, s^ était concerté à 
ce sujet avec le consul, profita du bombardement pour livrer 
un assaut décisif à la ville qu'il réussit enfin à enlever^ 

%CHUTEDEGEFFRARD.-- Apartir de ce moment, les 
prises d'armes devinrent de plus en plus fréquentes^ 

Aux Gonaives Victorin Chevallier et Galumette Miche! 
s'emparèrent de l'Arsenal, des conjurés attaquent le palais 
national et l'arsenal de St-Marc, Un incendie éclata à Port-a^u- 
Prince, consuma tout le quartier avoisinant la Place. Gcf{ra.rd 
et détruisit les Archives de plusieurs administrations publiques 
(19 Mars 1866). Le 12 Septembre, une forte explosion eut lieu 
à l'Arsenal où il y avait plus de 1 5,000 barils de poucte. 

L'esprit de mutinerie envahit même le corps des Tirailleurs 
sur le dévouement duquel le Président croyait pouvoir tou- 
jours compter* 

Sentant alors qu'il ne pourrait pas tenir tête à Torage^ il 
s'embarqua clandestinement pour la Jamaïque dans la nuit 
du 13 Mars 1867o 

lOo APPRECIATION DU GOUVERNEMENT DE GEF. 
PRARD,— Jamais gouvernement ne comprit mieux que celui 
de Geffrard, la necessilé de vul^atiscr t instruction. 

Il multiplia partout les écoles primaires, réorganisa l'école 
de Médecine et de Pharmacie, le lycée Pétion, fonda les écoles 
de Droit, de Dessin, de Musique, de Peinture, d'arts et Métiers» 
etc. 

Il ne s'arrêta pas là. Il envoya aussi des jeunes gens faire 
leurs études en France aux frais de TEtat. 

Il a été aidé dans cette tâche civilisatrice par ses ministres 
de l'Instruction Publique; Damier qui, partisan énergique de 



114 HISTOIRE D'HATI 

l'obligation scolaire, allait recruter les élèves jusque dans les 
marchés et Elie Dubois, homme d'une réelle valeur, qui donna 
la plus sérieuse organisation à nos écoles, Marius Jn-Simoo 
et Thomas. 

C'est sous Geffrard que fut signé avec le Saint-Siège le Ccn- 
cordai en 1860, traité qui règle Texercice de la religion catho- 
lique, apostolique et romaine en Haïti. Les Pères du St- 
Esprit fondèrent le Petit-Séminaire Collège St-Martial qui 
ne tarda pas à prendre de l'importance. Vers 1864 s'établirent 
en Haïti, les Frères de l'Instruction Chrétienne et les Soeurs^ 
de St-Joseph de Cluny, ce ne fut qu'en 1875 que les Soeurs 
de la Sagesse arrivèrent à leur tour. Monseigneur Testard 
Ducosquer nommé Archevêque de Port-au-Prince en vertu 
du Concordat fut sacré le 18 Septembre 1863. La discipline 
et la fenuc de l'armée haïtienne faisaient, à cette époque,, l'ad- 
miration de tous. 

ELn novembre de Tannée 1864 la République d'Haïti signait 
un traité avec les Etats-Unis de TAimérique du Nord et con- 
cluait un traité d'amitié et de commerce avec la République 
du Libéria. 

Malheureusement le système financier de ce gouvernement 
ne différait pas beaucoup de celui de Soulouque en ce sens 
qu'on augmentait démesurément les dépenses sans faire atten- 
tion aux recettes. 

Aussi résulta-t-il de cet état de choses, vers la fin de la pré- 
sidence de Geffrard, un malaise général dans les affaires. 

LECTURE: MOUVEMENT INTELLECTUEL ET POLITIQUE 

SOUS GEFFRARD 

Jamais encore dans fe pays on avait poussé si loin la discussiort 
des problèmes sociau^x. Jamais on avait envisage le& besoins de 
la Patrie sous un aspect plus grandiose et pks lafge, 

«Le Progrès», journal politique, littéraire et industriel, entrait dans fa ïi- 
ce sous l'égide protectrice de cette épigraphe: La liberté de la presse est le 
palladium des libertés publiques^ 

Dès le premier numéro, ce noble coeur qui avait nom E. Heurtelou se 
posait les questions suivantes: 



HISTOIRE D'HAÏTI ' 115 

«De toutes les révolutions que notre pays a traversées depuis 1843 
jusqu'au 22 Décembre 1858, quel bien en a-t-il retiré en définitive? 
Quelles sont les conquêtes matérielles et morales qu'il a obtenues ? Dans 
quelle branche du service public peut -on constater les moindres améliora* 
tions ? Les libertés publiques que l'expérience des siècles a reconnues 
comme la base la plus inébranlable, la plus indestructible pour asseoir 
l'avenir de toute société humaine, avons-nous réussi à nous les appro- 
prier réellement dans ces ciiutes successives et violentes de nos divers 
gouvernements, 

Mv Montfleury débuta dans la carrière du journalisme indépendant 
par un article de cinq colonnes où, à propos de l'instruction et de la 
morale publique, il passait en revue Dessalines» Pétion, Christophe» 
Boyer, Soulouque .,, 

Victor Hugo, de la terre d'exil» écrivait à ses concitoyens de la 
îa République Universelle, MM. Prosper Elie, J. Paul aine et L. Audain? 

«J'aime votre noble République; j'aime votre pays. Dites-le iui>\ 

Sur k scène» c'est-à-dire à la salle John Hepburn, Mme. Gallon 
se faisait applaudir dans les Diamants de la Couronne et dans la 
Fille du Régiment, 

«Le Progrès>^ ouvrait une souscription aux oeuvres de M. de La* 
martine .», 

Le 14 Septembre 1860 on jouait le Misanthrope à l'Ànse-à'-Veau .»» 

Le Conseil Communal faisait éclairer au gaz les rues du Quai et 
de l'Arsenal » ; 

Le Président d^Haîti accompagne des Secrétaires d'Etat J» Paul, 
L» Obas» J, Bance, et V» Lizaire, ouvrait la première session de la 
10e» Législature» 

Cette Législature qui a remué tant d'idées» passionné tant d*esprîts, 
soulevé tant d'orages, occupe une place importante dans Thistoire 
contemporaine» Acclamée par les uns, décriée pir les autres, elle est 
restée ^.en définitive une des joutes les plus brillantes que l'esprit 
national ait jamais enfantées. Guidés par des orateurs Intelligents, 
elle rallia autour d'elle tout ce que le pays renfermait de pUr, d'hon* 
nête, de sincèrement patriote» Elle-même, elle fut dans son oppO" 
sition, dans sa lutte de chaque jour contre les abus, dévouée au 
progrès et au bonheur de la Patrie» Produit d'une élection vraiment 



U6 HISTOIRE O'HAITî 

populaire, elle s'inspira des so\iffles gsénéreux c|ui animaieiit \-à nation. 
Elle ne Cit pas son progransmef elle le reçut tout fait de l'esprit public 

F. MàRCELÏN 
{DtïCets-Hyppolite, Son époque. Ses oeupvres. 



QUESTIONNAIRE 

Que sat'èX-irdus' du caractère du succeâsetar de Soulôoque?' 

Ptiirlez de la conspiration Prophète.. 

De quel attentat affreux fut vietime 1» fille de Geffrard > 

Comment Geffrard se vengfeâ-t-il de ce crime ? 

Quel fait eut Iku en Dominicanie au mois de ïHarà 1861 9^ 

Quel démêlé nous valut notre attitude à l'égard des affaires dominicaines? 

Quelle est celle qui mit le plus en pérfl le pouvoir de Geffrard "^ 

Parlez du bombardement du Cap ? 

Comment Geffrard fut-il contratint d'abandonner le pouvoir ? 

Donnez votre appréciation sur le gouvernemeiit de Geffrardc 



yv»»00» > ySi^%»isOq«j»W 




Nissage Saget 



Michel Domingue 



HISTOIRE D'HAÏTI 117 

CHAPITRE XXIX 
Salnave (1867-1869) — Guerre des Cacos, 

1o SALNAVE PRESIDENT.- Après le départ de Gcffrard, 
un gouvernement provisoire présidé par le général Nissage- 
Saget eut la direction des affaires. 

Appelé à y siéger, Salnave fit son entrée à la capitale le 27 
Avril 1867, au milieu des frénétiques acclamations du peuple 
qui, quelques jours après, lui déféra le titre de Protecteur de 
la République^ Le Général Salnave choisit des citoyens pour 
l'assister : Ménélas Clément, Ovide Cameau, Linstant de Pra- 
dines, André Germain, M. Lafontant. 

'^ Le 14 Juin 1867 l'Assemblée Constituante vota une cons- 
titution et nomma Salnave Président pour 4 ans. 

20 REVOLTE DES CACOS.-Peu de temps après rélection 
de Salnave, un mouvement insurrectionnel se produisit dans 
les parages de Vallière et de Mombin-Crochu. 

Les révoltés étaient dès paysans que Ton désignait sous le 
nom de Cacos. Ils avaient à leur tête Robert Noël, le général 
Nord Alexis, chef du département du Nord réussit à les sou- 
mettre, mais ils se soulevèrent de nouveau et ' Salnave partit 
pour le Nord, décidant de diriger lui-même les opérations 
contre les cacos. 

3o L'AFFAIRE MONTAS.-Lc généra! Léon Montas com- 
mandait, sous Geffrard, le département du Nord. 

Soupçonné d'entretenir des rapports avec les cacos, il fut 
emprisonné au Cap. 

Sa femme adressa une pétition à la Chambre pour attirer 
Tattention de TAssemblée sur cette violation flagrante et bru- 
tale de la liberté individuelle. 

Une interpellation fut produite par le député Armand Thoby 
à la suite de laquelle le gouvernement organisa le 14 Octobre 
1867 une manifestation populaire contre les représentants 
du peuple qui furent chassés et les portes du palais législatif 
furent clouées. Quelques mois plus tard le général Montas 
mourut en prison. 



118 HISTOIRE D'NAITI 



4o GUERRE DES CACOS ET DES PIQUETS.- Salnave 
par sa bravoure et sa bonhomie, était l'idole des masses popu- 
laires auxquelles d'ailleurs il témoignait une sympathie très 
profonde. 

La haute bourgeoisie, outrée par les scènes démagogiques 
dont la capitale était le théâtre, fournit à la révolte de sé- 
rieux encouragements . 

Des foyers révolutionnaires s'allumèrent tant dans l'Artibo- 
nite que dans le Sud. Le général Nissage Saget prit les armes 
à St. Marc, le général Pétion Faubert à Léogane, le général 
Normil à l'Anse-à-veau, le général Boisrond Canal souleva 
Pétionviile et la Croix-des-Bouquets. 

Sur ces entrefaites, les piquets réapparurent et se groupèrent 
autour de Salnave. % 

De part et d'autre, la guerre fut poursuivie avec un égal 
acharnement. Dans les villes comme dans les campagnes, on 
promena l'incendie et la désolation, 

5o LA DEBACLE.- BOMBARDEMENT DU PALAIS NA- 
TIONAL DE PORT-AU-PRINCE.- Fortement secondé par 
les piquets, Salnave guerroya avec beaucoup de succès pen- 
dant toute Tannée !868. 

Vers le milieu de 1869, les événements tournèrent à l'avan- 
tage des cacos. 

Les revers commencèrent pour Salnave. C'est d'abord deux 
navires achetés par les insurgés qui furent opposés à ceux du 
gouvernement, "Le Mainate' et ''l'Alexandre Pétion '\ Le 
Général Victorin Chevalier qui commandait Gonaïves, ayant 
reçut l'ordre d'assiéger Jacmei, passa à l'ennemi le 4 Novem- 
bre. L'armée de Nissage Saget occupa le Cap-Haïtien, le 14 
Novembre. 

Salnave se fait nommer Président à vie. Il essaie de rétablir 
des mesures financières. La gourde perd toute valeur par une 
émission trop abondante du papier monnaie. Il faut près de 
mille gourdes pour un dollar. 

Le samedi 18 Décembre, vers 3 heures du matin, les géné- 
raux Boisrond Canal et Br/ce, à la tête d'une expédition de 
1.200 hommes, opérèrent un débarquement à la capitale. 



HISTOIRE D'HAÏTI II9 

Le lendemain, le navire de l'Etat La Terreur dont les cacos 
s étaient emparés ouvrit le feu sur le palais national qu'il fit 
bientôt sauter. Un gouvernement provisoire fut constitué avec 
Nissage Saget comme Président et Domingue vice-président 

60 FUITE DE SALNAVE.- Salnave avait abandonné le 
palais qjielques, minutes avant l'explosion. 

Son intention était de se rendre au fort Alexandre qui do- 
mine la ville afm de tenter une suprême résistance, mais déià 
lothcier qui en avait le . commandement, Sêïde Télémarque 
avait arboré le drapeau blanc. • . 

Le désespoir dans l'âme, le Président prit la route *de Pétion- 
ville d ou il gagna, par les montagnes, les frontières domini- 
caines. 

70 ARRESTATION ET MORT DE SALNAVE.- Alors 
qui se croyait hors d'atteinte de ses ennemis, Salnave fut 
arrête par le gênerai dominicain Cabrai qui le livra avec cinq 
de ses conipagnons ( St. Lucien Emmanuel, Uly.se Obas 
Er '^^"'u^lf^f'^ .Delva, Pierre Paul Eriê ) aux'^utorités 
haïtiennes. Ces derniers furent fusillés à la Croix-des-Bou- 
quets le vendredi 14 Janvier 1870. Ils moururent avec courage 

Unduit à Po rt-au-Prince, l'infortuné chef d'Etat fut traduit 

rn^n""!-'" "^^';^°'"*'°""^'^« P''«'^é par le général Lor- 
quet. Un 1 accusa d mcendie, de meurtre, etc. 

Apres une délibération de trois heures, on rendit centre lui ' 
une sentence de mort. 

Salnave fut fusillé sans délai le samedi 15 Janvier à 6 heures 
'" soir, sur les ruines du palais national. 



LECTURE : BRAVOURE DE SALNAVE 

égendTIn ^^^^^ ^'"^^î ^^^^^ bravoure qu'on serait tenté de croire à une 
'vait uZ ^^°"?^^*^ ^^ ^^c^t des faits d'armes extraordinaires, si on n'en 
'é. laFr.n''°"''^'''^'?n^ P'^^^'^' ^^ '"^^^ qu'après les Turenne et les Con- 
'-uerre A^^ ^^"^V-^ f P"*^ ^ ^°^^ ^^ Bonaparte un demi-dieu de la 
''ous ;^^^"'^^^/ intrépidité de Salnave subjugue les esprits autour de lui. 
*'ent à la ^^^ 1 ^^^\^}^^^ se sentaient électrisés et oublaient qu'ils cou- 
^ la mitrain ^]''!"L'^'' ' affrontaient, à sa voix et à son exemple, le plomb 
«^nie. IVJaiheureusement, il n'était nullement préparé pour exer- 



!20 HISTOIRE D'HAÏTI 

cer le pouvoir; et il ne vit qu'une chose dans la haute situation qu'il oC' 
cupait au palais national que son rôle héroïque de général en chef de Tar' 
mée haïtienne pourvu qu'il trouvât Toccasion de l'exercer dans tout l'éclat 
de sa vaillance guerrière, il se sentait à son aise : il était heureux. 

ANTENOR FIRMIN 



QUESTIONNAIRE 

» 

Que se passa-t-il après le départ de Geffrard ? 

Quelle révolte eut lieu peu de temps après l'élection de Salnave 7 

Que savez-vous de l'affaire Montas ? 

Racontez succinctement la guerre des cacos et des piquets. 

Que savez-vous de la débâcle 7 

Dans quelle circonstance le palais national fut-il bombardé ? 

Où Salnave s'enfuit-il ? 

Parlez de l'arrestation et de la mort de Salnave. 



/ 



HISTOIRE D'HAÏTI 12Ï 

CHAPITRE XXX 
ijouvernement de Nissaie Sa^tl 

lo GOUVERNEMENT PROVISOIRE.- Le gouvernement 
provisoire dont Saget fut président et DomingUc vice-président 
prit diverses mesures. Il nomma un conseil consultatif qui fut 
transformé plus tard en Conseil d'Etat. Il interdit la circula-» 
tion des billets de Salnave et rétablit la Constitution de 1867. 

20 ELECTION DE NISSAGE-SAGET,- Au rétablissement 
de la paix, le général Hissage-Saget fut élu Président pour une 
période de quatre années, le 19 Mars 1870. 

C'était un esprit très large, un caractère droit et conciliant. 

3o LE PARLEMENT.-RETRAIT DE PAPIER.MONNAIE. 
—Le Parlement qui, à cette époque comptait dans son sein des 
hommes de haute valeur, tels que Boi/e?-Bû2e/a/s, Edmond 
Paul, le Dr. Louis Audain, c/c... consacra son intelligente activité 
à élaborer des lois relatives à la réorganisation des services 
publics. 

La loi du 15 Juin 1870 interdit toute nouvelle émission de 
papier monnaie. 

Pour améliorer la situation financière du pays, le parlement 
autorisât en 1875 un emprunt Je 800.000 (/o/Zars» afin de faire 
le retrait du papier*monnaie qui, pendant le gouvernement de 
Salnave avsdt été émis en abondance à raison de 300 gourdes 
pour un dollar. 

La monnaie des Etats-^Unis de l'Amérique du Nord et nôtre 
monnaie en cuivre furent les seules en cours daiqs le pays ( loi 
du 15 Juillet et celle du 24 Août 1872 ). 

4o TENTATIVE D^ANNEXION DE LA DOMINICANIE.- 
Après Sanlana, deux autres chefs d*Etat dominicains, Cahrat 
et Bac2, signèrent tour à tour avec les Américains un projet 
d'annexion; mais, le Sénat américain rejeta ce traité. 

5o LE CAPITAINE BATSCR- Dans le courant de Juin 
Î872, le pays fut victime d'un inqualifiable abus de la force» 



122 HISTOIRE D'HAÏTI 

Le capitaine Satsch, de la marine allemande vînt réclamer 
au nom de son gouvernement, une forte indemnité en faveur 
de deux sujets allemands qui avaient subi des dommages pen- 
dant la gueiTe des cacos. 

Il s'empara brutalement de deux de nos avisos ancrés dans 
la rade de Port-au-Prince et n'accepta à les remettre qu'après 
paiement d'une somme de 15.000 dollars. 

60 INSURRECTIONS.- PLUSIEURS TENTATIVES DE 
PRISES D'ARiMES.-On attaqua l'arsenal de Port-au-Prince 
le 2 février 1870. Au Cap, le 15 Mars 1874, Cinna Leconte fut 
fusillé; aux Gonaïves, dans la nuit du 3 au 4 Mars 1873, aux 
cris de : Vive Gallumette, vive Salomon une trentaine d'hom- 
mes prirent les armes mais il furent arrêtés et fusillés. 

70 EXPIRATION DU MANDAT DE NISSAGE.-Le Pré- 
sident Nissage put, en ^sant de beaucoup de modération et 
de tact, atteindre le terme de son mandat. 

Le 15 Mai 1874, ^il remit le pouvoir au Conseil des Secré- 
taires d'Etat après avoir repoussé le voeu du Sénat qui le sol- 
licitait de continuer ses fonction? jusqu'à l'élection de son 
successeur. Le Président alla s'établir à St. Marc sa ville natale, 

80 DOMINGUE GENERALISSIME DE L'ARMEE.- Dans 
le but visible de faciliter l'accès du pouvoir à Domingue, 
Hissage, à la veille de l'expiration de son mandat, avait fait 
venir ce général à Port-au-Prince et lui avait confié le corn- 
cnandement en chef de Tarmée haïtienne. 



LECTURE r NfSSACE-SAGET 

Depuis longtenîps je brûlais du désir de voir et d^âpprocKer Nissage, ce 
lief d'Etat de qui les uns disaient que c'est un fou, les autres un sage. 

-e Président est un homme de taille moyenne qui malgré ses cheveux blancs, 
î me f aràî- jpas avoir de beaucoup dépassé la cinquantstine. Il porte un front 
iut et plissé où brilletit des yeux petits, vifs et secs, arqués d'épais 
uiTcils; une barbe broussailleuse, coupée de fortes moustaches retombantes 
icadre son visage d'aspect plutôt triste. Des gestes nerveux et brusques 
1 font un ensemble physique, qui, à première vue, donne l'impressiori 



HISTOIRE D'HAÏTI 123 

qu'on a devant soi un être étrange et rébarbatif, un vieux militaire gro- 
gnard. 

Il parle avec volubilité en faisant, plus que de raison, rouler les r 
scandant chaque syllabe avec une intonation légèrement hasillarJe à la façon 
des Marseillais. 

On a prétendu que la longue détention qu'il subit durant le règne de 
Soulouque aurait quelque peu déséquilibré son cerveau. Je n'en crois rien. 

ELsprit avisé et plein de finesse, doué d'une clairvoyance politique ac- 
quise par l'expérience et une observation sans cesse renouvelée, Nissage 
considère avec bonhomie et scepticisme le jeu des passions humaines, dé- 
mêle avec une rare perspicacité, les motifs et les mobiles d'action des uns 
et des autres. De là, ses singularités de langage et d'expression, le jaillis- 
sement de ses saillies qui éclatent comme des fusées. 

Au fait, Nissage a toutes les apparences d'un homme de coeur, d'un bon 
citoyen. C'est, en outre, le véritable Président constitutionnel. Il admi- 
nistre et laisse au Parlement le soin de légiférer et de contrôler. 

Une de ses maximes pittoresques qui montre comment il entend et pra- 
tique la séparation des pouvoirs est celle-ci : Que chaque bourrique hennisse 
dans son pâturage! Telle est la réponse invariable qu'il adresse à ceux 
qui sollicitent d'empiéter sur les attributions des uutres Pouvoirs de l'Etat, 

Aux chercheurs de situations, à ceux-là qui, sans se donner aucun ma!, 
veulent s'enrichir au détriment de la collectivité et qui accablent le chef 
de l'Etat de demandes de faveurs, celui-ci lance cette phrase typique : 

«Demandez-moi des épauîettes, je vous en donnerai autant que vous 
voudrez. Quant à la clef du trésor, vous ne l'aurez jamais». 

Note tirée du CARNET HISTORIQUE D'UN CONTEMPORAIN 



QUESTIONNAIRE 
» 

Après Salnave, qui fut élu Président ? 

A quoi se livra le Parlement de cette époque ? 

Quel projet eurent Cabrai et Baez à l'égard de leur pays ? 

Que savez-vous de l'affaire du capitaine Batsch ? 

Qu'arriva-t-il à l'expiration du mandat de Nissage ? 

Dans quel but Domingue fut-il nommé généralissime de l'armée 7 



124 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXXI 

GouPern entent de Domingue-Rameau (1874-1876) 

1o AVENEMENT DE DOMINGUE-Une Assemblée Cons^ 
tltuante, élue sous une forte pression militaire, nomma Michel 
Domingtie à la première Magistrature de TEtat, le 1 1 Juin 
1874(1). 

Le successeur de Ni$sage joignait à un esprit faible, un 
tempérament violent. 

Pendant la guerre des cacos, il avait déployé dans le Sud 
contre les partisans de Salnave, une féroce énergie, 

ZoSEPTIMUS RAMEAU -Domingue n'était président que 
de nom: le véritable chef d'Etat était son neveu Septimus 
Rameau f qu'il avait choisi comme vice-Président. 

3o TRAITE DOMINICANO-HAITIEN.-Le gouvernement 
de Domingue conclut, en Novembre 1874, un traité de paix 
et d'amitié avec la Dominicanie. 

Par l'article 4, les deux pays s'engagèrent formellement à 
établir, de la façon la plus conforme à F équité et aux intérêts 
réciproques des deu% peuples les lignes irontihres qui séparent 
leurs possessions actuelles. 

4o LES EMPRUNTS.— La présidence de Domingue se si- 
gnala par des emprunts qui eurent pour résultat la ruine de 
notre crédit à Tétrangcr. 

Le plus scandaleux et dont le pcids a pesé longtemps sur 
le pays fut celui de Mars 1875- 

D'après la loi du 19 Février qui l'autorisait, cet emprunt 
était, en partie destiné à solder la dette de T Indépendance. 

Le reste devait être employé à l'exécution des divers grands 
travaux publics. Mais on dilapida les fonds de l*Etat» 

Rien de tout cela ne fut, réalisé, . 



( 1 ) Lectures Comment Domingue arfivâ au pouvoir est à étudier en s^fâ 
entier. 



HISTOIRE D'HAITI 125 

5o AFFAIRE BRICE-MOMPLAISIR-PIERRE.- Les ci- 
toyens Brice, Momplaisir Pierre et Boisrond-Cânal, anciens 
alliés de Domingue contre Salnave, étaient depuis quelque 
temps, tenus pour suspects par le gouvernement. 

Le îer. Mai 1875 Domingue ordonna l'arrestation de ces 
trois généraux qu'on lui désignait comme les chefs d'un com- 
plot qui se préparait. 

Tandis que Boisrond-Canal se réfugiait au consulat améri- 
cain, Brice et Momplaisir Pierre, chacun de son côté, enga- 
gèrent désespérément la lutte contre les soldats chargés de 
les arrêter. 

Brice reçut une blessure des suites de laquelle il mourut au 
consulat espagnol où il s'était à la fin retiré. 

Quant à Momplaisir, on n'en vint à bout qu*après avoir 
mitraillé sa maison. On le trouva mort: il s'était brûlé la cer-, 
velle pour ne pas tomber vivant aux mains de ses agresseurs. 

Peu de temps après l'affaire de Momplaisir Pierre, un décret 
expulse du territoire de la République quarante trois citoyens 
accusés de conspiration; 17 autres furent condamnés à mort. 

Le 7 Mars 1876, le général Louis Tanis donne le signal de la 
révolte à Jacmel. Il fut imité à l'Arcahale et à la Croix-des- 
Bouquets. Pour combattre les rebelles de l'Arcahaïe, on envoya 
le général Lorquet: il est abandonné par ses troupes. Le 1 5 Avril 
la révolte arrive à Port-au-Prince; le palais est assiégé. 

6o CHUTE DE DOMINGUE.- (15 Avril 1876).- L'impopu- 
larité du gouvernement devint si grande que Rameau ne se 
sentit plus en sûreté à Port-au-Prince. Il conçut alors le projet 
de transférer le siège du gouvernement aux Cayes. 

Dès le 10 Avril, il commença à charger un navire des valeurs 
en espèces contenues dans les caves du trésor. 

Les allées et venues de5 lourds charriots qui déposaient sur 
les quais des caisses d'un poids considérable ne manquèrent 
pas d'éveiller la curiosité et les soupçons du public. 

Comme une traînée de poudre, le bruit se répandit que 
Domingue et Rameau allaient s'enfuir avec le trésor de l'Etat. 

Aussitôt, sur tous les points de la capitale, les citoyens cou- 
rurent aux armes le 15 Avril. Le Président et son neveu 
n'eurent que le temps de se mettre sous la protection du mi- 
nistre de France et du Consul d'Espagne. 



126 HISTOIRE D'HAÏTI 

7o MORT DE RAMEAU.- Au milieu des cris de mort hur- 
lés par la foule en délire, les agents diplomatiques, à pied 
accompagnaient Domingue et Rameau. 

Au détour d'une rue» quelqu*un, s'étant approché le plus 
près possible du cortège, logea à bout portant une balle à Sep- 
timus qui s'affaissa comme une masse. 

Domingue put, malgré les nombreux coups reçus, s'embar- 
quer pour la Jamaïque. 

80 MORT DE LORQUET.- Le Lendemain de cet événe- 
ment, le commandant du département de l'Ouest, le général 
Lorquet, contre qui on avait de nombreux griefs fut traqué 
par ses ennemis. 

Il reçut la mort dans sa propre maison. 



LECTURE. COMMENT DOMINGUE ARRIVA AU POUVOIR 



Le Corps Législatif, réuni en Avril 1874, devait se constituer en As- 
semblée Nationale pour élire le Nouveau chef de F Etat. 

Michel Domingue, l'ancien Président du Département du Sud, se 
croyait un droit acquis à la succession de Nissage Saget. Celui-ci désirait 
aussi son avènement. Les libéraux crurent pourtant habile d'opposer 
la candidature du général Pierre Momplaisir-Pierre à celle de 
Michel Domingue. A la Chambre et au Sénat, ils disposaient d'as- 
sez de voix pour, sinon assurer le triomphe de leur candidat du 
moins contrarier celui de leur adversaire. Mais Septimus Rameau, 
alors député des Cayes, aidé des amis de Nissage Saget déjoua leurs 
calculs. Il provoqua à la Chambre un débat sur la validité de l'élec- 
tion de M. Boyer Bazelais, député de Port-au-Prince et principal sou- 
teneur de la candidature de Momplaisir Pierre, La Chambre don- 
na tort aux partisans de Dorningue et vota la validation de Boyer 
Bazelais. Septimus Rameau et ses amis quittèrent la Chambre et 
n'y reparurent plus, créant ainsi ce qui fut appelé la dissidence. Mis 
en minorité, ne pouvant réunir le quorum constitutionnel, les députés du 
groupe libéral ne purent se livrer à aucun travail législatif. 

Sur ces entrefaites arriva le mois de Mai, terme du mandat du Prési- 
dent de la République, Le Sénat et les députés présents à 
Port-au-Prince invitèrent Nissage Saget à garder le pouvoir jusqu'à 



HISTOIRE D'HAÏTI 127 



réîection de son successeur. Le Président repoussa cette offre et, 
le 1er. Mai 1874, il remit l'autorité executive au Conseil des Secré- 
taires d'Etat, Il avait auparavant nommé Michel Domingue com- 
mandant en chef de l'armée haïtienne: c'était lui livrer le pouvoir. 

Le 20 Mai, l'ex-Président se retira à Saint-Marc laissant aux 
Chambres et à Michel Domingue le soin de s'arranger. 



J. N. LEGER 
(Haïti, son histoire et ses détracteurs) 



QUESTIONNAIRE 



Comment Domingue fut-il nommé Président et quel était le tempéra- 
ment de ce chef d'Etat? 
Domingue était-il de fait Président ? 
Quand fut conclu le traité dominicano-haïtien ? 
Par quels faits financiers se signala la présideiKe de Domingue ? 
Racontez l'affaire Brice-Momplaisir Pierre. 
Parlez de la chute de Domingue. 
Comment mourut Rameau ? 
Quel sort eut le général Lorquet ? 



128 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXXII 
Boisrond Canal— Libéraux ci Nationaux 
1876-1879 

10 BOISROND CANAL PRESIDENT.- A la chute de Do- 
mingue, les candidats en présence étaient Boisrond Canal et 
Boyer Bazelais. 

Toutes les chances paraissaient être du côté de ce dernier 
lorsque, par un coup de théâtre, l'Assemblée Nationale accorda 
ses suffrages à Canal ( 17 Juillet 1876 ). 

2o LE PARLEMENT ET L'EMPRUNT-DOMINGUE.- Les 
débuts de la présidence de Boisrond Canal furent assez pé* 
nibles. 

Le nouveau gouvernement essaya de renier le fameux em- 
prunt de 1875. Mais, sur la menace d'une rupture de relations 
que nous fit la France, le parlement se vit contraint de recon- 
naître cet emprunt comnve dette publique. ( 11 Juillet 1877 J. 

30 LES PARTIS POLITIQUES.- Sous Boisrond, il y eut à 
la Chambre deux partis politiques; le parti libéral a-ydint pour 
chef Boyer Bazelais et le parti national que dirigeait Delorme. 

Le parti Hbéral inscrivait en tête de son programme ; le pou- 
voir aux plus capables. 

Le parti national avait pour cri de ralliement : le plus grand 
bien au plus grand nombre. Il était nettement opposé à la 
candidature présidentielle de Bazelais. Les libéraux étaient 
désunis, ils s'étaient divisés en deux groupes ; les bazelaisistes, 
et les partisans de Boisrond Canal, les libéraux canalistes. 

40 INSURRECTION DES LIBERAUX.- Dans l'espace de 
quinze mois, de Mai 1878 à Juin 1879, Boisrond Canal eut à 
réprimer plus d'une douzaine de prises d'armes entre autres 
celles de Louis Tanis dans l'Ouest et celle de Bien-Aimé dans 
le Nord. La plus sérieuses fut celle qu'organisèrent les libéraux 
et qui éclata à la capitale le 30 Juin 1879 à la suite de coups 
de revolver tirés en pleine Chambre des députés. 

Le Ministre de la guerre, le général Chrysostome François, 
deux frères de Bazelais, le commandant de la garde nationale, 
Desilus Lamour, David Fils-Aimé, Brouard Paret et Auguste 



HISTOIRE D'HAÏTI 129 

Montas furent les victimes les plus marquantes de cette insur- 
rection de quatre jours qui eut la rue Pavée comme théâtre, 

5o DEMISSION DE BOISROND CANAL,- Après ces mal- 
heureuses journées, Boisrond sentant venir du côté du Nord 
et de l'Artibonite de nouvelles bourrasques révolutionnaires, 
se démit de ses hautes fonctions le 17 Juillet 1879. 

60 APPRECIATION DU GOUVERNEMENT DE CANAL- 
Sous le gouvernement de Canal, le contrôle législatif s'exerça 
de la façon la plus rigoureuse. Il eut pour effet de maintenir 
tous les fonctionnaires dans le devoir et d'assurer aux citoyens 
un régime rfe complète liberté. 

Sur toutes choses, on pouvait exprimer ses pensées; la liberté 
électoi'ale était respectée. 

LECTURE: LE FRAGMENT DU DISCOURS 
DU Dr, LOUIS AUDAIN, Président de FAssemblée Nationale 
A BOISROND CANAL ELU CHEF D'ETAT 
Président, 

L'Assemblée Nationale est heureuse de posséder dans son sein le cîto» 
yen qu'elle vient d'appeler librement à la première magistrature de l'Etat, 

Tout à l'heure, obéissant au voeu de la Constitution vous consacrerez 
une acceptation déjà connue en prononçant un serment solenneî en face 
de cette Assemblée, suprême représentation du pays, 
. Ce serment recueilli par la haute civilisation officiellement présente dans 
cette enceinte, vous liera d'honneur par devant la nation et par devant 
l'Univers, . , 

Placé ou vous êtes, redoutez les flatteurs et le« spéculateurs de mau- 
vais aloi, double écueil pour tout homme au pouvoir. , , 

Dans cette foule qui vous acclame si bruyamment au dehors, ne voyez 
qu'un appui mobile; et songeant à l'inconstance de Tonde humaine, ayez un 
étai plus solide. 

Dans ces groupes plus élevés dont les flots sans cesse renouvelés vous 
envahissent, sachez reconnaître et bien distinguer vos amis véritables, vos 
conseillers sincères. Ceux-ci calmes, dignes, réservés, timides même malgré 
leurs droits d'intimes, débitent peu de paroles, disent brièvement la véri- 
té, dénoncent ouvertement, à l'occasion, les ennemis de l'Etat sans jamais 
glisser la calomnie dans l'ombre. Pour eux, la personne du chef est au 
deuxième rang; ce n'est qu'un homme: le Pays passe avant lui. Ils estiment 
un chef pour les réelles vertus qu'il pratique, pour le bien qu'il fait et non 
pour les qualités que lui donnent de vils courtisans. 



]30 HISTOIRE D'HAÏTI 



Vous aurez l'obligation d'être ce qui s'appelle un bon chef d'Etat; c'est 
de nécessité absolue; c'est un devoir impérieusement commandé à côté de 
l'insigne honneur qui vous est décerné. 

Chaque citoyen de ce pays sent bien aujourd'hui ce que doit être un 
chef digne du pouvoir. . . 

Le chef d'Etat par excellence sera celui qui tendra résolument, de bonne 
foi, avec intelligence, à une fusion cordiale de tous les enfants d'Haïti en 
vue du seul bonheur commun. 

Mettez-vous en garde, Président, contre les louanges excessives et pré- 
maturées qui, trop souvent, ont pour effet d'arrêter les bonnes dispositions 
de l'homme, le rendent insupportable en enflant outre mesure sa présomp- 
tion naturelle. 

L'excès des louanges, même les plus légitimes, a surtout du danger pour 
le citoyen, si modeste qu'il soit, qu'on vient de placer dans une position 
éminente. 

Notre jugement à nous ne viendra qu'à la fin de votre administration et 
ainsi ne risquera point de se tromper. 

Mais l'Assemblée Nationale, dès maintenant, se plaît à vous déclarer 
qu'elle fonde sur vous ses meilleures espéreinces, convaincue que vous res- 
terez étroitement dans la voie du bien, guidé par votre honneur et l'amour 
de la patrie. Devant cette Patrie exténuée et sans ressources actuelles qu'on 
vous livre, il importe que vous vous prêchiez à vous-même la somme d'es- 
pérance nécessaire pour éviter le découragement qui mène fatalement au 
laisser-aller. Il faut craindre l'inertie qui dénote l'impuissance et qui, 
dans un chef d'Etat, compromet et le pays et le chef. 

Espérance donc! et courage et volonté ferme pour réussir dans le bien 
qu'il est doux d'accomplir. 

^ ( Fragment du discours prononcé le 19 Juillet 

par le Dr. Louis Audain, président de 
l'Assemblée Nationale, à l'occasion de 
la prestation de serment du 
Président Boisrond Canal ) 



QUESTIONNAIRE 

Que se passa-t-îî après la chute de Domingue ? 

Quelles difficultés marquèrent les débuts de la présidence de Canal ? 

Quels partis se trouvèrent en présence sous Boisrond Canal ? 

Parlez de l'insurrection de la rue Pavée. 

Quelle résolution prit Canal à la suite de cette affaire ? 

Donnez votre appréciation sur le gouvernement de Canal. 



HISTOIRE D'HAÏTI 131 

CHAPITRE XXXIII 

Salomon 1879- 1886- 1888 -Lu «es Civiles de 1883-8^ 

lo GOUVERNEMENT PROVISOIRE.-Pendant la vacance 
présidentielle le Pouvoir Exécutif fut exercé par un 'gouverne- 
ment provisoire présidé par le général Jh. Lamothe, auquel 
était adjoint un Conseil consultatif où figurait le général 
hysius Salomon. 

2oLES LIBERAUX AUX GONAIVES - Dans les premiers 
jours du mois d'Avril 1879, les libéraux qui avaient pris la 
mer après leur malheureuse entreprise de la rue Pavée, ayant 
appris la démission de Canal, mirent le cap sur Port-au-Prince 
afin de venir concourir à la formation du gouvernement pro- 
visoire. 

On les empêcha de débarquer. 

Ils allèrent descendre aux Gonaïves où ils savaient pouvoir 
compter sur un grand nombre de partisans. 

Immédiatement le gouvernement provisoire fit marcher 
contre eux des troupes qui les chassèrent de la ville. 

3o COUP D'ETAT DE SALOMON - Le gouvernement pro- 
visoire prit des mesures tout à fait hostiles au parti libéral 
dont les membres W plus influents furent proscrits. 

Au sein de ce gouvernement le candidat le plus en vue était 
Hcm/on Hérisse. 

Salomon dont le parti à ce moment-là grandissait comprit 
que l'heure était venue de se défaire et du gouvernement pro- 
visoire et de Hérissé. 

Dans la nuit du 2 au 3 Octobre 1879, un coup d*Etat préparé 
par lui fut exécuté brutalement par le général Richelieu Du- 
pcrDfll, commandant de l'arrondissement de Port-au-Prince. 
hamothe et Hérisse furent faits prisonniers. 

Le gouvernement provisoire était dissous et remplacé le 
lendemain par un autre où entrait Salomon. 

ELECTION DE SALOMON.-Le 23 Octobre, TAssem- 
blée Nationale procéda à l'élection de Lysius Salomon comme 
Président de la République et promulgua une nouvelle Cons- 



132 HISTOIRE D'HAJTI 

titution qui portait à 7 ans la durée du pouvoir du chef de 
l'Etat. 

Ancien ministre des finances sous Soulouque, Salomon avait en 
outre longtemps représenté le pays à l'étranger . 

Il était très instruit et doué d'une hawte probité. Ses idées 
politiques lui avaient valu des haines vivaces et vingt-cinq 
années d'exil. 

5o CONVENTION POLITIQUE AVEC LA DOMINI- 
CANIE.— Dans l'intérêt de la paix publique les gouvernements 
d'Haïti et de la Dominicanie signèrent le 14 Octobre 1880, 
une convention par laquelle ils s'engagèrent à garder la plus 
stricte neutralité à l'égard de leur politique intérieure. 

C'est en vertu de cette même convention que Tun et Tautre 
gouvernements peuvent demander l'expulsion des exilés réfu- 
giés sur leur territoire respectif. 

6o LA VARIOLE EN 1881.— Une grave épidémie de variole 
s*abattit en 1881 sur le pays. Les mauvaises conditions d'hy. 
giène et de salubrité publique facilitèrent la propagation du 
fléau qui, pendant toute une année, moissonna nos popula- 
tions tant urbaines que rurales. 

7o PRISES D'ARMES A SAINT-MARC.-EXECUTION 
DES 28.— Salomon effectuait une tournée dans le Sud quand 
un mouvement insurrectionnel se produisit à Saint-Marc pro- 
voqué par le général Mentor. 

Rentré à la capitale, il déclara en état de siège ce dernier 
arrondissement ainsi que ceux de Port-au-Prince et de Jacmel 
et ordonna l'arrestation de tous les suspects. 

Les prévenus, conduits à Saint-Marc, furent livrés à un Con- 
seil spécial militaire qui condamna 48 d'entre eux à la peine 
de mort. 

Sur ce chiffre, 28 furent fusillés dont 14 à Saint-Marc le 
6 Mai 1882 et 14 autres le lendemain aux Gonaïves. 

8o DEBARQUEMENT DES LIBERAUX A MIRAGOANE.- 
Défaits à Port-au-Prince, puis aux Gonaïves, Bazelais et ses 
partisans s'étciient réfugiés à la Jamaïque. 

Le 27 Mars 1883 au nombre de 120, ils opérèrent un débar- 
quement à Miragoâne. Peu à après, Jérémie, Jacmel, Côtes-de- 
Fer, adhérèrent au mouvement révolutionnaire. 



HISTOIRE D'HAÏTI 133 

9o JOURNEES DES 22 ET 23 SEPTEMBRE A LA CAPI- 
TALE.-- Les libéraux de Port-au-Prince surveillaient avec im- 
patience le moment de renverser Salomon. 

Le 22 Septembre 1883, ils prirent les armes. 

L*hôtel de l'arrondissement fut envahi et le commandant de 
ce poste, le général Pénor Benjamin, mis à mort. 

Le gouvernement déploya la plus' rigoureuse énergie dans la 
répression de cette révolte, le sang coula à flots. 

Les opulents quartiers de la ville furent livrés au pillage et 
aux flammes. Des indemnités s'élevant à 587.418 gourdes 
furent payées aux étrangers qui eurent à subir des pertes pen- 
dant ces tristes événements. 

lOo SIEGE DE MIRAGOANE..- Maître de la situation à 
Port-au-Prince, Salomon put éteindre les foyers révolution- 
naires du Sud. 

Seul cependant Miragoâne tenait bon. ^Boyer Bazelais mou- 
rut le 27 Octobre, Son successeur E. Desroches, découragé, 
mourut le 20 Novembre. 

Ce ne fut qu'après un siège de onze mois que le gouverne- 
ment vint enfin à bout des insurgés de cette ville dont Topi- 
niâtreté jeta souvent le découragement parmi les troupes de 
Salomon. 

Legros vint mourir devant Petit-Goâve. 

llo ADMINISTRATION DE SALOMON.- REFORME 
MONETAIRE.— Dès 1880, Salomon changea la monnaie haï- 
tienne en monnaie d'or et d'argent. Le Gouvernement fit 
frapper aux armes de la République une monnaie nationale 
dont 180.000 gourdes en pièces d'or, 460.000 gourdes en pièces 
d'une gourde en argent et 4.960 gourdes en pièces de 0-50, de 
0,20 et de 0,10 centimes en argent et 460.000 gourdes en mon- 
naie de bronze. Ces monnaies avaient alors une valeur égale 
au dollar américain. 

II fonda la Banque Nationale d'Haïti chargée du service de 
la trésorerie générale dont la direction fut confiée au général 
-Légitime 



134 HISTOIRE D'HAÏTI 

Trois ans après, des employés de cette maison se livrèrent, 
de complicité avec quelques courtiers, à des transactions frau- 
duleuses sur des effets publics: ce fut l'affaire des mandats 
qui fit gravir la sellette criminelle à un grand nombre d'étran- 
gers et d'Haïtiens. 

Pour la première fois, en 1881, on organisa une Kxposition 
nationale dans le but d'encourager et de développer Tindustrie 
haïtienne. 

C'est sous Salomon que nous fûmes enfin libérés de la Dette 
de l'Indépendance. 

Ce chef d'Etat aidé de son ministre F. Manigat appela de 
France une mission militaire de 3 officiers et une autre de 
professeurs composée de Messieurs Molle, Vilain, Julien, Rou- 
zier. L'enseignement de celle-ci surtout profita beaucoup à la 
jeunesse. 

Sous Salomon, en I8869 Haïti fut admise dans l'Union pos- 
tale universelle et en 1887 un câble sous-marin fut posé pour 
relier Haïti à l'Amérique. 

D'importants édifices furent construits tels: le Palais des 
ministères, le Palais National qui fut incendié à la mort de 
Leconte (8 Août I912j. 

12o REELECTION ET CHUTE DE SALOMON.- Au mois 
de Juin 1886, r Assemblée Nationale réélut Salomon Président 
pour une nouvelle période de sept ans. 

Affaibli par l'âge, le Président pensait à la retraite quand le 
général Séïde Thélémaque, commandant de l'arrondissement du 
Cap, se mit en armes contre le gouvernement (5Août 1888). 

Cinq jours après, un mouvement organisé à la capitale par 
Boisrond Canal amena la chute de Salomon qui s'embarqua 
pour la France (10 Août). 

LECTURE: LE DEBARQUEiMENT A MIRAGOANE 

PAR UN EXILE 

Malgré la supérîorîté de deux plans de campagne précédemment 
arrêtés, la petite ville de Miragoâne devait être choisie comme point 
de ralliement des forces révolutionnaires. 



( 1 ) La lecture est à étudier. 



HISTOIRE D'HAÏTI 135 



Le général B. Laforest qui connaissait le pays pour en avoir par- 
couru tous les sentiers, opinait pour cette base d'opérations, position 
stratégique de premier ordre, élevée f)ar la nature au milieu de 
défilés étroits d'un abord difficile entre les montagnes de la Hotte 
et le reste de l'île ... 



Le 26 Mars au matin, à cette heure où la brise de mer commence 
à souffler vers les côtes, le navire américain, le Tropic, mouilla dans la 
rade d*Inague II venait des Etats-Unis, et avait, par d'heureuses 
manoeuvres, trompé la surveillance des ports de cette République. 
Il apportait des équipements et des munitions de guerre. Cent-six 
Haïtiens, tous Hommes résolus, déterminés à vaincre ou à mourir, 
prirent passage à son bord à destination secrète de Miragoâne... 

De la Grande Inague à Miragoâne, la durée de la traversée est de 
quelques heures. A cette époque de l'année, l'océan est calme et 
la navigation celle d'un fleuve tranquille. 

Dans l'après-midi du 25 Mars, le «Tropic», laissait à sa gauche les mor- 
nes du Cap-à-Foux, s'engageait dans le golfe de la Gonâve. Il marche 
lentement de façon à se trouver à la hauteur de Miragoâne à la tombée 
de la nuit. 

Dans la même nuit, le bateau entrait dans les eaux de Miragoâne, A 
trois heures du matin, il était devant le débarcadère de l'habitation St-Ro- 
me. 



L'obscurité régnait encore. Une fusée, partie du navire déchira les 
ténèbres. A ce signal convenu, le bâtiment s'approcha du rivage en ralen- 
tissant sa marche. 

Les exilés reçurent dans un silence religieux les exhortations de 
leur chef et renouvelèrent leur serment. Il ne s'en trouva pas un qui, 
à ce moment solennel où ils écoutaient dans le plus profond recueil- 
lement les paroles de Boyer Bazelais, n'élevât son âme à la hauteur de la 
situation. 



Le 27 Mars, Boyer Bazelais, avec B. Casimir, B. Laforest et Desor- 
mes Gresseau, sous ses ordres, inaugura la révolution à Miragoâ- 
ne à la tête de trois colonnes. La population va au-devant d'elles. On se 
reconnaît; on fraternise. La célérité, l'entrain, l'ordre qui président au dé- 
barquement provoquent l'enthousiasme. 

La petite armée entre en ville en présentant à tous l'olivier de paix. 



136 HISTOIRE D'HAITI 



Maîtres de Miragoâne, les exilés se portent sur le Pont du même 
nom. Dans l'après-midi du 27 Mars, une colonne habilement et 
rapidement dirigée par B, Laforest en prend possession après une 
petite escarmouche. 

LEON LAROCHE 

Haïti - Une page d'Histoire 



QUESTIONNAIRE 

Par qui le pouvoir exécutif fut-il exercé pendant la vacance présidentielle^ 

De quels événements la ville des Gonaïves fut-^lle le théâtre à cette 

époque ? 

Parlez du coup d'Etat de Salomon . 

Quel fut le résultat de ce coup d'Etat ? 

Quelle convention politique nous lie-t-elle avec la Dotninicanie ? 

Quelle épidémie s'abattit sur la République en 1881 ? 

Que savez^vous de la prise d'armes de Saint-Marc et quelles en furent 

les conséquences ? 

Quand les libéraux débarquèrent -ils à Miragoâne ? 

Racontez les tristes événements des 22 et 23 Septembre. 

Parlez du siège de Miragoâne. 

Quels sont les principaux actes administratifs de Salomon* 

Parlez de la réforme monétaire ? 

Parlez de la réélection et de la chute de Salomon; 



HISTOIRE D'HAÏTI 137 

CHAPITRE XXXIV 

Nouvelle guerre civile.— Courte prèddence de Légiiime. 

\o GOUVERNEMENT PROVISOIRE.- Salomon parti, un 
gouvernement provisoire fut de suite formé. ' Il eut comme 
Président Boisrond Canal, l'organisateur du mouvement du 
Cap et de la journée du 10 A-oût à Port-au-Prince. 

20 ECHAUFFOUREE DU 28 SEPTEMBRE 1888.~A cette 
époque deux candidats briguaient le pouvoir : Légitime et 
Thèlémaque. 

Celui-ci, chef de la révolte du Cap, avait fait son entrée à la 
capitale à la tête d'une nombreuse armée. Il devint membre du 
gouvernement provisoire chargé du portefeuille de la Guerre. 

Dans la soirée du 28 Septembre, un choc terrible se produisit 
entre les partisans de Légitime et les troupes du Nord. 

Thélémaque perdit la vie dans cette sanglante mêlée. 

30 S C I S S I ON.-REPUBLIQUE SEPTENTRIONALE.- 
Les populations du Nord, irritées de la perte de leur candidat, 
se détachèrent du reste du pays. Elles formèrent un Etat bel- 
ligérant sous la dénomination de République Septentrionale 
entraînant dans leur scission les départements du Nord-Ouest 
et de l'Artibonite. 

La direction de la guerre fut confiée au général Florvil 
Hyppolite» 

4o PRESIDENCE DE LEGITIME.- Réunie en grande par^ 
tie à la capitale, PAssemblée Constituante nomma Légitime 
chef du Pouvoir Exécutif d'abord et, peu après, Président de 
la République. 

Tous les moyens de conciliation tentés par celui-ci pour 
apaiser le Nord restèrent sans effet. 

Après une lutte de neuf mois et devant les progrès de la 
révolution qui s*était propagée jusque dans le Sud, Légitime 
dut s'embarquer pour l'exil (22 Août 1889). 

50 HYPPOLITE PRESIDENT.- Une Constituante se réunit 
aux Gonaïves dans le courant de Septembre et donna une 
nouvelle Constitution au pays. 



138 HISTOIRE D'HAÏTI 

Elle clôtura ses travaux en élisant Florvîl Hyppolite Prési- 
dent de la République pour sept années (9 Octobre 1889). 

6o AFFAIRE DU MOLE SAINT-NICOLAS.- Pendant la 
guerre civile, les révolutionnaires du Nord, pour obtenir des 
Américains des armes et des munitions, avaient laissé entrevoir 
au gouvernement des Etats-Unis la possibilité de lui concéder 
un dépôt de charbon de terre au Mole Saint-Nicolas, 

Au rétablissement de la paix, le gouvernement américain 
envoya dans les eaux de Por4;-au-Prince l'amiral G er hardi pour 
porter les révolutionnaires d'hier, aujourd'hui installés au 
pouvoir, à tenir leur promesse. 

Grâce à une habile diplomatie de M. Anténor Firmin, nous 
réussîmes à nous tirer de ce mauvais pas. 

7o QUESTION DES FRONTIERES. - Le Président Hyp- 
polite eut, avec le Chef d'Etat dominicain, U/z/sse Heur eaux, une 
entrevue à Thomazeau le 5 Février 1890. 

Au cours de cette entrevue, la question de la délimitation des 
frontières fut fortement agitée. 

Trois ans après, une seconde entrevue eut lieu à la baie de 
Mancenille d'où il résulta une convention d'arbitrage. 

En vertu de cette convention, les territoires contestes quelle 
que soit la décision arbitrale, doivent rester à Haïti moyennant 
une compensation pécuniaire { 3 Juillet 1895. ) 

8o AFFAIRE DU 28 MAI 1891 .-Hyppolite eut à réprimer, 
le 28 Mai 1891, jour de la Fête Dieu un coup de main militaire 
dirigé par le général Sully Guerrier, ancien chef de la Garde 
sous Légitime. 

Pendant plusieurs jours, ce fut la teneur, des exécutions 
sommaires eurent lieu sur tous les points de la capitale. 

Sully Guerrier et Y un de ses complices, l'officier (gracia, 
furent pris et fusillés. Le 12 Décembre pour calmer les esprits 
le président Hyppolite publia un décret d'amnistie. 

9a LES TRAVAUX PUBLICS SOUS HYPPOLITE.- De 
grands travaux publics ont été exécutés sous Hyppolite entre 
autres, l'achèvement du palais des Ministères, les marchés en 
fer de Port-au-Prince et du Cap, les ponts de Momance, 
( (Grande Y{i vitre de héogàne ) et de la Croix- des-Missions 
{ rivière du Cul-de-Sac ). 



HISTOIRE D'HAÏTI 139 

lOo MAUSOLEE DE DESSALINES.- Depuîs la scène tra- 
gîque et regrettable du Pont Roti^e, les restes de Dessalines 
gisaient ignorés dans le cimetière de Sainte Anne. Ce ne fut 
qu en 1892 que le Président Hyppolite, devant cette coupable 
indifférence; fit élever un mausolée au Fondateur de l'Indé- 
pendance Nationale, 
* 

lio MORT D'HYPPOLITE- Il restait encore à Hyppolite 
une année pour accomplir son septennat quand, le 24 Mars 
Î896, il fut foudroyé, en pleine rue, par une attaque d'apo- 
plexie, au moment où il quittait la capitale pour entreprendre 
une tournée dans l'arrondissement de Jacmel où des troubles 
venaient de se produire. 



LECTURE: DERNIERE CONSULTATION MEDICALE 
DONNEE A HYPPOLITE 



A Tôccasion du dèpaft du Pfésideftt fixe par lui à utie date pfoclie, 
il y eut» entre nous deux seulement, une queirelle violente. (Mes 
autres confrères, rebutés par les redomontades répétées, avaient 
^renoncé à l'entretenir du même sujet ressassé quinze à vingt fois), 

— «Monsieur^ clama-t^l vous n'êtes qu'un entêté orgueilleux 
Gardez vos conseils pour Votre usage; je partirai malgré Vos ordres.» 

— ^«Mes ordres. Président! quand vous êtes votre propre maître. Vous 
ïie réfléchisse pas en ce moment? Eh bien, montez à cheval, faites cent 
lieues; allez où il vous plaît; vous êtes libre de courir à votre perte>\ 

Puis, désarmé en face de ce malade que je jugeais inconscient* j'ajou* 
tai doucement, d'un ton d'amicale tendresse '• 

«Ecoutez, mon pauvre Florvil, j*ai le plus grand regret de vous îe dire-, 
înais vous m'y contraignez^ J*en sais plus que vous sur votre état qui 
vous fait simplement souffrir, mais vous laisse des répits encourageants. 
Vous vous trompez en voulant vous précipiter en une très grave impru- 
dence» Vos médecins, très au fuit de la nature spéciale de votre af- 
fection, du degré où elle est parvenue, sont loin de paî-tager votce sécu* 
ïité et de juger, comme vous, qu'elle soit conjurée. 



140 HISTOIRE D'HAÏTI 



«Au point où vous êtes, vous pouvez avoir la garantie d'une certaine îoiî- 
gévité à une condition unique: c'est que vous consentiez à renoncer au plus 
tôt au pouvoir et que vous repreniez, à la campagne, votre existence cal- 
me d'autrefois... 

On trouve plus qu'aisément des chefs d'Etat, chacim prétend à le de- 
venir, s'en estimant capable; mais tel ou tel Président, ce n'est pas dii 
tout la même chose, 

«Vous êtes en possession, je crois, d'une assez large aisance; ...résignez- 
vous donc, je vous le conseille, à quitter ce sièèe. Tenez l j'ai là, sur mes 
doigts, votre mal comme tracé en lettres visibles. Je puis alors vous prédire, 
avec le coeur navré, que vous aurez à peine parcouru quatre à cinq pas 
à cheval que, par les secousses qui seront imprimées à votre coeur, vous 
risquez, 99 sur 100, la chance d'être relevé mort par arrêt subit de 
cet rorgane de vie». 

Une émotion d'effroi incescriptible envahit à ce moment son visage qui 
pâlit et se décomposa affreusement. J'eus peur de le voir passer dans une 
crise d'asphyxie. Au moyen de quelques lentes inhalations d'éther mêlé à 
des gouttes d'ammoniaque, je le fis revenir à lui. Il respira bruyamment; 
puis, petit à petit, ouvrit des yeux oii la reconnaisscmice semblait pajaitre 
à peine. 

Il était à peu près 5 heures du soir... II saisît alors une de mes mains et 
prononça d'un ton affectueux, scandant chacun de ses mots, les paroles ci- 
après dont le souvenir attristé demeure profondément incrusté dans ma 
mémoire : «Audainl vous êtes sévère pour votre ami; mais je ne le com- 
prends que trop... Cependant, réfléchissez un peu de votre côté; et après 
prononcez en toute conscience si un chef d'Etat n'est point tenu de tracer 
le bon exemple de la discipline militaire. On est Président ou on ne l'est 
pas. Comment 1 un campagnard ordinaire envahit insolemment une des 
grandes communes de la République, s'empare des bureaux de la Place, 
met en fuite le commandant qui court se réfugier dans un consulat; et vous 
voulez que moi, Florvil, je laisse imfninie une telle audace l Je ne peux pas 
dans le cas actuel, humiliant pour mon pouvoir, me confier à un autre qu'à 
moi-même pour venger cet** affront. Tout malade que je suis je me met- 
trai en route dès demain. Si ma destinée est écrite que je dois périr en 
chemin.— eh bien! mon ami, l'histoire reconnaîtra et dira que j'ai rempli 
jusqu'au bout mon devoir de Chef d'Etat» , 



Dr, LOUIS AUDAIN 
Fragments d'Histoire contemporairte. 



• 








M 




%^'^->s!,^m. 












\ ♦ 


^ 


^^^M^ 


H 






1 


W<. 


}y' 
& 








6oi8ron<l-Canal 



Lysius Salomon 




F. D. Légitime 




Vilbrun Guillaume Sam 




FlorvU Hyppolite 



HISTOIRE D HAÏTI 141 

QUESTIONNAIRE 



Qui présida le gouvernement provisoire établi au départ de Salomon ? 

Parlez de l'échauffourée de la nuit du 28 Septembre 1888. 

Qu'arriva-t-il à la suite de cette malheureuse affaire ? 

Qui fut nommé Chef d'Etat par l'Assemblée Constituante ? 

Légiiime put-il se maintenir au pouvoir ? 

Qui remplaça Légitime comme Président ? 

Quelle affaire délicate le gouvernement eut- il à régler après le triomphe 

du Nord ? 

En quel état se trouva sous Hyppolite la question des frontières ? 

Racontez l'affaire du 28 Mai 1891. 

Parlez des travaux publics sous Hyppolite. 

Qui entrepj-it d'élever un mausolée à Dessalines ? 

Comment mourut Hyppolite ? 



142 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XXXV 
Présidence de Sam 

10 TIRESIAS SIMON SAM.-Le successeur d'HyppoHte 
fut son ministre de la Guerre, le général Tirésias Simon Sam, 
monta au pouvoir le 31 Mars 1896. 

2o CRISE FINANCIERE.- Dans les derniers mois de la 
présidence d'Hyppolite, de graves perturbations s'étaient pro- 
duites dans les affaires commerciales 

11 en résulta pour le trésor, déjà obéré par suite .d'une exa- 
gération des dépenses publiques, une diminution très grande 
des recettes. 

Sous Sam, cette situation empira. La dette de l'Etat aug- 
menta dans des proportions énormes; la misère, avec toutes ses 
horreurs, s'abattit partout. 

3o AFFAIRE LUDERS- En Novembre 1897, une grave 
affaire surgit entre Haïti et l'Allemagne au sujet de M. Emile 
huders, mulâtre d'origine allemande. 

M.Luders avait été condamné par les tribunaux pour avoir 
frappé des agents de la force publique qui, pré tend ait- il, avaient 
violé son domicile. 

Le pourvoi en Cassation du délinquant était signé lorsque 
le ministre allemand crut devoir intervenir. 

Bien que Luders eût été à la fin gracié par le chef de l'Etat 
l'affaire ne s'arrêta pas là. 

Le 6 Décembre 1897, le Capitaine TMe/e arriva à Port-au- 
Prince avec deux navires-écoles. 11 lança un ultimatum au 
gouvernement qui, après une velléité de résistance, se soumit 
aux conditions outrageantes imposées par la force. 

Cette affaire fut suivie par tout le pays avec une fiévreuse 
attention; et quand en vint le douloureux dénouement, l'abat- 
tement fut aussi grand qu'avait été l'indignation populaire. 

4o LA CONSOLIDATION. -Sous Sam, on contracta sans 
mesure de nombreux emprunts sur place. 



HISTOIRE D'HAÏTI 143 

Obligé de donner les droits de douane en garantie de ces 
divers emprunts, le gouvernement se trouva, à un certain mo- 
ment, sans aucune ressource. 

Pour dégager une partie de ces droits, il signa en 1900, avec 
les porteurs de titres d'emprunts locaux, une convention ayant 
pour but l'unification de leurs créances. 

C'est ià ce qu'on appela la consolidation. 

5o LES ALLEMANDS EN HAITL-Jadis, c'étaient des né- 
gociants anglais, français et haïtiens qui occupaient nos princi- 
pales places de commerce. 

Us ont été insensiblement supplantés par les allemands qui, 
aujourd'hui sont les maîtres de l'agio. 

Leur influence s'est encore accrue grâce à nos détestables 
pratiques financières. 

60 IMMIGRATION SYRIENNE.- Les rares haïtiens qui 
essayaient de soutenir la ccncurrence avec les étrangers ont 
été littéralement évincés par les immigrants syriens. 

Devant cet état de choses, on dut prendre contre ces Lci'ûn- 
tins des dispositions légales en vue de protéger le commerce 
national, 

7o LES CUBAINS.— L'insupportable domination de l'Es- 
pagne à Cuba avait déterminé depuis assez longtemps un cou- 
rant d'émigration cubaine vers Haïti. 

Ces étrangers formèrent une colonie paisible et laborieuse 
qui compta dans ses rangs des tailleurs, des cordonniers de 
marque. 

Grâce à eux, le goût de ces métiers, tout en se perfectionnant, 
se propagea efficacement parmi notre jeunesse. 

80 REPUBLIQUE CUBAINE." Un fait de très haute im- 
portance et qui modifie sensiblement la situation politique des 
pays antiléens s*est produit en 1902. 

Les Cubains, grâce à l'intervention armée des Américains, 
réussirent à s'affranchir du joug de l'Espagne. 

La République cubaine fut proclamée le 18 Mai 1902. 

9o PORTO.RICO AUX AMERICAINS.- L une des consé- 
quences de la guerre que les Américains menèrent avec tant 
de succès contre l'Espagne fut la cession par cette dernièi*e 



144 HISTOIRE D^HAïTJ 

puissance de File de Porto-Rico au gouvernement des Etats- 
Unis. 

lOo CHEMIN DE FER EN HAITI.-Depuis Gefffrard, il 
était question d'établir des chemins de fer en Haïti. 

Ce progrès n'a été réalisé que sous la présidence de Sam, 

Les premiers rails posés furent ceux de la ligne qui relie le 
Cap à la Grande-Rivière-du-Nord. 

Plus tard des capitalistes allemands formèrent une Compa- 
gnie qui reçut la concession de la ligne de Port-au-Prince à 
l'Etang Saumâtre (PCSj. 

llo MOUVEMENT AGRICOLE ET INDUSTRIEL.- Un 
grand mouvement agricole et industriel se dessina vers la fin 
du gouvernement de Sam. 

D'importantes plantations de tabac, de bananes s'établirent 
à Diquini (Ouest), à Bayeux (Nord). 

L'industrie sucrière prit une extension remarquable parti- 
culièrement dans la plaine de Cul-de-Sac. 

Les religieuses de Saint-Joseph de Cluny, aidées d'un comité 
laïque, organisèrent, en 1901, une modeste E^xposition à la- 
quelle furent conviés les artistes et artisans du pays. 

12o LE 12 MAI 1902.-Le 12 Mai, le Président Sam adressa 
un Message à l'Assemblée Nationale pour lui annoncer que 
son mandat allait prendre fin dans trois jours. 

L'Assemblée se disposait à procéder à l'élection d'un nou- 
veau Chef d'Etat lorsqu'une émeute éclata et contraignit dé- 
putés et sénateurs, sous une grêle de balles, d'abandonner leur 
poste. 

Le lendemain, le général Sam s'embarqua pour France. 



LECTURE: LE 6 DECEMBRE 1897 



Ce matJn du 6 Décembre, pendant que nos regards interrogeaient 
anxieusement la mer, nous échangions d'amères réflexions au sujet 
de l'horrible conduite des Allemands qui s'étaient si criminellement 
concertés pour attirer des maux incalculables sur le pays. Nous nous 
demandions comment les anciens, ceux d'entre eux qui avaient en 
quelque sorte, pris racine parmi nous par des alliances ou par des 



HISTOIRE D'HAÏTI 145 



relations d*amitié dont nous n'eussions jamais pensé à suspecter 
la franchise avaient pu oublier tant de liens, tant de souvenirs tant 
de marques de sympathie pour signer une pétition calomnieuse et 
pleine d'atroces incitations avec un ensemble auquel n'étaient restés 
étrangers que deux ou trois hommes consciencieux. 

Déjà, depuis la veille, la plupart s'étaient retirés. Ils avaient em- 
porté avec eux leurs titres et effets les plus précieux; et, de plus, des 
inventaires fantaisistes dressés en prévision des indemnités à venir ... 

Vers les sept heures et demie, on vit poindre dans le canal sud 
une double fumée. Il n'y avait pas à en douter; c'étaient les deux 
navires' de guerre allemands qui arrivaient. Ils avançaient rapide- 
ment, à peu de distance l'un de l'autre; et cette allure précipitée 
marquait non la fière résolution de ceux qui viennent au devant du 
danger, mais la certitude de n'être ni attaqués, ni arrêtés, ni entravés 
à l'entrée de la rade ... 

Et, tandis que les opinions erraient sur le plus ou moins de pro- 
babilité des saluts à échanger avec la terre, ces frégates prirent tout 
è fait corps et k branle-bas de combat qu'elles faisaient autant que 
leurs sabords ouverts dirent suffisamment leurs intentions. 

Il y avait à peine un quart d'heure que j'étais rentré à la maison 
qu'un aide-de-caunp du Président de la République vint, en toute hâte 
me chercher en m'annonçant que le chef des mouvements du port 
avait apporté au Palais National deux plis de la part du comman- 
dant des forces navales allemandes. 

Je me séparai de ma famille avec la pensée que ce serait peut-être 
pour toujours ... 

L'ultimatum adressé au Président de U République indiquait les con- 
ditions suivantes : 

1) Une indemnité de 20.000 dollars pour Emile Luders. 

2) La promesse que M, Emile Luders pourra retourner ici en toute li' 
berté ^et séjourner sans aucun danger. 

3) Une lettre à diriger à la Légation impériale d'Allemagne * 
bord de la «Charlotte»» ; lettre dans laquelle le gouvernement haïtien 
aurait à exprimer ses excuses pour la conduite observée dans cette 
affaire par le gouvernement d'Haïti envers celui ie S. M. l'Empereur 
d'Allemagne. 

4) Un salut de 21 coups de canon à adresser au pavillon allemand 
par le navire-amiral de la flotte haïtienne qui aurait à amener son 
pavillon. 



146 HISTOIRE D'HAÏTI 



5) Après raccomplîssernent de ces formalités une réception gra" 
cieuse du Charge d'AffaLes d'Allemagne par le Président d'Haiti. 

Un délai de quatre heures était accordé au gouvernement haïtien 
pour qu'il fît parvenir sa réponse à bord de la «Chetrlotte^^ A midi et 
demi, un coup de canon serait tiré à blanc en guise d'avertissement. 

A une heure précise, si le gouvernement haïtien n'avait pfâs cédév 
la «Charlotte** et le «Stein^^ commenceraient les «mesures coercitives»* 
et bombarderaient les navires haïtiens, les fortifications de Port-au- 
Prince, le Palais National, les édifices publics; et le bombardement 
se poursuivrait jusqu'à ce que le gouvernement manifestât, en arbo- 
rant le drapeau blanc sur un paint visible, son acquiescement aux 
conditions de l'ultimatum, 

Si, avant l'expiration du délai, un des navires haïtiens faisait le 
moindre mouvement, le commandant des forces navales d'Allemagne 
ouvrirait le feu contre lui. 

Enfin, la République serait responsable de tous les dommages causés 
par les «mesures coercitives» ou autrement. 

Il importait, avant tout d'avoir un plus long délai. Quatre heuresE 
Ce n'était suffisant ni pour négocier, ni pour faire évacuer la ville 
par les femmes et les enfants... 

Nous fûmes unanimement d'^avis de demander aux agents diplo- 
matiques étrangers de pressentir le capitaine de vaisseau Thiel sur 
la possibilité de réduire les exigences de l'Allemagne à la seule 
question d'indemnité ... 

Pour ma part, ayant su de la bouche de mes collègues de la 
Guerre et des Travaux Publics la confirmation de l'inachèvement 
des ouvrages entrepris en plusieurs endroits pour abriter d'énormes 
masses de munitions, je conclus que, du moment que la défense 
était devenue impossible, ce serait en pure perte qu'on laissait un 
bombardement produire, par des explosions répétées, ' cet effet moral 
qui n'était qu'un effet d'intimidation et que l'on avait voulu éviter. 

Si on avait encore quatre jours devant soi, comme les représen' 
tants des puissances étrangères l'avaient donné à penser, on aurait 
le temps d'enlever ou d'isoler définitivement les poudres et les 
engins dont on n'aurait pas un besoin immédiat, d'observer les ten- 
dances des uns et des autres et de se prononcer après avoir pesé 
toutes les raisons pour ou contre la résistance. 

Mais quatre heures seulement quand on n'était pas près et qu''oni 
appréhendait la' guerre civile! ,.. 



HISTOIRE D'HAÏTI 147 



Bientôt les représentants des puissances étrangères arrivèrent au 
Palais et furent immédiatement reçus par le Président entouré des 
Secrétaires d'Etat. Ils avaient l'air sombre et tout démontrait qu'ils 
étaient «indignés des procédés hautains et discourtois du comman- 
dant allemand à leur égard. Ils avaient, parait-il, dû grimper à bord 
de la «Charlotte*» par une échelle de corde; et là, il leur avait été 
donné d'essuyer les refus les plus péremptoires. Ils avaient demandé 
un délai plus en rapport avec l'importance des intérêts des neutres: 
quatre jours, puis trois, puis quarante-huit heures, puis vingt 
quatre heures, «Non! NonI Non!>> leur avait -il été répondu à chaque 
tentative. Pas une heure, pas une seconde de plus! Nous ne sommes 
pas des diplomates; nous sommes des marins venus pour exécuter 
les ordres de S. M. l'Empereur d'Allemagne. A une heure, le bom- 
bardement commencera >>. 



Le président de la République répondit au commandant des forces 
navales d'Allemagne qu'il avait décidé de prévenir, par l'acceptation 
des conditions de l'ultimatum, les malheurs qu'un bombardement 
attirerait sur les femmes, les enfants et les étrangers auxquels il 
n'avait pas même été accordé un délai suffisant pour se mettre à 
l'abri .,. 



Cependant le ministre plénipotentiaire de la République Fran- 
çaise conçut une nouvelle alarme. Il se mit brusquement à demander 
au Président de la République d'arborer au Palais un drapeau 
blanc. Il expliquait qu'il allait être midi et que le coup de canon d'avertis- 
sement qui serait tiré à ce moment -là serait le signal du pillage 
et de l'incendie, du massacre des étrangers. Le général Sam avait 
beau .lui affirmer que tout cela n'était pas à craindre, il insistait, deve* 
nait de plus plus en pressant, se multipliait. 

Le drapeau blanc avait été arboré au Palais National.,, 

Vers 3 heures de l'après-midi on apporta une nouvelle commum- 
cation du commandant allemand. Le capitaine Thiel accusait récep- 
tion de la réponse du Pfésident... et il ajoutait que si à 4 heures l'in- 
demnité n'avait pas été versée, ni la lettre d'excuse envoyée à bord de 
la «Charlotte», il prendrait possession de la «Crête-à-Pierrot» et du 
«Capois-la-Mort a titre de garantie et remettrait ces navires dans le mê- 
me état après l'exécution des conditions de Tultimatum, 

Il fallait donc consommer le sacrifice et jeter au plus vite leur 
horrible pâture à ces allemands qui, loin de nous faire remise d'une 



148 HISTOIRE D'HAÏTI 

humiliation, brûlaient du désir d'ajouter à la hideuse série notifiés le ma- 
tin au Président de la République. 

M. J. de la Myre, Directeur de la Banque Nationale d'Haïti, voulut 
bien accompagner le chef des mouvements du port avec les 20.000 dollars 
destinés à M. Luders, Et pendant que M. Otto Bein, de la maison Kei- 
tel & Co. comptait cette somme, pièce par pièce, la lettre réclamée arriva 
à l'adresse du Comte Schwerin. Lorsque M. Otto Bein eut fini de comp- 
ter l'argent, un reçu fut délivré au chef des mouvements du port ... 

Il faisait déjà nuit quand la «Crête- à-Pierrot» exécuta le salut vingt -et- 
un coups de canon qui fut rendu par la «Charlotte», 

SOLON MENOS 
(L'Affaire Luders) 



QUESTIONNAIRE 

Quel fut le successeur de Hyppolite ? 
Quel était à ce moment l'état de nos finances? 

Quelle triste affaire Haiti eut-elle à démêler avec l'Allemagne en No- 
vembre 1897 ? 

Qu'était-ce que la Consolidation ? 
Donnez une idée de l'influence allemande en Haïti. 
Quel a été le résultat de l'immigration syrienne ? 
L'immigration cubaine a-t-elle porté quelque fruit chez nous ? 
Quand fut proclamée la République cubaine ? 

Aux mains de quelle puissance se trouve actuellement l'île de Porto-Rico? 
Quand le chemin de fer fut-il établi en Haiti ? 
Parlez du mouvement agricole et Industriel sous Sam ? 
Quel événement eut lieu le 12 Mai 1902 ? 



HISTOIRE D'HAÏTI 



W 



CHAPITRE XXXVI 



Nor^ Alexis —Centenaire de notre Indépendance 

]o GOUVERNEMENT PROVISOIRE.- Après la disper- 
sion du Parlement, des comités révolutionnaires s'organisèrent 
dans les principales villes de la République. 

Réunis à Port-au-Prince, ils formèrent un gouvernement pro- 
visoire dont la présidence fut confiée à Boisrond-Canal. 

2o LES CANDIDATS.— Immédiatement les communes fu. 
rent invitées à procéder à de nouvelles élections législatives 

Ces élections occasionnèrent une vive agitation alimentée par 
les compétitions des trois principaux candidats à la prési- 
dence : MM. Calisthènes Fouchard, Sénèque Pierre, et Anténor 
Firmin. 

30 GUERRE CIVILE ( 1902 ).- Au Cap. la lutte électorale 
se transforma vite en une rixe sanglante. Une grave mésintel- 
ligence survenue entre le général Nord Alexis, ministre de U 
guerre du gouvernement provisoire, et Firmin, candidat à la 
députation appuyé par le général Salnave, provoqua une 
échauffourée à la suite de laquelle ce dernier se rendit aux 
Gonaïves à bord de la Crèie-à-Pitrrot, 

Peu de jours après, les départements de 
l'Artibonite et du Nord -Ouest, les arron- 
dissements . de Plaisance et de Limbe, la 
ville de Petit-Goâve prirent les armes en 
^' faveur de Firmin. ^ 

4o INCIDENT DU-MARKÇMANIf' 
—Au fort de la lutte, un incident vint 
porter un coup mortel aux révolutionnaires. 

Le steamer allemand Marl^omania avait 
quitté Port-au-Prince ayant à son bord une 
forte cargaison d'armes à destination du 
Cap. Les révolutionnaires saisirent cette car- 
gaison. On déclara pirate la Crête-à-Pierrot 
qui avait effectué cette saisie. Et, là dessus, 
la canonnière Panther, de la marine impé- 




150 



HISTOIRE D'HAÏTI 



riale allemande, l'ordre de capturer ' l'aviso de guerre haïtien, 

5o DISPARITION DE LA "CRETE".-MORT DE KIL- 
LICK— Quand le 6 Septembre 1902, le Panûier pénétra dans la 
rade des Gonaïves, la Crête-à -Pierrot était à l'ancre à une 
dizaine de milles du rivage. 

Le vice- amiral Killick, encore souffrant des suites d'une 
opération que, deux jours auparavant il avait subie, était à terre. 
Dès qu'il eut appris l'arrivée de la canonnière allemande, 11 se 
hâta de regagner son vaisseau. N'ayant pas devant lui le temps 
nécessaire pour se livrer aux manoeuvres de la défense et ne vou- 
lant pas non plus se rendre, Killick fit sauter le bateau en dé- 
chargeant son revolver dans une des poudrières et trouva dans 
cette catastrophe une mort héroïque. 

La Crête-à-Pierrot avait déjà fait explosion lorsque le com- 
n andant du Paniher se livra sur sa carcasse à des exercices de tir. 

La prise de Petit-Goave par les généraux Carrié et Francillon 
et la perte de la Crête-à-Pierrot marquèrent la dernière phase de 
la guerre. 

6o NORD-ALEXIS PRESIDENT.- 



, •"^.^^i^A'iyW.V//^/ 



^•«vr» 



.^.?fx 



La paix rétablie, le général Nord-Alexis 
fit son entrée à Port-au-Prince. 

L'Assemblée Nationale, à la suite des 
manifestations dont il fut Tobjet dans 
la soirée du 17 Décembre, l'élut Pré- 
sident de la République (21 Décembre 
1902). 

7o PROCES DE LA CONSOLIDA- 
TION. — La consolidation opérée en 1900 
cachait des combinaisons plus ou moins 
irrégulîères. 

Le nouveau chef d'Etat chargea une 
commission de faire le jour sur cette opération. 

Les investigations des commissaires aboutirent à un procès 
retentissant où furent impliqués le haut personnel de la Banque 
Nationale d'Haïti, les principaux membres du gouvernement" dé- 
chu et un grand nombre de personnages politiques. 





HISTOIRE D HAÏTI 151 



80. LA FETE DU DRAPEÂU.-Au 18 
Mai 1903, il y avait cent ans que pour 
la première fois, fut arboré à TArcahaï^ 
notre beau dï.apeau bleu et rouge. 

Cette date mémorable donna lieu, à k 
capitale à une originale et patriotique 
cérémonie militaire. 

En face d'un trophée surmonté du 
drapeau national, le Président de la Ré- 
publique se tenait debout et découvert 
tandis qu'au bruit du canon et au son d'une marche guerriè- 
re, l'armée défilait en saluant les glorieuses couleurs de la nation 

90 ASSOCIATION DU CENT£NAIRE.-Dès 1894, sur l'ini- 
tiative de M. Pierre Laforest, une société dite Association du 
Centenaire, fut fondée à Port-au-Prince. Sous l'influence de M 
Jérémie, elle se donna pour but principal de préparer le pa\3 
à célébrer convenablenment le premier centenaire de son Indépen- 
dance. 

Grâce à l'activité déployée par MM. Justin Dévot et Septimus 
MariuSf des comités locaux furent, à la veille de la grande date, 
créés dans les principaux centres de la République et tinrent en 
éveil l'âme des populations. 

lOo CELEBRATION DU CENTENAIRE 

AUX GONAIVES.- Malgré notre détresse financière, nous 
pûmes modestement, mais avec dignité, célébrer le centenaire 
de notre Indépendance. 

C'est aux Gonaïves que se donnèrent les fêtes officielles sous 
la présidence du chef de l'Etat. 

A cette occasion fut renouvelé solennellement le serment 
des Aïeux : Vitre Tibre ou mourir ! 

Les réceptions se firent au Palais du Centenaire édifié sur 
l'emplacement où, cent ans auparavant, fut signé Tkcte dt 
[Indépendance, 

Ce terrain historique appartient maintenant à la nation qui 
a reçu ce don du général Nord-Alexis. 

A PORT-AU-PRINCE.-Les fêtes du centenaire, à Port-au- 
Prince, brillèrent d'un éclat particulier. 

\J Association Nationale du Centenaire qui, sur la proposition 
de M. L. C. Lhérisson, s'était proposé d'ériger un certciin nom 



152 HISTOIRE D'HAÏTI 

bre de monuments commémoratifs dut, par manque de ressour- 
ces, se borner à l'érection de la statue de Dessalincs; et même 
ne put-elle le faire que grâce au concours du gouvernement. 

EN PROVINCE.— Acablées de misère, les populations de la 
provinte n'apportèrent pas à la célébration du Centenaire l'en- 
thousiasme et toute la magnificence désirables. 

Cependant l'actif Comité des Cayes^ ceux du Cap, de Mira- 
goâne, de St Marc et de Jérémie par la série de fêtes patrioti- 
ques qu'ils organisèrent, rendirent aux Âïtux l'hommage qui leur 
est dû. 

A CORMIERS.- A la Grande-Rivièic-du-Nord eut lieu une 
importante manifestation. 

Les habitants de cette commune se rendirent en pèlerinage à 
Cormiers, lieu natal de Dessalines; et, par des discours et des 
cérémonies appropriées à la circonstance, exaltèrent la glorieuse 
mémoire du Fondateur de notre Indépendance. 

LECTURE : L'EGLISE D'HAÏTI AU CENTENAIRE 
DE NOTRE INDEPENDANCE 

Le clergé catholique d'Haïti, composé en général de Français, ne res- 
ta pas indifférent au Centenaire de notre Indépendance. Au contraire: 
ses évêques en profitèrent pour affirmer leur attachement à notre sort et 
louer avec nous l'oeuvre de nos Pères. 

S' inspirant des mêmes sentiments, l'abbé Pichon, dans une série de con- 
férences suivies de prières, fit l'apologie de nos gloires nationales. Il pro- 
posa au peuple haïtien, dans un langage conforme aux intimes aspiration» 
de tous, un plan de réforme de notre vie morale et patriotique. 

De son côté, le clergé protestant avait organisé dans tous ses temples 
d'édifiantes cérémonies pour appeler sur le pays les bénédictions du ciel. 

Un témoignage touchant de solidarité nous vint aussi de l'Eglise métho- 
diste africaine des Etats-Unis: l'Assemblée des dignitaires de cette Eglise 
chargea l'évêque Spencer Smith de porter au peuple et au gouvernement 
d'Haïti une adresse de félicitations et des voeux pour le bonheur de la 
jeune République noire. 

QUESTIONNAIRE 

Qu'arriva-t-il après la dispersion du Parlement ? 

Quels étaient les candidats à la présidence ? 

Quand et où éclatèrent les premiers troubles civils ? 

Que savez- vous de l'incident du «Markomania»? 

Comment disparut la «Crête-à-Pierrot»? 

Comment Nord-Alexis fut-il nommé Président ? 

Que savez- vous du procès de la Consolidation ? 

Quelle cérémonie fut organisée à l'occasion du centenaire de la créa- 
tion du drapeau national ? 

Qu'était-ce que l'Association du Centenaire ? 

Comment fut célébré le .Centenaire ai x Gonaïves ? 



mSTOIRE U'HAm 15B 

CHAPITRE XXXVIï 

tiegimt lyranmqmc imp^sl ^ la Nâlfo^l 

îoL^ AFFAIRE MAXI.-^Dans les tiermers jours <Je Nt)*- 
vembxe 1903, <m avait essayé d^arrêter îllégalement Moxr^ 
MompljisîV, heaume d^ur^ tétitiérare bravoure, «chjs prétexte 
qu'il était cojnprcanis daïïs Taffaire de la C<»isolidatk«u 

Après une pTôte^tation energîcïUe et bni^ïit^, il Ait -STe 
apettîe à couvert. De sa retraite, il organisait tjne coropEration 
qui devait éclater après la célébration des fêt^ d^â Centenaire^ 

Mis au courant et et fait; le commandant de T-arrorrdîs^e'^ 
ment, dans la soirée du ler>. Janvier 1904, fit ^^valiit smrdai^ 
la maison où se tenaient l-ei coïiciliafeutes^ Le Présîdeïit J^ford*- 
Alexis se tr<»uvaît alors aux Gonaïves* 

Ainsi surpris, Maxi n'eut mèmfe pa* le temps de Se défendrd 
Liri et son Hk tonabèrent criblés de balî^> 

yiaximi Jacques cbtz qui s^étaît déroulée tette tragique 
affaire, s*était cassé la jambe en se jetant du baut d^un mur 
de clôture, 

A la nouvelle que sa femme qui attendait uft tnîant avait 
lêté déposée en prison, il se fit transpt^rter en sa demeure et 
avisa T autorité qu'il se tenait à ses ordres. Apr^ un iiiterro* 
gatoire sommaire, il fut fusillé dans son lit même* 

2o CONSEIL MILITAIRE.-EXECUTION A PORT^AU* 
PRINCE.--Dès le lendemain, les arrestations Commencèrent. 
La prison et les légations furent remplies de mondes. Plusieurs 
citoyens dont la plupart étaient absolument étrangers à la 
conspiration furent livrés à un * conseil militaire qui les con- 
damna à mort. 

Le samedi 16 Janvier, cinq d^entre cU3t furent exécutés. 



154 HISTOIRE D'HAÏTI 

3o INAUGURATiON DE LA STATUE DE DESSALINËS. 
—Le 7 Février 1904 eut lieu, à Port-au-Prince, sur le Champ- 
de-Mars, l'inauguration de la statue de Jeûn-Jacqacs Dc55û/mes. 
La population, dans un accès d'enthousiasme, oublia un 
instant les souvenirs lugubres qui planaient encore sur la capi- 
tale pour glorifier la mémoire du Fondateur de la Nation. La- 
jeunesse des écoles prit la plus large part à cette patriotique et 
édifiante cérémonie, 

. 4o LA STATUE DE DESSALINES AU CAP.-La ville du 
Cap possède également la statue de Dessalines. Ce monwment 
dû à rinitiative de M. Charles heconte, a été inauguré deux 
ans plus tard, le 17 Octobre 1906. 

5o CENTENAIRE DE LA MORT DE DESSALINES.- Au 
17 Octobre 1906, il y avait juste cent ans depuis que Dessalines 
était tombé au Pont-Rouge sous les balles de ceux qu'il avait 
délivrés du joug des Français. En réparation de cet acte impie^ 
il a été organisé, ce jour-là, une imposante manifestation pa- 
triotique et religieuse. Le clergé, tant • catholique que protes- 
tant, célébra un magnifique service funèbre en l'honneur du 
Héros. 

A la Cathédrale, M^r. Pichon fit, en des termes vibrants, 
Tapologie du Fondateur de notre Indépendance, Plus de 2.000 
écoliers défilèrent devant la statue, drapeaux déployés,, en 
chantant la Dessalinienne. (\) 

6o NORD-ALEXIS FUT-IL RESPECl^UEUX DES DROITS 
ET DE LA VIE DE SES CONCITOYENS.-Nord-Alexis mon- 
tra le plus souverain mépris des droits des citoyens et de la 
vie humaine. 

A Port-au-Prince, à Port-de-Paix, au Cap, on imagina sans 
cesse des conspirations pour faire fusiller des innocents aux- 
quels la misère arrachait quelques plaintes. 

Ceux qui échappaient à ces assassinats allaient sur la terre 
d'exil éprouver de dures souffrances. 

7o OEUVRES UTILES DU GOUVERNEMENT DE NORD- 
ALEXIS.— Quelques oeuvres utiles ont été réalisées par le gou- 
vernement parmi lesquelles il convient de citer l' achèvement 
des bditiments actuels du Lycée Pétions la construction dt la 



1 ) Chant national, paroles de Justin Lhérisson, musique de Nicolas 
Geffratcl^ 



mSTOlRE D'HAlTi B5 



nm^eile Caihédrah ie PerUau^P tinte, la fondation du lycée 
de }énmu, in crcaimi de tEcoIe Prqfessionnelle Elie'-Duboïs 
pour les jeunes Uiles, la réorganisation de tHopital militaire 
de la capitale. 



'^Vv ' .'M t^ > j.im 'i f m<fiit mr i ^ mi' uK i i i ^ ,i ^m'- ' . , .un..!. ^n,..i i j.,„ i i i i | i n » 



QUESTIONNAIRE 

Que save^^v&ùS <le Taf faire Maxi-Momplaisiï' ? 

Quelles furent les conséquences de cette affaire ) 

Quand eut lieu l'inauguration de la statue de Desôâlînes) 

Quelle aut^re ville possède la statue de Dessalines ? 

Quelle manifestation eut lieu à l'occasion du Centenaire de la mort de 

Oessalines ? 

Quel cas Nord-Alexis fit -il des droits et de la vie de ses concitoyens ? 

Parlez des oeuvres utiles de ce gouvernement ? 



156 HISTOIRE HHâlTi 

CHAPITRE XXXVII! 

Insurrecti&rs Je iArtibonUa 
Affahe du 13 Mat^ 

îa INSURRECTION C^ L^ARTIBONrTE.-MaîgTé son ex:-. 
frême impopularité, le gouvernement de Nofd-Âlexis se main^ 
tenait quand même. 

/Personne n'osait tenter quoi que ee soit peur en débarrasser 
le pays. On était réduit à attendre la défivrance ïiniquemcnt 
des exilés dispersés un peu partout dans fes villes voisines. Or, 
les chefs des différents partis ne pouvaient se mettre d'accord 
pour une action commune. 

Les choses en étaient là quand brusqcrement arriva a ïa capî' 
taie, le 15 Janvier 1908, une dépêche lamcée des G6a:iaives et? 
annonçant un tremblement de terre, 

C^étaient tout simplement les firministes de Saint-Marc et 
des Gcïiaives qui, à l'appel de Jn- Jumeau débarqué clanr 
destinement, avaient pris les armes dans ces deax villes. 

2o LTNSURRECTION EST VAINaJE.-Le gouycmement, 
terrifié par ce coup d'audace, était presque aux aboîs. 

Mais il reprit vite courage lorsqu'il fut infcMiné que les fir- 
ministes n*av2uent à leur disposition ni bateau, ni armes, ni 
munitions. Une cargaison d'armes achetées aux Ertats-Unis 
avait été saisie au moment de son embarquement. 

Sans résistance les troupes gouvernementales entrèrent à 
Saint-Marc. Jean-Jumeau, dans une rencontre à ta Petite- 
Rivière, trouva îa mort. En moins de 17 jours, la révolte de 
l'Artîbonîte était vaincue, 

3o CONDUITE RESPECTIVE DES GOUVERNEMENTS 
FRANÇAIS ET AMÊRICAIN.-Firmin et ses amis, gagnèrent, 
à Saint-Marc,, le consulat américain, aux Gonaïves, celui de 
France. 

Le gouvernement américain eut le tort de remettre aux auto- 
rités haïtiennes les individus qui, après la débâcle, avaient 



HISTOIRE D' HAÏTI 157 

cru devoir se mettre à l'abri sous son pavillon. Avec de nom- 
breux autres citoyens ils furent mis à mort le 31 Janvier 1908 
dans Taprès-midi. 

Firmin et ceux qui Tavaient accompagné à l'agence consu- 
laire de France n'eurent la vie sauve que grâce à la fermeté 
bien avisée du Plénipotentiaire français, M. Pierre Carteron, 
qui, au nom de son gouvernement, refusa catégoriquement de 
livrer ceux doqt on voulait la tête à tout prix. 

4o L'AFFAIRE DU 15 MARS.-Pendant que Firmin et ses 
compagnons se trouvaient au Consulat des Gonaïves, quelques- 
uns de ses amis de Port-au-Prince, parmi lesquels les trois 
frères Coicou, voulurent tenter à la capitale un dernier effort 
pour renverser Nord-Alexis. L'Affaire fut si gauchement me- 
née que l'autorité ne tarda pas à être au courant du complot. 

Un piège fut tendu à Massillon Coicou qui fut arrêté dans la 
soirée du 14 Mars. Presque en même temps, les deux autres 
frères, Horace et Pierre-Louis, furent arrachés de leur lit et 
conduits devant le cimetière où tous trois furent exécutés après 
avoir été atrocement martyrisés. 

Dans cette même nuit, sept autres citoyens, saisis en plan 
sommeil par une bande de sicaircs, reçurent la mort dans des 
conditions tout aussi extraordinairement sauvages. 

5o INCENDIE DES 5 ET 6 JUILLET A PORT-AU-PRINCE 
—Comme pour augmenter la misère publique et mettre le 
comble de la désolation dans Port-au-Prince, un violent incendie 
se déclara le 5 Juillet 1908 vers les 2 heures et demie de Taprès- 
midi et redoubla de fureur le lendemain. 

Le quart de la ville disparut dans cette catastrophe. La ru- 
meur publique désigna le gouvernement d'alors comme 1 auteur 
de ce fléau. 



QUESTIONNAIRE 

Parlez de l'insurrection de TArtibonite. 

Le gouvernement eut-il de la peine à vaincre cette insurrection ? 

Parlez de la conduite respective des ministres américain et français en 

cette circonstance? 

Quel triste événement eut lieu à Port-au-Prince le 15 Mars 1908 P 

Quel nouveau malheur s'abattit sur la capitale les 5 et 6 Juillet 1908 ? 



158 HISTOIRE D'HAITI 

CHAPITRE XXXIX 
Révolution du Sud— Chute du gouvernement de Hord-klexis. 

\o MORT DE Mme. NORD^ALEXIS.-Le 12 Octobre 1908, 
le chef de TEtat fut frappé dans son affection la plus profonde. 
Sa femme, née kmelia Pierrot mourut après une «courte ma- 
ladie. L'impression générale que produisit ce malheur était 
que le Président affaissé par l'âge, ne résisterait pas longtemps 
à cette trop violente épreuve. Il n'en fut rien. Au contraire, 
ce vieillard nonagénaire ne parut que plus attaché au pouvoir. 

20 PROPAGANDE AUTOUR DE LA PROCHAINE ELEC- 
TION PRESIDENT IELLE.-En Janvier 1908, et même avant 
cette époque, on répétait partout que le chef de TEtat avait 
l'intention d'imposer à la nation, à la fin de son septennat, un 
candidat désigné par lui, le général Turenne Jn-Gilles. On 
disait aussi que, dans le cas où il lui serait impossible de réa- 
liser son dessein, il était tout disposé à se faire réélire en dépit 
de son âge avancé. 

3o PRISE D'ARMES DE LA VILLE DES CAYES (19 No- 
vembre 1908).- Tous ces bruits avaient jeté les esprit» dans 
une profonde surexcitation. 

Nord-Alexis s'était laissé peu à peu monter la tête contre le 
Déleiue du Sud. le général Antoine Simon dont il finit par 
suspecter la fidélité. 

Il voulut le révoquer, mais s'y prit très maladroitement. 
Tous ceux qui, à tort ou à raison, avaient des griefs contre son 
gouvernement se groupèrent autour du délégué; et le 19 No- 
vembre, le canon d'alarme annonça que la ville des Cayes était 
en armes. Comme une traînée de poudre, ce mouvement révo- 
lutionnaire gagna presque tout le département du Sud. 

40 CHUTE DE NORD-ALEXIS (2 Décembre 1908) .-En 
moins de douze jours, l'armée ,dn Sud était aux portes de la 
capitale. 



HISTOIRE D'HAÏTI 159 

Le 2 Décembre, un comité d'Ordre public fmt formé à Port- 
au-Prince. Un de ses menbres, Renaud HyppoUie, entreprit 
auprès du Président des démarches aux fins de lui faire com- 
prendre que le parti le plus sage qn'il lui restait à prendre 
était d'abandonner le pouvoir, 

A force d'insistance et voyant d'ailleurs le vide se faire au- 
tour de lui, Nord -Alexis s'embarqua sur le vaisseau de guerre 
français le **Duguay-Trouin*' paur la Jamaïque le 2 Décembre 
1908. 

Les efforts et le dévouement du digne représentant de la 
France, M. Carteron. n'empêchèrent pas qu'il fût maltraité 
par la populace, lui et sa suite. 

5o ENTREE TRIOMPHALE D'ANTOINE SIMON A PORT- 
AU-PRINCE.-Le chef de la révolution du Sud entra dans 
Por-au-Prince le 5 Décembre au matin. Le population le reçut 
avec un enthousiasme indescriptible. 



LECTURE : LE DRAPEAU NATIONAL 

L'unité de commandement assurée» il importait de pousser la guerre con- 
tre les Français. Pour y réussir Pétion et Dessalines réunirent à TArca- 
haïe les officiers de l'Ouest et des quartiers voisins. On décida la création 
d'un drapeau spécial pour l'armée indigène. 

Aux yeux de la masse ignorante des noirs, k drapeau tricolore symboli- 
sait l'union des trois classes de la Colonie: Les blancs, les jaunes, les noirs. 
D'un geste vif Dessalines arracha le beanc du drapeau français et rappro- 
cha le bleu du rouge, (il fut recousu par Melle. Flon), pour marquer ainsi 
l'union des Noirs et Mulâtres. C'était le 18 Mai 1803. 

Le drapeau haïtien fut donc formé de deux bandes rouge et bleue pla- 
cées verticalement portant un trophée militaire encadré d'un palmier sur- 
monté d'un bonnet phrygien. • 

Après l'Indépendance, Dessalines et Christophe remplacèrent le bleu par 
le noir. En 1806, date de la Fondation de la République d'Haïti, Pétion 
substitua le bleu au noir, disposa les bandes dans le sens horizontal le rou- 
ge au-dessous du bleu, et fit placer au centre du drapeau un petit carré 
d'étoffe blanche contenant les Armes de la République. 



160 HISTOIRE D'HAÏTI 



Les Armes de la République comprenaient un trophée autour d'un Pal- 
miste surmonté d'un bormet Phrygien, Au pied de l'arbre de la liberté sont 
inscrits ces mots que chaque haïtien, homme ou femme, jenne ou vieux de- 
vrait se répéter : 

L'UNION FAIT LA FORCE 

Cette devise signifie que sans Tunion des coeurs et des volontés, il est 
impossible que nous travaillions à la grandeur et à la pospérité de notre 
Patrie. 

Cette devise signifie encore que si, en Tan de grâce 1803, nos pères vain- 
quirent par la force, ils durent la victoire à l'union de Dessalines et de 
Pétion. 

La loi du 4 Août Î92Q institua la fête du drapeau et de TUnivergité 
d'Haïti et en fixa la célébration du drapeau au 18 Mai de chaque année. 



QUESTIONNAIRE 

Quelle impression produisit la mort de Mme, Nord-Alexis ? 

Quelles propagandes agitaient les populations vers la fin de Tannée 1907 

et à l'approche de Janvier 1908? 

A îa suite de quelles circonstances la ville des Cayes prît -elle les armes ? 

Racontez comment Nord Alexis descendit du pouvoir. 

Comment Antoine Simon fut' il reçu à la capitale ? 



HISTOIRE D'HAlTi 161 

CHAPITRE XL 

Gouvernements EpAémèrc5 î 

Antoine Simon (17 Décembre 1908-2 Août 1911 > 

Oncinnalus Leconte (14 koM 1911-8 koni 1912) 

Tancrcrfc Awiwfc (8Àoûn912-2 Mail913) 

lo PRESIDENCE D'ANTOINE SIMON.-UArmée du Sud 
arriva victorieuse jusqu'aux portes de Port-au-Prince, Nord- 
Alexis partit pour la Jamaïque le 2 Décembre 1908. Le 17 
Décembre 1908 Antoine Simon fut élu président d'Haiti par l'As- 
semblée Nationale. Le nouveau Chef d'Etat malgré son peu 
d'instruction, s'était acquis par sa bonhomie la bienveillance 
du Public. Il avait d'ailleurs fait preuve d'intelligence en gra- 
vissant les divers échelons de la hiérarchie militaire. Il était 
entouré de collaborateurs instruits tels: Jéremie, Edouard 
Pouget, Renaud Hyppolite, Murât Claude ctc, 

2o EMPRUNT.-CONTRAT MAC-DONALD.-Dans le cou. 
rant de Tannée 1910, le président contracta un emprunt en 
France. Avec les Etats-Unis de l'Amérique du Nord il fit un . 
contrat pour la construction d'un chemin de fer de Port-au- 
Prince à Saint-Marc et au Cap-Haïtien, et pour la culture et 
l'exportation des figues-bananes, ce fut le Contrat Mac 
Donald. Pierre Frédéric et Rosalvo Bobo protestèrent coritre 
ces contrats. Ils furent mis en, prison. Ces faits mécontentèrent 
le peuple. 

3o INSURRECTION DE 6UANAMINTHE.-Le 1er. Fé- 
vrier 1911. la ville de Ouanaminthe se révolta. Le président 
se transporta immédiatement dans le Nord et étouffa cette ré- 
volte. Ouanaminthe, ville dont le commerce était florissant, 
fut malheureusement pillée et ensuite incendiée par les lieu- 
tenants du président. Exaspérés par toutes ces cruautés les habi- 
tants de la ville et de la région environnante firent le serment 
de se venger. Aussi trois mois après, le 8 Mai à Ferrier un 
soulèvement eut lieu. Il s'étendit bientôt dans presque tout le 



Î62 HISTOIRE D'HAÏTI 

Département du Nord: Maribaroux, Mont-Organisé, Vallière. 
Capotille étaient en armes. Cette nouvelle inîvurrecticn eut 
pour chef Cincinnatus Leconte. 

LES CACOS AU^KILIAIRÈS DE LECONTE.-Les hommes 
des troupes recrutés dans la région connaissaient les moindres 
détours des forêts, les sentiers les plus inaccessibles des mon- 
tagnes, lis se servaient avec adresse de la machette. Les 
troupes régulières aussitôt engagées dans une forêt ou gravis- 
sant une montELgne, se voyaient entourer d'une troupe de for- 
cenés dont rien ne décelait l'approche et qui disparaissaient 
de même ne laissant ccir.me marque de leur passage que des 
cadavres. 

5o INSUCCES D£S TROUPES DU GOUVERNEMENT.- 

Malgré Ténergie du général Horelle Momplaisir qui comman- 
dait les troupes du gouvernement, l'insurrection continuait à 
progresser. Le président vint établir en vain son quartier- 
général à Fort-Liberté. Les soldats ne purent dominer la terreur 
que leur inspiraient les cacos. désertèrent en grand nombre, 

60 CHUTE D'ANTOINE SIMON.-Devant la défaite de ses 
troupes le Président regagna Port-au-Prince. L'Armée du Nord 
marcha vers la capitale, sur son parcours toutes les villes ac- 
cueillaient avec enthousiasme les révolutionnaires. Antoine Si- 
mon partit pour la Jamaïque le 2 Août 191 L 

Il revint mourir aux Cayes sa ville natale le 10 Janvier 1923.. 

Sous le gouvernement d'Antoine Simon eurent lieu TinaugU' 
ration de l'éclairage électrique de la ville *de Port-au-Prince, le 
bétonnage des principales rues de la capitale, et l'apparition des» 
premières automobiles dans le pays. 

7o LECONTE PRESIDENT.-Au départ d^Antoine Simon 
ce fut le général Cincinnatus Leconte chef de la Kévolution 
du Nord, arrière petit-fils de Dessalincs qui fut nommé Pré- 
sident le 14 Août 191 L Sa nomination ne fut pas bien ac- 
cueillie, car il avait été compromis dans l'affaire de la Consolida- 
tion , mais le mouvement progrsssiste introduit darïs l'adminis- 
tration lui rallia bien vite les esprits. 

8a REFORMES.-Le Président réforma l'armée au double 
point de vue tenue et maniemeat des armes,, il construisit les 



HlSTOiRE D'HAITI 



163 



Casernes Dessalines. Il réorganisa renseignement primaire 
avec l'aide du ministre de l'Instruction Publique Mr. Tertulien 
Guilbaud. Il mit de l'ordre dans les différents services de 
l'Etat, Il fit exécuter la loi contre les Syriens^ 

Le pays marchait vers une amélioration notable. 
9o MORT TRAGIQUE DE LECONTE.- Le 8 Août 1912 
vers 3 heures du matin les habitants de Port-au-Prince furent ré- 
veillés par une terrible explosion. Les esprits affolés ne purent 
tout d'abord se rendre compte du lieu, ni de l'ampleur du 
sinistre. C'était le palais national qui venait de sauter. 

Toutes les maisons environnant le palais furent endommagées* 
Ce fut une nuit de cauchemar traversée par les flammes, les 
tris des victimes et les détonations. Le président et plus de 
trois cents soldats périrent dans cette catastrophe. Les causes 
en sont encore inconnues, plusieurs versions se contredisent. 
lOo PRESIDENCE DE^TANCREDE AUGUSTE.-Au mi- 
lieu de la désolation de la ville et des explosions 
intermittentes qui partaient des décombres du 
palais national, dans la matinée de la catastro* 
phe l'Assemblée Nationale se réunit et nom* 
ma Tancrède Auguste Président d'Haiti. Il avait 
été ministre des gouvernements d'Hyppolite, de 
Sam et de Nord- Alexis. 

llo MORT DE TANCREDE AUGUSTE.-- 
Le nouveau chef d'Etat ne resta pas longtemps 
au pouvoir, quelques mois après son élection il 
entreprit une tournée dans le Département du Nord. Il mourut 
le 2 Mai 1913 d'une maladie survenue peu après son retour dans 
la Capitale. 




QUESTIONNAIRE 

Que savez-vous d'Antoine Simon ? 

Parlez de l'emprunt de 1910 et du contrat Ma ^Oonald > 

Que se passa -t-il à Ouanammthe le 1er. février 1911 ? 

Parlez des CACOS ? Qu'est-ce qui amena la chute d'Antoine S mon ) 

Que fit-on sous le gouvernement d'Antoine Simon ? 

Quel fut le successeur d'Antoine Simon ? 

Quelles furent les réformes entreprises par Lecontc ? 

Comment mourut le Président Leconte ? Qui lui succéda ? 

Parlez de la mort de Tancrède Auguste ? 



164 



HISTOIRE D'HAlTt 



CHAPITRE XLI 

Gomerncmenis EpAémères (suite) 
Occupation Xméricainc, 

Michel Oreste (4 MaiV 1913 - 27 janw'cr 1914), 
Oreste Zamor (8 Février 1914-29 Octobre 1914) 
DavUmar Théodore ( 7 Novembre 1914 - 24 février 191 5j, 
Yilbrun GuUlaume Sam (4 Mars 1915 - 27 Jui/fet 1915) 

lo MICHEL ORESTE.-Ce fut le Sénateur 
Michel Oreste, que TAssemblée Nationale le 
4 Mai 1913, appela au pouvoir peu après les 
I funérailles du présidenr Tancrède Auguste. 

Michel Oreste un'civil, qui vint au pouvoir 
après tant de militaires ne le garda pas cepen- 
|dant plus de neuf mois. 

20 CHUTE DU GOUVERNEMENT.-Les 
cacos qui amenèrent Leconte au pouvoir 
avaient recommencé déjà à s'agiter pendant 

son gouvernement. lisse soulevèrent à Vallières le 1er Janvier 
1914 sous l'instigation des politiciens, et cette révolte s'étendît 
rapidement dans le pays. Le président démissionna et partit le 
27 Janvier de la même année. 

Michel Oreste mourut à New-York le 28 Octobre 1918. 

3o REVOLTE DES CACOS.-DIFFERENTS CHEFS RE- 
VOLUTIONNAIRES VONT SE SUCCEDER AU POUVOIR. 

—A peine un gouvernement installé les CA- 
COS repartaient pour leur village, et deux 
ou trois mois après se soulevaient de nouveau. 
Ils devenaient ambitieux et les récompenses 
en argent qui leur étaient distribuées après 
chaque campagne, les encourageaient à recom- 
mencer. La guerre, faite dans ces conditions, 
devenait un métier très lucratif. C'est ainsi 
que se succédèrent au pouvoir sans avoir rien 
réalisé plusieurs chefs d'Etat. Le 1er. et 2 
février 1914, il y eut choc entre les par- 






HISTOIRE D'HAÏTI 165 

tisans de Davilmar Théodore et ceux de Oreste Zamor aux 
Gonaïves. Le concours de Desormes Joazar fit triompher 
ORESTEjZAMOR le 8 Févier 1914. Celui-ci resta au pouvoir 9 
mois combattant contre les cacos de Théodore aidé de Mizaël 
Codio qui le trahit à la suite. Découragé, il démissionna et par- 
tit le 29 Octobre 1914 pour l'exil. 

Le Président Oreste Zamor mourut le 27 
Juillet 1915 dans l'hécatombe de la prison de 
Port-au-Prince. 

Zamor fut remplacé par Davilmar Théodore. 
h0- Celui-ci fut élu le 4 Novembre 1914. Sous ce 
Président les cacos devinrent les maîtres de 
Port-au-Prince, le désordre régnait partout. 
N'ayant plus d'argent pour payer les cacos, 
le gouvernement émit . un papier monnaie qui 
fut appelé *'Bon Da". Un pain se vendait 
100 "Bon Da'iune barre de savon 200 "Bon Da'\ etc. Le 
peuple était fatigué de cet état de chose, quand Viibrun Guil- 
laume leva l'étendard delà révolte avw: Saùl Péralte et Cons- 
tant Vieux. Davilmar Théodore partit le 24 Février 1915 pour 
la Jamaïque et revint en Haïti peu de temps après. Il mou- 
rut à Port-au-Prince le 15 Janvier 19i7. 

VILBRUN GUILLAUME SAM,- Vllbrur .,.„_.. „,^, 
Guillaume Sam fut élu chef d'Etat le 7 Mars ; 
1915 par l'Assemblée Nationale. Dès son ar- f 
rivée au pouvoir, il fit mettre en prison ses | 
adversaires, quelques-uns se retirèrent dans |^ 
les consulats. i 

5o FIN DU GOUVERNEMENT DU PRE- 
SIDENT VILBRUN GUILLAUME SAM.- 
Dans le Nord, le Dr. Rosalvo Bobo prit les 
armes. Le 27 Juillet 1915 vers les trois heures du matin le paiais 
national qui se trouvait au Champ-de-Mars fut pris d'assaut par 
les révolutionnaires conduit par Charles de Delva. Le Président 
Viibrun Guillaume blessé se réfugia à la Légation de France. 
Dans cette même matinée un grand nombre de prisonniers 
furent exécutés dans la prison de Port-au-Prince par les ordres 
de Charles Oscar Etienne, Commandant de l'arrondissement. 



v^v- 




166 HISTOIRE D'HAÏTI 

60 MORT DE VILBRUN GUILLAUME SAM -A la nou- 
velle de cette exécution en masse la foule en délire se porta 
devant la légation de France, s'empara du président qui s*y 
était réfugié. Il fut massacré. Charles Oscar Etienne tiré du 
Consulat, eut le même sort. 

70 OCCUPATION AMERICA INE.-Dans les mêmes mo- 
ments le croiseur "WASHINGTON" de là marine des Etats- 
Unis d'Amérique du Nord rentra dans la rade de Port-au-Prince 

A la tombée de la nuit, les marins da navire débarquèrent et 
s'emparèrent sans coup férir du bureau du port de Port-au 
Prince. Tandis qu'un autre détachement de marins qui avait 
atterri sur un autre point du littoral entra dans la ville par 
îe Portail de Léogâne, Pierre Sully, soldat obscur, se fit tuer, 
la carabine au poing en défendant l'accès de son poste. 

L'occupation américaine était un fait accompli. 



QUESTIONNAIRE 

Qui fut nommé président après la mort de Tancrède Auguste 7 

Qui renversa encore ce gouvernement ? 

Où mourut Michel Oreste ? 

Les cacos restèrent-ils tranquilles ? 

Quels sont les présidents qui succédèrent à Michel Oreste ? 

Où moururent Oreste Zamor et Davilmar Théodore, date ? 

Parlez de la fin du gouvernement de Vilbrun Guillaume Sam 7 

Que savez-vous du débarquement des marins du Washington en Haïti 



iV^'^ 



HISTOIRE D'HAÏTI 167 

CHAPITRE XLII 

Intervention kmcricaint—Zomite Révolutionnaire. 
Sudre Dartiguenave(\2 \oùi 1915-15 Mai 1922) 

loT 1er ACTE DE L^OCCUPATION AMEI^ICAINE.-Après 
la mort de Vi'brun Guillaume Sam, rentra à Port-au-Prince 
le chef de l'Ar née du Nord, le Dr, Rosalvo Bobo, candidat à 
la présidence. Un comité révolutionnaire fut formé à la capi- 
tale, mais rOccupation américaine par l'entremise de l'Ami- 
ral Caperton prit en main l'administration du pays. 

,^ 2o PRESIDENCE DE SUDRE DARTI- 
GOEN AVE. -Le 12 Août 1915 sous une pluie 
accompagnée d'un fort vent qui arrachait les 
tôles des maisons. l'Assemblée Nationale se 
réunit et élit le Président du Sénat Sudre Dar- 
tiguenave comme Président de la République 
d'Haïti pour une période de sept années. 

3o CONVENTION DE I915.-Le 16 Sep- 
tembre 1915 une convention fut signée entre 
les Etats-Unis de P Amérique du Nord gouver- 
nés par le Président Woodrow Wilson et la République d'Haiti 
Elle précisait le but de l'intervention et fixait les obligations 
des deux parties, elle était pour une période de dix ans. Après 
beaucoup de discussions à la Chambre, elle fut votée. 

A cette séance mémorable le Député de la ville des Gonaïves 
M. Cabêche, après avoir protesté contre ce vote arracha de la 
boutonnière de son veston sa cocarde et la lança au milieu de 
l'Assemblée en quittant la Chambre des Députés. 

4o INSTITUTION DU CONSEIL D'ETAT.-Le Sénat ayant 
été dissous, le 5 Avril le Conseil d'Etat fut institué. Il avait les 
attributions d'un Sénat. Il était composé de 21 membres, nom- 
més par le président de la République. Un décret du gouver- 
nement donnait mandat d'Assemblée Constituante à la Cham- 
bre des Députés. 




168 HISTOIRE D'HAÏTI 

5o ACTES ADDITIONNELS.-La Convention fut prolon- 
gée pour une nouvelle période de dix années le 28 Mars 1917. 
C'est ce qu'on appela les actes additionnels. Mais la Chambre 
des Députés refusa de sanctionner ce nouveau prolongement 
de l'occupation, elle fut dissoute le 19 Juin 1917 par un 
Décret. 

6o NOUVELLE CONSTITUTION - Sous Dartiguenave une 
nouvelle Constitution fut votée par un plébiscite. L'n de ses 
articles donne le droit de propriété à l'étranger sous certaines 
conditions le 17 Juin 1918* 

7o DECLARATION DE GUERRE.-Haïti fut parmi les 
Etats de TAmérique qui déclaraient la guerre à 1* Allemagne 
par un décret du Conseil d*Etat, le 12 Juillet 1918. Elle prit 
part à la signature de la paix à Versailles le 28 Juin 1919. . 

8o REFORME MONETAIRE.-Une convention fut signée 
avec la Banque Nationale de la République d'Haïti pour la 
réforme monétaire le 12 Avril 1919. Elle devait se faire sur la 
base de cinq gourdes pour un dollar américain (5 gourdes), 

9o CHARLEMAGNE PERALTÈ.-Les Cacos ayant à leur 
tête Cha Icmagne Péralte personnifièrent la résistance à Toc- 
cupation américaine. 

Ils furent définitivement dispersés à la mort de leur chef tom- 
bé dans une embuscade le 1er. Novembre 1919. 

Une stèle fut élevée sur le lieu de son supplice par les soins 
du Président Vincent et TEtat accorda une pension à sa mère. 

Ce fut sous Dartiguenave que fut construit Factuel Palais 
National par l'ingénieur haïtien Baussan. 

lOo PREMIER MESSAGE.-Le 24 Janvier 1921 le Président 
Dartiguenave envoya un message à M. Harding, président 
des Etats-Unis, pour lui exposer les désirs du peuple haïtien et 
lui demander la levée de Toccupation américaine. 

llo COMMISSION MAC CORMICK- En réponse au Mes- 
sage du président Dartiguenave une commission sénatoriale 
américaine dite Commission Mac— Cormick arriva en Haïti le 
29 novembre 1921. Elle avait pour mission d'enquêter sur les 
menées de l'occupation américaine. Elle tint ses assises au 
Champ de-Mars à l'Hôtel Bellevue. Beaucoup de citoyens 
furent entendus. Dans son rapport elle demanda des élections 



HISTOIRE D'HAÏTI 169 

législatives et Pamélioration de la situation faite par roccupa- 
tion. La mission repartit pour les Etats-Unis le 7 Décembre en 
passant par la Dominicanie. 

120 NOUVEL AMBASSADEUR AMERICAIN.-Comme 
suite à la Commission Mac-Cormick le Général John Russel fut 
envoyé en Haïti avec les titres de Haut G)mmissaire et Am- 
bassadeur Extraordinaire. Il était chargé de régler tous les 
différends pouvant survenir entre le gouvernement et l'occu- 
pation ou en référer au Département d'Etat Américain (Mars 
1922). 

13oFINDEMANDAT.-Le mandat du Président Darti- 
guenave prit fin le 15 Mai 1922. Il se retira à l'Ansc-à-Veau 
sa ville natale et c'est là que le 18 Juillet 1926, il succomba après 
une cruelle maladie. 

Toute la présidence de Dartiguenave fut une lutte entre son 
gouvernement et l'occupation américaine. Les moindres avanta- 
tages étaient chèrement payés. L'occupation peu à peu s'em- 
parait de toute l'administration du pays. 

Les finances sont contrôlées par un Receveur-Général, Con- 
seiller financier, sans le visa duquel aucune sortie de fonds ^ne 
peut être fait. 



QUESTIONNAIRE 

Quel fut le premier acte de l'occupation américaine ? 
Qui fut nommé Président d'Haïti ? ' 

Parlez de la Convention de 1915 et de la séance du 16 Septembre à îa 
Chambre des Députés ? 

Que savez-vous de l'institution du Conseil d'Etat > 
Qu'appelez-vous actes additionneles > Que savez-vous de la nouvelle 
Constitution de Dartiguenave ? 

Quelle part prit la République d'Haïti à la guerre de 19Î4 ? 
Parlez de la Réforme monétaire du 12 Avril 1919? 
Que savez-vous de la résistance des cacos ? 

Que savez-vous du 1er. message du Président Dartiguenave au Président 
Harding ? 

Parlez de la Commission Mac Cormick. Quel fut le nouvel ambassadeur 
américain, de quoi était -il chargé ? 

Quand prit fin le mandat de Dartiguenave et quelle lutte eut-il à soute- 
nir contre l'occupation américaine ? 



170 HISTOIRE D* HAÏTI 

CHAPITRE XLIII 

Occupation Américaine (suite) 

Présidence de Louis Borno— Questions des Frontières, 
Louis Borno 15 Mai 1922, réélu 12 ^mZ 1926-15 Mai 1930 

lo SUCCESSEUR DE DARTIGUENAVE, - Le nouveau 

chef d'Etat fut M. Louis Borno, ancien secrétaire d'Etat des 
Relations Extérieures, qui fut appelé au pouvoir par le Con- 
seil d'Etat pour une période de 4 ans. 

20 LOIS ET FAITS IMPORTANTS. -Le conseil d'Etat fit 
différentes lois, entre autres, une loi autorisant un emprunt 
de quarante millions de dollars ($ 40.000.000,00} le 26 Juin 
1922 sous l'instigation de J. Russel pour le rachat de l'emprunt 
français de Antoine Simon. Une loi réglementant la liberté de 
la Presse, en instituant la prison préventive pour délits de 
prese, 15 Décembre. Celle créant le Service Technique de 
l'Agriculture et de i-Znscignement Professionnel, 28 Décembre, etc. 

3o DENOMINATION ET INAUGURATION DE LA 
PLACE DE L'INDEPENDANCE.-Sous la Présidence de M. 
L. Borno, la place de Pétion qui se trouve entre le palais des 
Ministères et le palais de Justice, fut restaurée et dénommée 
Place de l'Indépendance le 3 Janvier 1926. Le transport so- 

lennel des restes d« Dessalines et de Pétion 

fut fait du Cimetière intérieur de Sainte An- 
ne au Mausolée qui se trouve au centre de 
la place. 

40 REELECTION.-Le 12 Avril 1926 le 
Conseil d'Etat réélit le président Louis Borno 
pour une nouvelle période de 4 ans. 

5o VOYAGE PRESIDENTIEL AUX 

ETATS-UNIS —Voulant régler de gré à gré 

certaines affaires pendantes entre les deux 

Gouvernements, le président d'Haïti voyagea pour les Etats 

Unis le 6 Juin 1926. Ce voyage ne fut pas de longue durée. 




HISTOIRE D'HAÏTI 171 

60 VISITÉ DU PRESIDENT DOlMINICAlN.-Voulant res- 
serrer les liens d'amitié entre les deux Républiques de l'Ile, 
le 29 Juillet 1927, arrivait à Port-au-Prince M. Vasquez, pré- 
sident de la République Dominicaine. Une suite de réceptions 
et de fêtes furent données en son honneur. 11 ne repartit pour 
la Dominicanie que le 3 Août. 

70 AMENDEMENTS.~Le Conseil d'Etat dans sa séance du 
5 Octobre 1927 vota des amendements à la Constitution du 19 
Juin 1918. Un de ces amendements fixait le nombre d'années 
à la présidence, un autre permettait d'être indéfiniment réé- 
ligible à la présidence. Ces amendements furent ratifiés par 
le plébiscite des journées du 10 et 11 Janvier 1928. 

80 TAXES INTERNES.-De nouvelles taxes furent votées, 
elles ne devaient avoir cours qu'à l'intérieur du pays, on les 
appela taxes internes, telle une loi— du 14 Août 1928, créant 
une taxe sur Talcool et le tabac. Les recettes perçues devaient 
servir à amortir l'emprunt de 1922. 

90 GREVES D'ETUDIANTS 4 NOVEMBRE 1929.-A la 
suite d'incidents d*un caractère tout particulier les étudiants 
de Damien Ecole d'Agriculture se mirent en grève. En quel- 
ques jours le mouvement s'amplifia, les étudiants des classes 
de Rhétorique et de Philosophie des Lycées et Collèges se joi- 
gnirent à eux. La grève qui avait débuté comme une simple 
friction entre professeurs et élèves prit tout à coup une allure 
politique. 

lOo PROCLAMATION DE LA LOI MARTIALE.-La si- 
tuation s'aggravant le gouvernement fit proclamer la loi mar- 
tiale. Il est bruit d'agitations dans le Sud, des avions militaires 
sont envoyés en inspection sur la capitale du Sud. 

llo AFFAIRE MARCHATERRE.- Aux Cayes les événé- 
ments prennent une tournure tragique. Le 6 Décembre 1929, 
une foule de paysans avec des machettes et bâtons se présente 
à l'entrée de le ville à l'endroit appelé Marchaterre, 
pour demander que les taxes ne soient pas payées. Ils sont 
reçus par des militaires qui les somment de se disperser. Ils 



172 HISTOIRE D'HAÏTI 

refusent et s'avancent, les mitrailleuses et les fusils partent 
et c'est une hécatombe. 

12o COMMISSION FORBES.-A la suite de ces tristes évé- 
nements, le président Hoover envoya en Haïti une 2ème. 
commission d'enquête le 28 Février 1930. Elle avait pour 
chef M. Forbes. Les envoyés rédigèrent un mémoire dans le- 
quel ils préconisèrent la restauration des Chambres et du Sénat. 

Les autres membres de la commission étaient : MM. Flet- 
cher, Vcsina, White et Kerny. 



QUESTIONNAIRE 



Quel fut le successeur de Dartiguenave ? 

Citez les lois et faits importants du Conseil d'Etat ? 

Quand la place de Pétion devint-t-elle place de Tlndépendance ? 

Date de la réélection de Louis Borno? Parlez de son voyage aux Etats- 



Unis? 



unis ••' 

Que savez-vous des amendements de Janvier Î928 à la Constitution de 

1918? 

Qu'appelez-vous taxes internes ? 

Que savez-vous de la grève des étudiants de Damiens ? De la proclama- 
tion de la loi martiale ? 

Quel événement mémorable se produisit aux Cayes en Décembre 1929 ? 
Parlez de la Commission Forbes ? 




HISTOIRE D* HAÏTI 173 

CHAPITRE XLIV 

Fin de la Présidence de Louis Borno 

Gouvernement Provisoire.— Elections Législatives, 

lo CONSEQUENCES DE LA COMMISSION FORBES.- 

-A la suite du rapport delà Commission, un 

plan fut élaboré par le Gouvernement des 
Etats-Unis. Il fut appelé '*plan Forbes". Le 
Conseil d'Etat devait se dissoudre après avoir 
élu un président désigné pai* le peuple. 

M. Eugène Roy fut élu avec le titre de 
Président temporaire le 24 Avril 1930. Il de- 
vait faire les élections législatives et présider 
à la nomination d'un gouvernement définitif 
par Assemblée Nationale. 

2o TRANSMISSION DES POUVOIRS.-DEPART DE 
BORNO.-Le 15 mai 1930, après un Te Deum à la Cathédrale 
de Port-au-Prince le président Eugène Roy se rendit au Pa" 
lais National. Il fut reçu par le Président Borno, entouré de ses 
ministres et de son Etat-Major, sur le péristyle du Palais Na- 
tional. La musique de la Garde et une compagnie de la garde du 
Palais lui rendirent les Honneurs et une salve de vingt et un 
coups de canon fut tirée au Fort National. 

Le Président Borno se rendit à Pétion-Ville '' dans sa 
propriété privée et quelques jours après partit en avion pour 
les Etats-Unis. 

3o COMMISSION MOTTON.-L^ne commission pédago- 
gique dite ''Commission Motton'' arriva en Haïti le 15 Juin 
1930. Elle venait enquêter sur l'Enseignement en général et 
plus spécialement sur la marche de l'école d'Agriculture et 
professionnelle de Damien dirigée par un américain M. Free- 
man. 

4o GOUVERNEMENT PROVISOIRE. -Dès son installation 
au pouvoir M. Eugène Roy prit des dispositions néces- 
saires pour préparer les élections législatives. Il fit un décret 
fixant les élections législatives au 14 Octobre. Il fit différentes 



174 HISTOIRE D'HAÏTI 

lois concernant le droit électoral. La nouvelle Assemblée lé- 
gislative ne devait comprendre que 52 membres dont 36 députés 
et 16 sénateurs. 

5o ELECTIONS LEGISLATIVES.- Les élections législa- 
tives eurent lieu le 14 Octobre 1930, différents bureaux de 
vote furent placés dans les locaux de TEtat, les bureaux furent 
nombreux, c'est ainsi que même certaines écoles furent réquisi- 
tionnées. 

La journée se passa dans le calme dans toutes les villes de 
la République, une certaine allégresse était dans tous les coeuïs 
car ce jour éclairait la restauration d'une si ancienne institu- 
tion nationale. 

6o SENAT.— Le premier Sénat se composa de ^MM. S. Vin- 
cent; S. Pradel, Jeannot, Nau, P. Mars, Télémaque, Elysée, 
Martineau, Paultre, etc. dont 2 Sénateurs pour le département 
du Nord*Ouest, 3 pour le Nord, 3 pour l'Artibonite, 3 pour 
le Sud, 5 pour le département de TOuest. 
7o PRESIDENCE DE STENIO VINCENT. -Parmi les mem- 

brcs du Sénat quelques-uns se portèrent comme 

candidat à la Présidence. Le 18 Novembre 1930, 
la Chambre et le Sénat se réunirent en As- 
semblée Nationale pour nommer un nouveau 
chef. Après le troisième tour de scrutin ce 
fut le Sénateur Sténio Vincent qui fut nommé 
Président de la République d*HaïtI pour 6 ans. 
8o FIN DU GOUVERNEMENT TEMPO- 
RAIRE. -l e 'Président E. Roy après avoir 
transmis ses pouvoirs au Président S. Vincent 
se retira à Pétion-Ville. L'Assemblée Nationale par un décret, 
déclara que M. Eugène Roy avait bien mérité de la patrie. Une 
pension lui fut accordée. 

QUESTIONNAIRE 

Quelles sont les conséquences de la Commission «Forbes'> ? 

Parlez de la transmission des pouvoirs et du départ de Borne. 

Que savez-vous de la Commission Motton ? 

Parlez du Gouvernement provisoire. 

Comment se passèrent les élections législatives dans la République ? 

Comment se composa le Sénat de 1930 ? 

Date de la nomination du Président Vincent ? 

Comment prit fin le gouvernement ' provisoire de 1 930 ? 




HISTOIRE D'HAÏTI 175 

CHAPITRE XLV 

Aperçu sur lOccupaiion Américaine de 1915 a 1930. 

lo PROGRES DE L'OCCUPATION DE 1915 à 1930- 
L'Occupation Américaine avait fini par s'étendre sur toute 
Tadministration haïtienne. .Les différents services avaient à 
leur tête un ou plusieurs américains comme chef ou directeur. 

2o FINANCFS.-La clef du trésor haïtien était entre les 
mains d'un américain qui avait pour titre conseiller-Financier. 
Il contrôlait toutes rentrées de fonds et aucune sortie d'argent 
ne se faisait sans son vl^a. Il yen eut plusieurs, tek: MM. 
RUAN, Mac-ILHENNY, etc. 

3o DOUANES.— Les Douanes étaient contrôlées par le Re- 
ceveur général. C'est lui qui préparait les tarifs douaniers. 
Plus tard un seul américain fut titulaire d.es titres de RcceDcar- 
gméral-Conseiller-finander, Maumus resta longtemps comm.e 
Receveur-Général. 

40 TRAVAUX PUBLICS.-Le Directeur Américain du bu- 
reau central des Travaux Publics avait le titre d* Ingénieur en 
Chef, des Ingénieurs étaient sous ses ordres. Un Américain 
siégeait au bureau Hydraulique. 

5o INSTRUCTION PUBLIQUE.-Au Département de l'Ins- 
truction publique pendant quelques années M. Lionel Bour- 
geois, un américain, fut surintendant de l'instruction publique. 
L'occupation créa le service technique d'Agriculture et d'en- 
seignement professionnel. L'école rurale d'agriculture fut cré^e 
à Damien. 

6o JUSTICE.— A côté de nos tribunaux l'occupation améri- 
caine créa des Cours prévotales qui rendaient aussi justice. La 
loi martiale, et pendant toute la durée de l'Occupation elle 
restera 'en vigueur. En vertu de cette loi. l'occupation avait 
droit de vie et de mort sur tous les citoyens, elle pouvait 
prendre toutes mesures et initiatives qu'elle jugeait nécessaires, 

70 CONSEIL D'ETAT,-La Chambre et le Sénat avaient été 
dissous et remplacés par un Conseil d'Etat. Les lois devaient 
être soumises à l'Occupation, elles n'étaient promulguées 



176 HISTOIRE D' HAÏTI 

qu'après approbation. Une des attributions du Conseil d'Etat 
était de nommer le Président de la République. Ayant voté la 
loi électorale pour le rétablissement des Chambres législatives, 
le Conseil d'État cessa de fonctionner à la réunion du nouveau 
Corps Législatif, le 10 Novembre 1930. 

80 SERVICE D'HYGIENE -Le service national d'hygiène 
avait à sa tête une mission scientifique composée de médecins 
et d'infirmiers américains. Elle prit bientôt la direction de 
tous les hôpitaux de la République et de l'Ecole de médecine 
de Port - au- Prince. 

9o L'ARMEE.— L'Armée organisée sous de nouvelles bases 
est appelée: Garde d'Haïti. Elle a deux attributions: assurer 
la paix et faire la pr^lice générale de la République. Elle était 
commandée par les chefs de l'Occupation avec des Lieutenants 
Haïtiens. 

lOo GENDARMERiE.-Le bureau de police dont le siège 
central à Port-au-Prince est toujours à la rue Monseigneur 
Guilloux eut différents chefs et sous chefs américains. Tels le 
Général Alexander Williams, le Capitaine Shaker, etc. 

Ilo L'OCCUPATION AMERICAINE.- Plusieurs Chefs se 
succédèrent à la tête de l'Occupation américaine. Le premier 
en date fut le vice-Amiral Caperton, vinrent ensuite le colonel 
Russel, le capitaine Beach, le colonel Wise. etc., et le dernier 
en date fut le Lieutenant-Colonel Little. Le gros des marines 
était cantonné aux Casernes Dessalines, derrière le Palais 
National. Les officiers supérieurs avaient leur quartier général 
au Champ-de-Mars à la maison Laroche. 



QUESTIONNAIRE 

Parlez des progrès de TOccupation ? Que savez-vous des finances ? Que 

savez-vous des douanes ? 

Qui dirigeait le bureau central des travaux publics P 

L'instruction publique échappa-t-elle à la pression américaine? 

Quel était le rôle des cours prévotales sous l'occupation ? 

Que savez vous du Conseil d'Etat, du Service National d'Hygiène 7 

Comment fut organisée l'Armée sous l'Occupation ? 

Quels sont les Chefs de l'Occupation Américaine qui se succédèrent en 

Haïti de 1915 à 1930 ? 



HISTOIRE UHAITÎ 177 

LECTURE: L'OCCUPATION AMERICAINE D'HAÏTI. 
SES CONSEQUENCES MORALES ET ECONOMIQUES. 

La petite Haïti a plusieurs fois, dans le cours de son histoire, subi 
les brutalités des grandes puissances. Le 6 Juillet 1861 l'amiral Rubalcava 
vint, au nom de l'Espagne, menacer Port-au-Prince de ses canons et ex* 
torqua du gouvernement haïtien une forte indemnité pécuniaire pour pu- 
nir Haïti d'avoir donné son aide fraternelle aux patriotes dominicains com^ 
battant pour leur indépendance. Le 11 Juin 1872, le capitaine allemand 
Batsch infligea le plus sanglant affront au drapeau haïtien et obligea Haïti 
à lui payer une forte indemnité pour la punir d'avoir manifesté ses sym* 
pathies à la France pendant la guerre de 1871. Le 6 décembre 1897, le 
commandant allemand Thiele insulta le peuple haïtien et lui ravit, au 
nom de l'Empereur, 20.000 dollars, parce qu'un sujet allemand, ayant battu 
un gendarme haïtien, avait été justement condamné par le tribunal de paix 
de Port-au-Prince. ... ' 

Dans tous ces cas, où le droit et la justice étaient pleinement du côté 
d'Haïti, les Etats-Unis ne bronchèrent pas: ils abandonnèrent le peuple haï- 
tien aux violences des puissances européennes, Mais en 1915, en un temps 
où presque toute l'Europe était engagée dans la grande guerre, les Etats- 
Unis vinrent occuper Haïti, Et M. Lansing, Secrétaire d'Etat, osa écrire au 
Comité des Relations Extérieures du Sénat américain que cette mesure avait 
été prise pour «prévenir l'occupation d'Haïti par une puissance redoutable?» . 
La République d'Andore sans doute— puisque la France, la Grande Breta- 
gne, l'Allemagne, l'Italie, l'Autruche, la Russie, étaient trop occupés à se 
battre entre elles pour penser— sans aucune raison d'ailleurs— à une action 
armée contre Haïti. 

A la vérité— comme Ta montré avec une force convaincante l'écrivain 
américain James Weldon Johnson dans une série d'articles documentés que 
The Nation a publiés en 1921, comme le prouve avec évidence l'histoire 
de l'occupation civile d'Haïti de 19^15 à aujourd'hui— l'intervention des 
Etats-Unis dans la République haïtienne n'a été inspirée que par des inté- 
rêts financiers particuliers: c'est pour permettre à quelques américains de 
disposer à leur instinct de domination que l'occupation militaire d'Haïti a 
été faite et qu'elle est maintenue. 

Tout le reste est mensonge,., 

DANTES BELLEGARDE 



178 HISTOIRE D'HAÏTI 

CHAPITRE XLVI 

Présidence de Siênio Vincent.— Liberation du territoire, 

lo ABOLITION DE LA LOI MARTIALE.-C'est au gou- 
vernement de M. Sténio Vincent que reviendra l'honneur d'avoir 
présidé à la libération du territoire national. Dès son avènement 
le président demanda que la loi martiale soit abolie. En effet 
elle est rapportée en Août 1931. 

2o ACCORD DU 5 AOUT 1931. -Un accord fut signé entre 
les Etats-Unis de l'Amérique du Nord et la République d'Haïti 
le 5 Août 1931. Trois services très importants devaient être 
remis à l'administration haïtienne. Le service national d'hy- 
giène, le service technique d'Agriculture et la Direction géné- 
rale des Travaux Publics. Ces services furent remis officielle- 
ment à la direction haïtienne le 1er. Octobre 1931. 

3o NOUVEL ACCORD? AOUT 1933.-Un autre accord 
fut signé entre les deux gouvernements pour la désoccupation 
militaire du territoire haïtien. Cet accord prévoyait en outre 
la fin du service du Conseiller-financier-Receveur général qui 
serait remplacé par un représentant fiscal à partir du 1er. 
Janvier 1934. 

^ 4o VOYAGE PRESIDENTIEL.-Voulant hâter la libéra- 
tion, le Président Vincent partit pour les Etats-Unis le 22 mars 
1934. Ce voyage ne dura qu'un mois. 

5o VISITE DU PRESIDENT F. ROOSEVELT.-Le Prési- 
dent des Etats-Unis Francklin Roosevelt vint en Haïti retourner 
au Président Vincent sa visite le 5 Juillet 1934. H débarqua 
au Cap-Haïtien où on lui fit une réception grandiose. Depuis 
la veille le Président Vincent l'y attendait. Cette visite eut 
peur effet la signature de l'Acte de désoccupation de la Répu- 
blique d'Haïti par le Ministre des Relations Extérieures Léon 
Laleau et M. Norman Amour Ministre des Etats-Unis en 
Haïti le 24 Juillet 1934. 

6o HAITIANISATION COMPLÈTE DE LA GARDE.-Le 
lendemain de la visite du Président américain, un communi- 



HISTOIRE D* HAÏTI 179 

que parut dans les journaux annonçant pour le 1er. Août 1934 
THaitianisation de la Garde à la tête de laquelle fut placé un 
Colonel haïtien. 

7oFINDE L'pCCUPÂTION.-Le mardi 21 Août 1934 fut 
une journée historique. Après un Te Deum chanté à la Cathé- 
drale de Port-au-Prince, le Président Vincent se rendit aux 
Casernes Dessalines. Une foule compacte envahissait la place 
de r Indépendance. M. Sténio Vincent eut la grande satisfac- 
tion de hisser le drapeau national au sémaphore construit à 
cette occasion pour commémorer à jamais cette date. Ce fut 
la fin de l'Occupation militaire d'Haïti par les Etats-Unis d'A- 
mérique du Nord. 

L'Occupation avait duré vingt ans. 

8o REALISATIONS DU GOUVERNEMENT DE VINCENT 
—Le Président Vincent s'occupa de la conservation des mo- 
numents historiques, 11 construisit des marchés publics, des 
maisons d'école. 1 1 fonda le Musée National, des bibliothèques 
dans les principales villes de la République, Il dota Port-au- 
Prince et le Cap de cités ouvrières. Il créa l'Ecole Ménagère de 
Port-au-Prince, l'Ecole des Salésiens, l'Ecole de Rééducation du 
Cap, des écoles professionnelles aux Gonaïves, au Cap, à Jé- 
rémie, aux Cayes et un lycée à St-Marc, etc. 

9o NOUVELLE CONSTITUTION DE I935.~REELEC- 
TION DU PRESIDENT VINCENT.-Le 10 Février le peuple 
fut consulté par un plébiscite et le 16 Mai 1935 une nouvelle 
constitution fut élaborée et le Chef de l'Etat \^tùt un nouveau 
mandat pour une durée de cinq années. 

lOo MASSACRE DES HAÏTIENS EN REPUBLIQUE DO- 
MINICAINE.- En Octobre 1937 il y eut un massacre de plu- 
sieurs milliers d'Haitiens sur le territoire dominicain sans rai- 
son suffisante. Le Gouvernement de l'Est consentit à verser au 
Gouvernement Haïtien pour dédommager les parents des vic" 
times la somme de 750.000 dollars. 

1 1 SPORT.— Sous le Gouvernement du Président Vincent 
les sports furent en honneur. Ils reçurent une bonne organi- 
sation de la culture physique. Une école de moniteurs et de mo. 
nitrices fut créée. 



180 HISTOIRE D'HAÏTI 

Pour fêter Tanniversaire de la fête du Drapeau et de PU- 
niverslté le 18 Mai 1938 une parade sportive fut organisée de- 
vant les tribunes du Champ-de-Mars . 

12o FIN DU MANDAT PRESIDENTIEU-Le mandat du 
Chef de l'Etat devait prendre finie 15 Mai 1941. Le 14 Avril 
date constitutionnelle, les deux CHAMBRES se réunirent en 
Assemblée Nationale et manu militari, avec le consentement du 
Président Vincent, nommèrent à Tuacuiimité moins deux voix 
M. Elie Lescot ancien ministre de l'Intérieur, Sénateur de la 
République, Président d'Haïti pour 5 ans. 



QUESTIONxNAIRE 

Quand abolit-on la loi martiale ? 

Que savez- vous de l'accord du 5 Août 1931 ? 

Pourquoi fit-on un nouvel accord le 7 Août Î933 ? 

Dans quel but voyagèrent les Présidents d'Haïti et des Etats-Unis ? 

Quel fut le résultat de la visite du Président F. Roosevelt ? 

Parlez de la fin de l'Occupation militaire en Haïti } 

Citez les réalisations du Gouvernement de S. Vincent ? 

Que savez -vous de la Constitution de 1935 ? 

Parlez du massacre des haïtiens en République Dominicaine, 

Quand fut organisée la lèreo parade sportive ? 

Quand prit fin le mandat du Président Vincent ? 



HISTOIRE D'HAÏTI 181 

CHAPITRE XLVII 

10 ELIE LÈSCOT, PRESIDENT ( 15 Mai 1941-1946).- 
Après la prestation de serment et le Te Deum, le Président 
Lescot se rendit au Palais où eut lieu la transmission des pou- 
voirs. 

11 forma son cabinet qu il garda jusqu'à son départ du 
pouvoir. 

2o GOUV£RNEMENT DE LESCOT.- Lescot déclara la 
guerre au Japon, à l'Allemagne et à T Italie {8 et 12 Décembre 
1940. L'industrie de la pite fut intensifiée, la culture de la 
figue-banane fut très florissante mais nous eûmes par contre 
la ohada" qui dévasta nos contrées plantées de caféiers, de 
cacaoyers et d'orangers. Une importante réforme fut entreprise 
dans l'Education Nationale mais il n*eut pas les suites heu- 
reuses qu'on pouvait en attendre. 

3o CHUTE DU GOUVERNEMENT DE LESCOT.-Le 14 
Avril 1944, le Président Lescot demande à la Chambre et au 
Sénat de modifier la Constitution de 1935 A la faveur de ce 
changement l'Assemblée Nationale lui accorde une prolonga- 
tion de mandat pour une période de 7 années. 

Le 7 Janvier 1946 à la suite de la fermeture du Journal 
**La Ruche'* les étudiants se mettent en grève et peycoururent 
les rues de la Capitale réclamant de nouvelles élections légis- 
latives. Le mouvement se généralise et le 1 1 Janvier 19461e 
Président fut fait prisonnier avec toute sa famille. Il partit 
par avion pour le Canada dans la nuit du 14 Janvier. 

40 LA JUNTE MILITAIRE.-Le vendredi 11 Janvier 1946, 
la Garde d'Haïti assuma le pouvoir en formant un Comité 
Exécutif Militaire composé de 3 membres. Le Colonel Lavaud, 
Président, les Majors Paul Magloire, Antoine Levelt membres. 

Le Comité Exécutif devait garder le pouvoir jusqu'à l'élec- 
tion d'un Gouvernement régulier élu par de nouvelles Cham- 
bres Législatives. 

Les élections législatives eurent lieu le 12 Mai et une Cons- 
titution démocratique fut votée et promulguée. 



182 



HISTOIRE D'HAITJ 



L'Article de la Constitution 1946 stipule que le Président de 
la République n'est pas immédiatement rééligible. 

5o ELECTIONS POUR LA PRESIDENCE.- Plusieurs 
candidats étaient en présence: Jean Price-Mars, le Colonel D. 
Calixte, François Georges, Henri Laraque, Zéphirin, Ncré 
Numa, Bignon Pierre-Louis, Dumarsais Estimé, etc. 

Le 16 Août 1946, l'Assemblée Nationale élut M. Dumarsais 
Estimé Président de la République d'Haïti pour 6 ans. 

6o CHUTE D'ESTIME.- M. Dumarsais Estimé passa 3 
ans 9 mois au pouvoir, il démissionna le 10 Mai 1950 et partit 
quelques jours après pour la France. 

Il fut remplacé par le nouveau Comité Militaire qui prit le 
nom de "junte de Gouvernement de la République" composée 
du Brigadier Lavaud, des Colonels P. Magloire et A. Levelt. 



QUESTIONNAIRE 

Comment Elie Les30t devint-il Chef de l'Etat d'Haïti ? 

Que savez-vous de son gouvernement ? 

Parlez de la chute du gouvernement de Lescot. 

Qui assuma le pouvoir après le dépajt de Lescot ? 

Qui fut élut Président après les élections législatives du 12 Mai 1946 ? 

Quels étaient les candidats en présence ? 

Quelle est la date de la démission du Président Estimé ? 

Far qui fut-il remplacé ?" 



r^,. 



j 




^ 






■> 




' 








i-^'f?^ 


\ i 





Le Président en fonction est 



LE GENERAL 



PAUL E. MAGLOIRE 



nommé directeme it par le peuple le 



8 Octobre 1950. 



HISTOIRE D'HAÏTI 183 



CONCLUSION 



A quel affreux total n'arriverait-on pas s'il fallait relever le compte des 
maux ace mules dans ce pays par le fait des troubles civils, des coups de 
main militaires, des levées d'armes, des guerres intestines ! Il y aurait là 
une liste effrayante, capable de donner le vertige à l'esprit le plus robuste 
et de la lecture de laquelle on sortirait la tête martelée. Mais sans entrer 
dans le détail de ces maux incalculables et de leurs conséquences prochai- 
nes ou éloignéees, quelle fâcheuse déviation n'ont pas imprimée au cours de 
notre histoire toute la série de tragiques violences qui les ont engendrées! 



Elles nous ont empêchés d'acquérir la chose la plus précieuse et la plus 
indispensable à un Etat jeune qui commence: un gouvernement stable, res- 
pecté, ferme, sacrant maintenir tout le monde dans le respect de la loi et 
de l'autorité régulière, ce que Bagenot appelle : la fibre légale. 

Il faut, chez tout peuple naissant, une période prolongée de stabilité, 
de permanence dans l'ordre établi, des institutions et des pouvoirs diri- 
geants, précédant la période de progrès, de variabilité. Les tentatives de 
réformes faites à l'aveuglette, sans connaissance exacte de la nature des 
choses, sans point dVppui dans le passé, déterminées uniquement par le dé- 
sir du changement ou un engouement passager pour certaines, idées, non 
orientées et guidées vers un but certain, restent faibles, vacillantes et la 
plupart du temps, n'aboutissent pas. 



. . , Un gouvernement ou plutôt une série de gouvernements stables, bien 
assis, dévoués au bien public et forts par cela de la confiance populaire, qui 
se donnent pour mission, comme Pierre-Le-Grand ouvrant à la Russie «une 
fenêtre sur l'Occident», de nous ouvrir, à nous, mais par des procédés autres 
que ceux de l'énergique réformateur moscovite, une porte sur la Civiliasa* 
tion; des habitudes invétérées de vie tranquille et de bonne conduite politi- 
tique; le respect et l'amour de la loi; la soumission volontaire à ses pres- 
criptions: tels sont, à l'heure oîi nous sommes de notre histoire, les besoins 
vitaux les plus urgents de notre jeune République, 

Nous avons tous pour devoir, chacun dan$ sa sphère et dans 
l'éte'-due de ses moyens d'action, de concourir à lui assurer la jouis- 
sance et la longue possession de ses biens. Pour ne pas faillir à ce 



184 HISTOIRE D'HAÏTI 

devoir, il Suffit que chaque enfant d'Haïti remonte en soi le ressort inté- 
rieur sans lequel rien n'est possible: l'amour du pays, la foi en son avenir. 
Les misères attristantes d'hier pèsent encore d'un poids bien lourd sur beau- 
coup d'âmes haïtiennes et les oppressent. Mais est-ce-là une cause irrésis- 
tible de découragement et de dégoût ? Quel peuple n'a eu ses aberrations et 
ses égarements, ses heures d'accablement, d'angoisse, de vie convulsive, agi- 
tée, rongée de mauvaises passions, où l'âme de la patrie, voilée d'un crêpe 
funèbre semblait s'être à jamais retirée du.corps qu'elle animait et soutenait? 
L'espérance, la volonté, le travail, la foi, les grandes applications patrioti- 
ques des facultés de l'âme et de l'Intelligence ont eu raison des défaillan- 
ces passagères et la patrie s'est relevée de ses blessures, de« ses crises; con- 
solée, soutenue, raffermie par ses milliers d'enfants. Que ces exemples ne 
soient pas perdus pour nous ! 

JUSTIN DEVOT 
FIN 



TABLE DES LECTURES 

1 Fête Religieuse chez les Indiens . 9 

2 Colomb et Guacanagaric_ ]3 

3 Caonabo ^ 

4 La ville de Santo-Domingo — 19 

5 Les restes de Colomb 21 

6 Fontes d'or à Hispagnola 23 

7, L'Ile de la Tortue . 25 

8 Appréciation du Code noir__ 28 

9 Le fouet __^ _ l^ 

10 La religion à St.Domingue__^ — — . ^1 

11 Le Cap-Françai« aujourd'hui Cap-Haitjen en l/W ^^ 

\2 Sommation d'Ogé à l'Assemblée provinciale du Cap 38 

13 Paroles de Sonthonax aux nouveaux affranchis 41 

14 Origine du surnom de Louverture donné à Toussaint 44 

15 Siège et évacuation de Jacmel 47 

16 Portrait de Toussaint-Louverture 51 

1 7 Les réceptions chez Toussaint-Louverture — 52 

18 Fausse C)pinion du Haut Etat-Major de l'Armée Française sur les 
noirs de St.-Domingue 55 

19 Le fort de la Crête à-Pierrot tel qu'il est 00 

20 Descourtilz sauvé par Mme. Dessalines 61 

21 Atrocités des Français à Saint-Domingue . 66 

22 Bataille de Vertières 75 

23 Acte de l'Indépendance Nationale oU 

24 Le guet-apens du Pont-Rouge o4 

25 Contrôle des comptes du Trésor par Christophe oV 

26 Pétion et Bolivar 90 

27 L'Opposition sous Boyer__ ^^ 

28 Ordonnance de Charles X ^ — ____ _ ^4 

29 Les initiateurs de l'Indépendance Dominicaine 9/ 

30 Comment le Président Pierrot laissa la Capitale 102 

31 Riche et le Vaudou_ _ 03 

32 Sacre de Faustin 1er. — ^o 

33 Mouvement intellectuel et politique sous Uettrard 4 

34 Bravoure de Salnave. _2 — _ \}^ 

35 NissageSaget , «2^ 

36 Comment Domingue arriva au Pouvoir___^ — ^ i-^o 

37 Fragment du discours du Dr. Louis Audain, Président de l'Assem- 
blée Nationale à Boisrond-Canal élu Chef d'Etat _ 129 

38 Le Débarquement à Miragoâne raconté par un exilé — 134 

39 Dernière consultation médicale donnée au Président Hyppohte 139 

40 Le 6 Décembre 1897 |44 

41 L'Eglise d'Haïti au Centenaire de notre Indépendance DZ 

42 Le drapeau national ______ ■ »> '^^ 

43 L'Occupation Américaine d'Haïti - Ses conséquences morales et 

économiques j^;^ 

44 Conclusion Justin Dévot .^ . • ^^ 



m 



TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE XXV 




XXVI 
XXVII 


>» 
»» 


XXVIII 

XXIX 

XXX 

XXXI 

XXXII 

XXXIIÏ 

XXXIV 


f » 


XXXV 
XXXVI 


^» 


xxxvu 


»» 


XXXLVHl 




XXXIX 

XL 


M- 


XLI 


»> 


XLll 


t» 


XLIII 




XLIV 


r* 


XLV 


».» 


XLVI 



Gouvernements éphémère? de Guerrier, de Pierrot 

et de Riche 99 

Présidence de Soulouque . 1 04 

Guerre de Soulouque contre les Dominicains 

L*Empire de Faustin 1er. ^ 106 

Gouvernement de Geffrard 111 

Salnave.— Guerre des Cacos 1 1 7 

Gouvernement de Nissage Saget 121 

Gouvernement e Domingue.— Rameau 124 

Boisrond-Canal : Libéraux et nationaux 1 2S 

Salomon.— Lutte civile de 1883-1884 131 

Nouvelle guerre civile.— Courte Présidenee de 

Légitime— Gouvernement d*Hyppolite_ 137 

Présidence de Sam ■ 142 

Nord- Alex* s " Centenaire de notre Indépen- 
dance ___ ^ ^ 149 

L'Affaire Maxi-Momplaisir - Régime tyrannique 

imposé à la Nation 15$ 

Insurrection de l'Artibonite, - Affaire du 15 

Mars 156 

Révolution du Sud - Chute de Nord -Alexis 158» 
Gouvernements éphém.res Antoine Sinton 

Cincinnatus Leconte - Tancrède- Auguste . 161 

Gouvernements éphémères (suitî) - Occupation 

américaine , : 164 

Intervention américaine - Comité Révolutionnaire 
SudreDartiguenave-12 Août 1915 -15 Mai 1922 167 
Occupation Américaine (suite) Présidence de 

Louis Borno - Questions de Frontières 170 

Fin de la présidence de Louis Borno - Gou- 
vernement provisoire - Elections législatives 17$ 
Aperçu sur l'occupation américaine de 1915 à 

1930__ 

Présidence 
territoire 



de Sténio- Vincent - Libération du 



Chapitre XVLIÎ - Elie Lescot 

Dumars.is Estimé 

Conclusion- ^_ . 



Junte militaire. 



175 
178> 

m 

183 



TABLE DES MATIERES 



Arrêté Ministériel 

Notions Préliminaires. 



CHAPITRE 



CHAPITRE 



CHAPITRE 



LIVRE I.-PERIODE INDIENNE 

I Les premiers Haïtiens— Cacicats et Caciques 
LIVRE I I.-PERIODE ESPAGNOLE 

II Découverte d*Haïti— Colomb et Guacanagaric 

Les Espagnols et Caonabo 

Colomb et Roldan, — L'esclavage à Hispaniola 



III 

IV 

V 



VI 



Disgrâce et mort de Colomb.- 

Las-Casas 

Le Cacique Henri 



Nicolas Ovando 



LIVRE I II, -PERIODE ESPAGNOLE 

VII Débuts de la colonie française-— Révolte de 

Padrejean 

Le Code Noir.— Reconnaissance des droits de 



VIII 

IX 

X 

XI 

XIÎ 



XIII 

XIV 

XV 

XVI 

XVII 

XVIII 
XIX 



la France sur St. Domingue. 
La société coloniale.— Les 
jugé de couleur. 



classes,— Le Pré- 



Organisation politique et administrative 
Domingue 



de St. 



Effets de la Révolution française en 1789 à 
St-Dominguc— Revendications des Affranchis 
Révolte générale des esclaves.— Arrivée des 
Commissaires civils.— Proclamation de la li- 
berté générale 

Toussaint -Louverture ^ 

Guerre civile entre Rigaud et Toussaint 



Gouvernement personnel de Toussaint. 

Expédition de Saint-Domingue 

La guerre de trois mois.— Déportation et mort 
de Toussaint- 



Organisation de la 
Succès de l'armée 



guerre de 
indigène 



l'Indépendance 



V 
VI 



n 

H 
18 

20 

22 



24 
27 
29 
32 
35 



39 
43 

46 
30 

54 

58 
63 
73 



LIVRE IV -PERIODE HAÏTIENNE 

CHAPITRE XX Indépendance Nationale.— Gouvernement de 
" Dessalines 



XXI 

XXII 

XXIII 
XXIV 



Chute de l'Empire.- Proclamation de la Répu- 
blique 

Scission.— Gouvernement du Nord.— (Chris- 
tophe) Gouvernement de l'Ouest Pétion 

Administration de Boyer.— Unité de l'Ile 

La révolution de 1 843— Séparation de la Par- 
tie de l'Est, 



77 

82 



91 



96 



Imp. DORSINVILLE 




University of 
Connecticut 

Libraries 



,u>S^ 



Ir 



^ 



.^ 



<,>^v 






V 



-**»- K 



%^]r 



lC^ ^i 



llkul